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Oui, le Pentagone a bien eu un programme de recherche sur les ovnis

Oui, le Pentagone a bien eu un programme de recherche sur les ovnis

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Le New York Times a révélé l’existence d’un département du ministère de la Défense américain dédié aux phénomènes inexpliqués, qui a été opérationnel de 2007 à 2012.

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Pour une fois, la réalité s’aligne sur les théories complotistes. Le 16 décembre, une enquête du New York Times a révélé l’existence d’un programme secret au sein du Pentagone chargé d’enquêter sur les phénomènes aérospatiaux inexpliqués. En d’autres termes, les rencontres impromptues entre pilotes civils ou militaires et ovnis.

Dotée d’un budget total d’environ 22 millions de dollars dissimulé au sein des 600 milliards attribués annuellement au département de la Défense américaine, la cellule d’enquête, nommée “Advanced Aerospace Threat Identification Program” (“Programme d’identification des menaces aérospatiales avancées”, en VF), a été active pendant au moins cinq ans, de 2007 à 2012, précise le journal.

Lancé par le sénateur du Nevada nouvellement retraité Harry Reid – un grand amateur de phénomènes spatiaux qui fut responsable du groupe démocrate au Sénat – le programme n’apparaît pas dans les livres de comptes du Pentagone. Et pour cause : la majorité des informations à son sujet sont encore classifiées.

Pour le financer, le département de la Défense versait l’argent à Robert Bigelow, l’homme d’affaires derrière l’entreprise Bigelow Aerospace, actuellement sous contrat avec la Nasa pour développer des modules d’habitation gonflables sur la Station spatiale internationale. C’est l’entreprise, détaille le New York Times, qui s’occupait des recherches, menant notamment des entretiens avec ceux qui affirment être entrés en contact avec des ovnis, recueillant des vidéos desdites rencontres et étudiant des débris en provenance de ces vaisseaux inconnus.

Si peu de documents ont été publiés dans le cadre de l’enquête du quotidien américain, trois vidéos sont néanmoins apparues en ligne. Filmées depuis le cockpit d’un avion militaire, elles montrent la rencontre entre des pilotes de l’armée de l’air américaine et des objets volants non identifiés.

Dans l’une d’entre elles, datée de 2004, deux pilotes de jets F/A F-18 déployés près de San Diego, David Fravor et Jim Slaight, entrent en contact avec un objet ovale et “blanc” (la vidéo est celle d’un capteur infrarouge), de la taille d’un avion commercial, qui émet un rayonnement et tourne sur lui-même en se déplaçant. Aucun des pilotes n’en reconnaît le modèle ou l’origine, et tous les deux ont des difficultés à le maintenir dans leurs radars. La rencontre dura moins d’une minute, avant que le vaisseau ne s’échappe à une vitesse impossible.

Un programme toujours en cours ?

Du côté du Pentagone, la supervision de la cellule était confiée à Luis Elizondo, un agent des services du renseignement, qui quittait son poste en octobre dernier pour protester contre le secret excessif autour de son travail et le manque d’intérêt de sa hiérarchie pour ses recherches. Dans sa lettre de démission, écrite à l’intention du secrétaire à la Défense Jim Mattis et obtenue par le New York Times, Elizondo s’émeut du manque de financement et s’interroge : “Pourquoi ne concentrons-nous pas plus d’efforts à cette question ?”, écrit-il, arguant que la présence d’ovnis dans le ciel terrestre présente “une menace existentielle à notre sécurité nationale”.

Si le programme est toujours d’actualité, son financement reste néanmoins totalement opaque, analyse le New York Times dans un second article. Contacté par le journal, le Pentagone a admis l’existence de la division secrète, tout en se bornant à rappeler ce que l’enquête nous a déjà appris : “L’Advanced Aviation Threat Identification Program a pris fin courant 2012”, écrit sa porte-parole Laura Ochoa, expliquant ensuite qu’il a été “décidé que d’autres questions plus prioritaires méritaient d’être financées et qu’il était dans le meilleur intérêt du département de la Défense de changer ses plans.”

Si le financement public s’est tari depuis 2012, la cellule est néanmoins restée opérationnelle… et l’est peut-être encore, puisque Elizondo affirme qu’un successeur lui a été désigné, sans toutefois se risquer à le nommer.

Pour le Washington Post, c’est ce même Elizondo qui serait à l’origine des révélations du New York Times, s’arrangeant pour faire fuiter des documents et les vidéos du programme. Peu avant sa démission, le responsable du programme avait demandé à ses supérieurs de rendre publiques ces mêmes vidéos, pensant qu’elles pourraient servir à éduquer les pilotes.

Un prétexte fallacieux reconnu par l’intéressé lui-même dans une interview, qui visait uniquement à mettre en lumière les activités de son département, trop sensibles pour rester secrètes selon lui. Peu après son départ, Elizondo et deux de ses collègues ont rejoint la start-up To The Stars, qui vise à réunir des fonds pour les programmes de recherche sur les ovnis, fondée en 2015 par… Tom DeLonge, ex-chanteur et guitariste de Blink 182.

Pas de réponses, mais une tonne de questions

Si l’absence de démenti du Pentagone concernant ces activités opaques peut surprendre, il faut néanmoins se rappeler que les États-Unis n’en sont pas à leur coup d’essai lorsqu’il s’agit d’enquêter sur des phénomènes inexpliqués : entre 1947 et 1969, rappelle Libération, l’US Air Force a collecté plus de 12 000 témoignages d’observations d’ovnis – à l’heure actuelle, 701 d’entre eux demeurent mystérieux.

Et si Luis Elizondo s’est gardé de partager les découvertes de son équipe avec les journaux, il invite ses supérieurs à prendre au sérieux “les nombreux témoignages de la Navy et d’autres services décrivant des systèmes aériens inhabituels interférant avec des plateformes d’armement militaires et démontrant des capacités bien au-delà de celles de notre génération.”

Peu importe, au fond, que nous ne sachions encore rien de concret concernant d’éventuelles découvertes liées à une présence extraterrestre : comme l’affirme Sara Seager, astrophysicienne du MIT interrogée par le New York Times, “ce que les gens ne comprennent pas avec la science, c’est que nous avons souvent des phénomènes qui restent inexpliqués”, et de telles initiatives permettent de trier le bon grain de l’ivraie.

Idem pour Harry Reid, qui s’est empressé de partager l’enquête sur son compte Twitter en assénant que “nous n’avons pas les réponses, mais nous avons beaucoup d’éléments pour justifier de se poser des questions”. Pour le moment, donc, toujours pas de grand scoop : jusqu’à présentation d’une preuve irréfutable, des vaisseaux aliens ne se baladent pas dans le ciel terrestre. Mais il est bon de savoir que de nombreux pays se donnent les moyens de le vérifier.