Selon Mediapart, le FN s’est fait prêter des millions par des banques russes mafieuses

Selon Mediapart, le FN s’est fait prêter des millions par des banques russes mafieuses

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Par Théo Mercadier

Publié le

Rachats illicites de créances et détournements de fonds massifs : tel est le quotidien des banques russes vers lesquelles s’est tourné le FN pour financer sa campagne.

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Ce mardi 2 mai, le site d’information Mediapart révèle au grand jour l’imbroglio financier à l’origine des prêts russes accordés au FN. Le moins qu’on puisse dire, c’est que le parti de Marine Le Pen n’a pas peur de naviguer en eaux troubles pour financer ses activités politiques. “Ça pue la combine !”, s’alarme ainsi l’eurodéputé frontiste Jean-Luc Schaffhauser, membre de l’équipe de campagne de la candidate chargé de faire l’intermédiaire avec les réseaux financiers russes. On vous prévient tout de suite : il faut s’accrocher pour tout comprendre.

Les journalistes de Mediapart ont dans le viseur le prêt de 9,4 millions d’euros contracté par le FN auprès de la banque russe FCRB, liquidée il y a peu à cause de “détournements de fonds à vaste échelle” : premier signal. Avant sa liquidation, FCRB a revendu la créance du FN à une obscure société moscovite, Conti. Mais Conti n’a jamais rien versé pour récupérer cette créance : deuxième signal. Mediapart évoque une “pratique” bien connue dans le monde de la finance qui consiste à “vider de sa substance une banque avant qu’elle ne disparaisse, via des sociétés bidons, permettant à certains titulaires d’emprunts de ne jamais rembourser leurs dettes”. Le site d’info se demande alors si le FN n’aurait pas trouvé le moyen idéal de récupérer un prêt de 9,4 millions d’euros sans avoir à le rembourser derrière.

Mediapart se fonde notamment sur un rendez-vous entre l’eurodéputé Jean-Luc Schaffhauser et un officiel russe, qui a eu lieu pile la veille du rachat de créance par Conti. Tiens, tiens… Si l’eurodéputé dit ne pas se souvenir de la date exacte de l’entrevue, il s’inquiète tout de même de l’influence potentielle de Conti sur le parti frontiste. “Des gens dangereux et manipulés cherchent à nuire au FN en nous mettant sur la piste de banques pourries qui font faillite”, déplore-t-il. Petit fait croustillant : les mecs de Conti se font passer pour des gens du gouvernement russe – qui dément en bloc tout lien avec eux. Le flou est donc total, et comme les signaux d’alarme clignotaient de partout, Jean-Luc Schaffhauser s’est empressé d’alerter Marine Le Pen. Réponse de l’intéressée : On n’est sûr de rien, donc on poursuit.” Et tant pis si Jean-Luc Schaffhauser a peur de se “mettre en danger” et craint pour sa “famille”.

“Blanchiment de l’argent du crime et financement du terrorisme”

Comme si ça ne suffisait pas, le FN a approché une deuxième banque russe complètement opaque, NKB, pour contracter un autre prêt de 3 millions d’euros, qui n’ont finalement jamais été versés au parti. L’argent n’a peut-être pas d’odeur, mais il arrive quand même parfois qu’il sente le soufre. C’est notamment le cas avec NKB, une banque de l’oligarque Dmitri Roubinov qui est accusée par la justice russe de ne pas se conformer aux exigences en matière de lutte contre le blanchiment de l’argent du crime et le financement du terrorisme”. En des termes moins administratifs, ça veut dire qu’elle est suspectée de faire son beurre sur l’argent de la mafia.

Avec un directeur comme Dmitri Roubinov, on pourrait difficilement être étonné. Il est fortement soupçonné d’avoir orchestré l’une des plus grosses escroqueries immobilières de ce siècle, qui a consisté à vendre des projets de villas de luxe à des centaines de Russes richissimes, pour ensuite se barrer avec les sous sans jamais construire les habitations. Un scandale national qui, comme le rappelle Mediapart, avait à l’époque été étouffé tant bien que mal par le gouvernement russe. Montant estimé du préjudice : plusieurs dizaines de millions de dollars.

Aussi obscurs et complexes qu’ils puissent paraître, ces multiples contacts du FN avec la finance russe en disent long sur l’état d’esprit qui règne chez les instances dirigeantes du parti. S’estimant coincés par les multiples refus des banques françaises de leur accorder des crédits pour financer leurs activités politiques, ils n’hésitent pas à se tourner vers des sources de financement moins reluisantes.“Le tableau est accablant et permet de s’interroger sur la propension du Front national à fermer les yeux sur la provenance de l’argent russe”, enfonce Mediapart.

On souhaite bonne chance aux juges qui vont devoir démêler tout ça.