Watch The Throne : trois ans après, gloire aux samples

Watch The Throne : trois ans après, gloire aux samples

Jay Z et moi, on a déjà fait des gros morceaux et des sons extravagants, alors là on va juste faire des morceaux crades et niqués, complètement hardcore. Mais ce sera aussi luxueux, vraiment d’une grande classe.

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De manière non-exhaustive, le génial “Primetime”, le nostalgique et paradoxale “New Day” et le puissant “Otis” : tous ont cette particularité d’être fortement ancrés dans l’Histoire de la musique. Des voix d’antan, des parties anciennes et parfois même des dialogues de films remis au goût du jour par une paire de gamins content de leur dernier jouet : Watch The Throne est un album 2011 paradoxalement plongé dans la deuxième moitié du XXe siècle.
De James Brown à Otis Redding en passant par Nina Simone, petit tour d’horizon des références musicales de l’album.

No Church in The Wild

Pour rentrer dans l’arène, Kanye West et Jay Z n’ont pas hésité à revenir en 1978 pour inviter Phil Manzanera. En reprenant “K-Scope”, introduction de son album éponyme, et en ralentissant son rythme (passant de 131 BPM à 101), les rappeurs débutent lourdement.
L’originale, beaucoup plus rapide, est un hymne de stade avec Mel Collins au saxophone.

On retrouve aussi “Sunshine Help Me” de Spooky Tooth et “Don’t Tell a Lie About Me and I Won’t Tell the Truth About You” de James Brown. Voilà pour la chanson introductive, qui comporte aussi la voix de Frank Ocean, dès les premières notes.

Niggas in Paris

Côté sample, “Niggas in Paris” est surtout connu pour avoir usé avec humour de l’extrait audio d’un film de Josh Gordon : il s’agit de Blades of Glory (Les Rois du patin en français) et on peut, en tendant l’oreille, s’amuser d’une discussion entre Will Ferrell et Jon Heder. Le premier soumet au deuxième l’idée de choisir une “seule et unique chanson”, “My Humps” des Black Eyed Peas.
Culte, désormais :

We’re gonna skate to one song and one song only […]. No one knows what it means, but it’s provocative… it gets the people going.

À l’écoute de sa voix sur la chanson, Will Ferrell aurait “rigolé”. C’est en tout cas ce que l’acteur américain avait déclaré à MTV.

“Niggas in Paris”, c’est aussi l’enregistrement d’un discours du Révérend W.A. Donaldson, “Baptizing Scene”, extrait de Southern Folk Heritage Series: Sounds Of The South, un album commercialisé via le label Atlantic Records à la fin des années 50.

Otis

“Otis” est avant tout une référence à Otis Redding et au sample cru de sa reprise de 1966 “Try a Little Tenderness”, composée par Jimmy Campbell, Reg Connelly et Harry M. Wood en 1932. Elle avait connu en 1962 une cover orchestrale d’Aretha Franklin.
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On retrouve aussi (ou encore) “Don’t Tell a Lie About Me and I Won’t Tell the Truth About & You” de James Brown ainsi que “Top Billin'”. Une chanson sortie le 15 octobre 1987 qui faisait partie de la face B de l’album What more can I say? du duo hip-hop de Brooklyn Audio Two.
C’est aussi le titre d’une chanson de Jay Z, extraite de son Black Album de 2003. La boucle est bouclée.

New Day

Après Otis Redding, le duo de rappeurs va chercher du côté d’une artiste déjà bien samplée dans le passé, Nina Simone, pour “New Day”. Et c’est “Feeling Good” qui est utilisé.
Chanson produite en 1965 par Anthony Newley et Leslie Bricusse pour une comédie musicale intitulée The Roar of the Greasepaint – The Smell of the Crowd, elle ne connaîtra la lumière qu’à la pointe de la reprise de Nina Simone, la même année. Elle en deviendra son évidente incarnation musicale, puissante, sombre avec une orchestration flamboyante.

That’s My Bitch

Retour vers le 3 novembre 1970 pour aller chercher, au King Studios, “Get Up, Get Into It, Get Involved” de James Brown avec Bobby Byrd en soutien vocal.

Et “Apache” d’Incredible Bongo Band, qui fait partie de l’Histoire. Enregistrée par le groupe The Shadows en 1960, reprise de manière funk par le groupe Incredible Bongo Band, ses break de batterie ont été utilisés par le DJ New Yorkais Kool Herc pour donner naissance… au hip-hop.
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Murder to Excellence

Les six “La La La La La La” qui introduisent “Murder to Excellence” ne proviennent en aucun cas d’une sombre chanteuse des années 70. Au contraire. Derrière, il y a d’Indiggo Twins, un duo kitsch de la fin des années 2000 qui a sorti la chanson “La La La” en 2009.

“Murder to Excellence” contient aussi une composition de la bande-originale du film de Steven Spielberg La couleur pourpre : “Celie Shaves Mr./Scarification”, pensée par Quincy Jones.

Why I Love You

Si “I Love You So” (2010) est un sample récent chopé à Cassius, il faut pourtant retourner en 1971 pour se rendre compte que les Français ont aussi samplé une certaine Sandra Richardson dont les “I Love You So” rythment le tout début de sa chanson “I Feel a Song (in my heart)”. Ce sont même les premières paroles.
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The Joy

Enfin, “The Joy”. La chanson, qui n’est pas sur l’album, contient des samples de “The Makings of You (Live)” de Curtis Mayfield et “Different Strokes” de Syl Johnson.