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Violences policières : 7 ans après l’affaire Théo, les trois policiers enfin aux assises pour violences

Violences policières : 7 ans après l’affaire Théo, les trois policiers enfin aux assises pour violences

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© Geoffroy Van der Hasselt/AFP

Les trois policiers qui ont causé des séquelles physiques et psychologiques irréversibles à la victime sont toujours en activité.

L’affaire est révélatrice des violences policières : trois gardiens de la paix sont jugés à partir de mardi 9 janvier devant la cour d’assises de Seine-Saint-Denis pour l’interpellation violente en 2017 à Aulnay-sous-Bois de Théo Luhaka, un jeune homme noir désormais porteur d’un handicap à vie. Presque sept ans après cette “affaire Théo” au retentissement national, le débat sur le maintien de l’ordre et l’usage de la force n’a cessé de ressurgir.

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C’est parce que Théodore Luhaka, 28 ans, garde des séquelles irréversibles de son interpellation, victime d’un coup de matraque télescopique au niveau de l’anus, que les trois fonctionnaires sont renvoyés jusqu’au 19 janvier 2024 devant une cour d’assises, compétente pour juger les crimes.

Circonstances aggravantes

Le principal accusé, Marc-Antoine Castelain, 34 ans, est poursuivi pour des violences volontaires ayant entraîné “une mutilation ou infirmité permanente” sur la victime, avec les circonstances aggravantes de sa qualité de personne dépositaire de l’autorité publique, avec arme et en réunion. Une infraction punie de dix ans d’emprisonnement et de 150 000 euros d’amende.

Dans un premier temps, le policier avait été mis en examen pour viol, mais la qualification avait été écartée pendant l’instruction faute d’éléments suffisamment caractérisés. Jérémie Dulin, 42 ans, et Tony Hochart, 31 ans, sont jugés pour violences volontaires avec circonstances aggravantes.

Le 2 février 2017, peu avant 17 heures, un équipage de quatre fonctionnaires de la BST (brigade spécialisée de terrain) d’Aulnay-sous-Bois (Seine-Saint-Denis) décide d’effectuer des vérifications d’identité sur un groupe de jeunes hommes dans la cité des 3 000. Rapidement, le ton monte et le contrôle de police devient de plus en plus violent.

La scène filmée par la vidéosurveillance de la ville montre les fonctionnaires procéder à l’interpellation de Théo Luhaka, alors âgé de 22 ans, qui s’y oppose. Au cours de l’empoignade, son pantalon tombe. Alors qu’il est dos au mur et pris en étau par Jérémie Dulin et Marc-Antoine Castelain, ce dernier porte un violent coup avec la pointe de son bâton télescopique de défense (BTD) à travers le caleçon du jeune homme, qui s’effondre. Un trou d’environ un centimètre sera mesuré sur le sous-vêtement.

“Honte, anxiété”

Interpellé et emmené au commissariat d’Aulnay-sous-Bois pour être placé en garde à vue, Théo Luhaka présente un important saignement. Les secours le transportent à l’hôpital où il va subir une intervention chirurgicale en urgence pour traiter une perforation rectale. Depuis sa grave blessure, il vit avec un “sentiment de honte”, confie un proche. “Après sept ans de procédure, ce procès est attendu avec beaucoup d’anxiété par Théo et sa famille”, explique à l’AFP leur avocat, Me Antoine Vey.

“Les violences qui ont occasionné un tel préjudice ne peuvent recevoir aucune justification. La fausse piste serait de tenter de faire le procès de la police. L’enjeu du procès : dire et juger que les termes violences et policiers ne sont pas et ne seront jamais conciliables”, ajoute le conseil. Une enquête administrative de l’Inspection générale de la police nationale (IGPN) a conclu à “un usage disproportionné de la force et à un manquement au devoir de protection dû aux personnes placées sous la garde de la police”.

Dans son rapport, la “police des polices” établit que “les deux violents coups d’estoc du BTD” sont portés à un moment où “Théo Luhaka ne commet pas d’atteinte envers l’intégrité physique des policiers interpellateurs”. Le juge d’instruction, l’enquête de l’IGPN et les investigations indépendantes du Défenseur des droits vont aussi mettre en exergue des tirs de gaz lacrymogène, ainsi que des coups de genou et de poing portés par les gardiens de la paix Dulin et Hochart quand Théo Luhaka était menotté au sol.

“Il s’agit d’une affaire correctionnelle” qui devrait relever d’un tribunal et non des assises, estime Me Daniel Merchat, avocat de l’un des fonctionnaires. Les trois policiers sont toujours en activité. Sur le plan administratif, d’éventuelles sanctions disciplinaires seront prononcées “à l’issue de l’instance judiciaire”, indique la préfecture de police. Au lendemain de cette affaire qui avait provoqué une vague d’indignation renforcée par la publication de vidéos, des violences avaient éclaté à Aulnay-sous-Bois. Théo Luhaka avait appelé au calme depuis son lit d’hôpital, où le jeune homme avait reçu la visite du président François Hollande.