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Comment Stephen King a écrit Carrie

Publié le

par Théo Chapuis

Comment Stephen King a écrit Carrie

Alcool et petits boulots

“Et tout ce sang !”

Mais passons. L’été, Stephen King travaille dans une blanchisserie. Au Guardian, il écrit que c’est là qu’il a eu le déclic concernant Carrie. Une image lui collait à la tête : celle des cabines des douches féminines de l’Université de Brundwick High, là où son frère et lui travaillaient parfois l’été. Alors qu’il les nettoyait, un jour, il ne put s’empêcher de remarquer les rideaux roses, attachés par de petits verrous en U.

Ce souvenir m’est revenu alors que je travaillais à la blanchisserie. J’ai commencé à imaginer le début d’une histoire : de jeunes filles qui se douchent dans un vestiaire sans rideau rose, ni verrou en forme de U, ni aucune intimité en somme.
Et cette fille commence à avoir ses règles. Sauf qu’elle ne sait pas ce que c’est et les autres filles – dégoûtées, horrifiées, amusées – commencent à la bombarder de serviettes hygiéniques… La fille commence à crier. Et tout ce sang !

Le futur inventeur de Pennywise – le clown de Ça, qui terrorise aujourd’hui encore des milliers de gamins – se souvient alors d’un article lu dans LIFE magazine. Il y avait appris que des traces d’activité paranormale avaient été détectées et que leur source pouvaient être des phénomènes liés à la télékinésie, ce pouvoir de déplacer des objets par la seule force de la pensée.

Pow ! Deux idées indépendantes, la cruauté de l’adolescence et la télékinésie, réunies dans ma tête ; et ça m’a donné une idée…

Stephen King se met alors à l’oeuvre :  “Avant que j’aie complété deux pages, mes propres fantômes sont venus me visiter ; les fantômes de deux filles mortes, que j’ai finalement combinées afin de développer le personnage de Carrie White”.

Tina allait avec moi à l’école élémentaire de Durham. Il y avait un mouton noir dans chaque classe et le gamin qui perdait en premier aux chaises musicales, celui qui finissait un jour où l’autre par porter un écriteau avec inscrit “Tapez-moi dessus”, celui qui se tenait tout au bout de la chaîne alimentaire, c’était Tina.
Pas parce qu’elle était stupide (ce qu’elle n’était pas) ni parce que sa famille était spéciale (elle l’était), mais parce qu’elle portait les mêmes vêtements chaque jour.

Sandra Irving vivait à un mile et demi de la maison où j’ai grandi. Madame Irving m’a embauché un jour pour l’aider à déménager quelques affaires… Et j’ai été frappé par le crucifix [massif] pendu au mur du salon, au-dessus du canapé. Si une icône aussi gigantesque était tombée lorsque le couple regardait la télé, la personne sur laquelle elle avait chuté se serait quasiment faite tuer…

La suite est connue : après avoir écrit trois pages, King les froisse de dégoût et les jette à la corbeille, déçu de son propre travail.

La nuit suivante, alors que je rentre de l’école [à cette époque, King est également professeur à temps partiel, ndlr], ma femme Tabby tenait les pages. Elle les avait surprises en vidant ma corbeille, avait secoué les cendres de cigarette hors des boulettes de papier froissé, les a lissées et s’est mise à les lire. Elle voulait que je continue. Elle voulait connaître la suite de l’histoire.

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