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Reportage à Eotopia, utopie concrète et communauté écologiste à 300 km de Paris

Publié le

par Jeanne Pouget

Reportage à Eotopia, utopie concrète et communauté écologiste à 300 km de Paris

De l’économie du don à la consommation raisonnée : un rêve pragmatique 

“Sans argent, Eotopia n’était qu’un rêve, une idée ; avec de l’argent, le projet a perdu de sa crédibilité mais il existe !” Après avoir voyagé et vécu respectivement cinq ans et deux ans sans argent, Benjamin et Yazmin ont mis un terme à leur mode de vie extrême, encouragés par la naissance de leur fille, Ada, il y a un peu plus de deux ans. S’il avait la volonté de faire d’Eotopia un lieu à l’image de ses idéaux, Benjamin est finalement revenu sur certains de ses principes : 

“Pour moi, l’achat n’est jamais juste. Mais avec la naissance d’Ada, j’ai refait les courses pour la première fois en sept ans. Ça va si c’est bio, de saison, vegan, sans emballage, sinon ça ne me semble pas normal. Et ça c’est aujourd’hui mais à l’époque je ne rentrais même pas dans un magasin.”

Entre empreinte écologique minimale et décroissance heureuse 

Liberté, confiance et non-violence 

“À Eotopia, nous sommes  égalitaristes, c’est-à-dire engagé-e-s contre toutes les dominations et donc opposé-e-s au racisme, au sexisme, au spécisme, à l’âgisme… et à l’éducation impliquant une hiérarchie immuable”, détaille le site dans ses fondements. Des valeurs de tolérance et de bienveillance sont nécessaires, de même que le respect de certaines règles de vie. Ainsi, le tabac, l’alcool et la drogue sont bannis sur le site qui souhaite s’écarter au maximum de toute forme d’addiction, bien que chacun soit libre de faire ce que bon lui semble en dehors. D’ailleurs, on compte des fumeurs parmi les résidents et la plupart aime partager un verre de vin ou une bière à l’occasion d’une sortie en ville. Et malgré l’objectif d’autosuffisance, la flexibilité est de mise afin de ne pas créer des frustrations : “Certain-e-s souhaiteraient voir à Eotopia uniquement des aliments locaux, bio, non emballés, quand d’autres ressentent comme une frustration intolérable à l’idée de se passer de chocolat par exemple.
L’autogestion permet à chacun de s’organiser et les volontaires contribuent selon leur bon vouloir et leur motivation. “Il n’y a pas d’obligations, d’horaires, de budget. On fonctionne sur la confiance et cela marche très bien jusqu’à maintenant”, explique Ben pas vraiment effrayé à l’idée de se faire envahir par de potentiels squatteurs qui profiteraient du système et qui finiraient probablement par s’ennuyer. Inspiré de la communication non-violente, le groupe organise régulièrement une séance quotidienne de partage de ressentis le soir, suivie de dix minutes de méditation et d’une réunion technique pour discuter des points organisationnels. “Pour qu’une communauté fonctionne, il faut pouvoir s’exprimer”, ajoute Yazmin qui a été élevée au sein de la Grande fraternité universelle, un mouvement New Age fondé par un Français surtout en Amérique Latine.  
L’idée étant d’arriver à une communauté d’une dizaine de personnes avec des enfants afin d’organiser une éducation libre où tous les habitants de la communauté seraient simultanément professeurs et élèves. Mais aussi d’arriver à terme à plus d’autosuffisance alimentaire afin de se passer complètement du RSA. En attendant, la communauté en est à ses prémices et continue d’expérimenter et d’accueillir inconditionnellement ses bénévoles. 

L’utopie est à l’horizon. Je m’approche de deux pas, elle s’éloigne de deux pas. J’avance dix pas de plus et l’horizon se déplace dix pas plus loin. Mais alors, à quoi sert l’utopie ? Elle sert à ça, à marcher.”
Fernando Birri, cité par Eduardo Galeano [réalisateur argentin et écrivain uruguayen]. 

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