On a passé la soirée du premier tour avec les militants d’Emmanuel Macron

On a passé la soirée du premier tour avec les militants d’Emmanuel Macron

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Par Cyrielle Bedu

Publié le

Jeunesse, food trucks, coups de stress et larmes de joie.

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Dimanche 23 avril, journée du premier tour de l’élection présidentielle française 2017. Onze candidats étaient en lice, espérant se qualifier pour le second tour du scrutin, et pour attendre les premières estimations du vote des Français, chacun avait choisi un lieu pour retrouver ses sympathisants : Jean-Luc Mélenchon avait privatisé un bar du 10e arrondissement de Paris, Philippe Poutou était lui aussi dans un bar parisien, mais dans le quartier de Belleville, Benoît Hamon avait donné rendez-vous à ses partisans à la Mutualité, tandis que François Fillon avait sobrement convié ses militants dans son QG de campagne, après avoir un temps envisagé de tenir sa soirée électorale au palais des Congrès de Paris…

Favorite dans les sondages, la candidate du Front national Marine Le Pen était elle attendue au gymnase François-Mitterrand de son fief d’Hénin-Beaumont (Hauts-de-France). L’autre favori, Emmanuel Macron, avait vu les choses en grand en réservant le hall 5 du parc des Expositions à Paris. 3000 personnes étaient attendues, dont 1 100 journalistes accrédités.

Ce sont les militants qu’on a vus arriver en premier. À 17 heures, en sortant de la station de métro Porte-de-Versailles dans le 15e arrondissement de la capitale, on a aperçu deux groupes de jeunes, tous âgés de la vingtaine, sweats à capuche siglés En marche ! sur le dos, baskets Stan Smith ou Converse aux pieds. Impossible de les manquer, ni de se tromper sur leur destination.

Sur le chemin du parc des expositions, ils passent comme nous devant une dizaine de camions satellite appartenant à des chaînes de télévision du monde entier, garés devant le hall 5. On note que ça fait sourire les jeunes, qui y voient un signe que leur candidat est sur la bonne voie. Autre bon présage peut-être, les nombreux contrôles de sécurité qu’ils devront passer avant de pouvoir entrer dans ce fameux hall 5. Une fois dans la salle encore en partie vide, ils observent les quatre écrans géants et les estrades dignes des grands meetings de campagne, mises en place pour les duplex des journalistes.

“Pour moi, Macron est un modèle”

Vers 17 heures, il n’y a donc pas encore grand monde. Hormis les journalistes et les membres de l’équipe d’En marche !, les militants déjà présents ont quasiment tous moins de 30 ans. Certains sont assis par terre, devant la scène sur laquelle a déjà été placé le pupitre où Emmanuel Macron donnera son discours, d’autres sont partis acheter de quoi grignoter, pas loin, juste à l’entrée de la salle, dans des food trucks installés pour l’occasion. Deux camions ont en effet été “choisis” par l’équipe d’Emmanuel Macron pour ravitailler les militants : l’un vend des crêpes salées et sucrées ainsi que des boissons chaudes, tandis que l’autre appartient à la marque Paul. Oui, oui, Paul, cette enseigne dont le PDG avait fièrement annoncé début avril son soutien au candidat de la droite François Fillon. Personne ne semble noter l’ironie de la situation. On décide de passer notre chemin pour retourner dans la salle.

Là-bas, on tombe sur Maxence et Sam. Ils viennent tout juste de prendre la pose pour des journalistes, et sont flattés de pouvoir répondre à d’autres questions. Sam a 19 ans, Maxence 20. Ils sont tous les deux originaires de Toulouse.

Depuis sept mois, ces deux étudiants participent activement à la campagne d’Emmanuel Macron dans leur région en collant des affiches, en distribuant des tracts ou en travaillant avec la candidate En marche ! de leur circonscription.“Je m’intéresse vraiment à Emmanuel Macron depuis sa loi [la loi “Macron” pour la croissance, l’activité et l’égalité des chances économiques, ndlr.] et parce que comme pour lui, l’Europe c’est important pour nous”, explique Sam, qui tient un drapeau de l’Union européenne dans la main.

“Ce qui m’a plu chez Macron, c’est son optimisme, sa façon de voir les choses de façon pragmatique. Pour moi, c’est presque un modèle, je suis quelqu’un d’ambitieux, sans être opportuniste. Tout comme lui”, déclare le jeune homme.

Maxence enchaîne : “Dans mon entourage, j’ai essayé de dissuader beaucoup de personnes d’aller voter Fillon. Là, on est à quelques heures des résultats du premier tour et il y aura peut-être deux outsiders, Emmanuel Macron et Jean-Luc Mélenchon, qui seront qualifiés”, se réjouit le jeune homme. Pour lui, “Jean-Luc Mélenchon a un programme qui peut faire peur, mais il incarne des valeurs qui sont contraires à celles de Marine Le Pen et de Fillon, qu'[il] essaie vraiment de combattre”.

“Mais je suis content qu’on ait pu hisser un candidat comme Emmanuel Macron, qui incarne le renouveau”, poursuit Maxence.

“Moi je trouve dommage que les affaires aient autant ponctué cette campagne. J’aurais préféré que plus de gens soutiennent notre candidat pour ses idées, et pas seulement pour contrer François Fillon”, regrette Sam.

À 17 h 30, leurs pronostics pour le second tour étaient les suivants : Macron-Mélenchon pour Maxence (“je serai content, si ça arrive cela voudrait dire que les Français ont choisi deux progressistes, pour changer le pays”) et Macron-Fillon pour Sam (“beaucoup de gens sont déterminés et veulent malheureusement toujours voir Fillon gagner”). Les garçons ne sont pas complètement sereins : “Si Macron n’est pas au second tour, je voterais blanc, même face à Marine Le Pen”, lance Sam. “Moi je voterai blanc, sauf si Le Pen est face à Mélenchon, là je voterai pour Mélenchon”, assure Maxence.

“Il est humaniste, libéral et pro-européen”

On les laisse pour continuer notre tour de salle. À bientôt 18 heures, on est toujours loin des 3 000 personnes attendues. Les écrans géants viennent d’être allumés, les éditorialistes des chaînes d’info feront désormais partie de notre décor toute la soirée. On tombe alors sur ce jeune homme qui sourit à tout le monde. Il s’appelle Romuald, il a 29 ans.

“Je viens de l’UDI, et je me suis inscrit au mouvement En marche ! dès son lancement qui a coïncidé avec le moment où l’UDI a refusé de participer aux primaires de la droite”, raconte Romuald. “Pourquoi Macron ? Par pure cohérence. Je viens du centre et lui veut dépasser les partis. Il est humaniste, libéral et pro-européen. Pour moi, Emmanuel Macron a parachevé ce que le centre n’a pas réussi à faire

C’est vrai qu’en France, beaucoup de jeunes se tournent vers le FN. Mais on voit pas mal de jeunes présents ce soir à cette soirée du parc des Expositions. Il y a aussi pleins de jeunes au sein du mouvement En marche ! qui, pour beaucoup, ne s’intéressaient pas à la politique avant. Ça prouve qu’ils voient des perspectives pour eux dans ce mouvement. C’est un signe d’espoir.”

Il est 19 h 55. Quelques centaines de personnes sont maintenant présentes dans la salle. Et ce ne sont plus uniquement des jeunes, même si ces derniers restent majoritaires dans le hall. Le compte à rebours va bientôt commencer. À l’approche des résultats, il est de plus en plus difficile de se frayer un chemin devant la scène.

20 heures : les premières estimations tombent. Emmanuel Macron est en tête du premier tour avec 23,7 %. Derrière lui, Marine Le Pen obtient 21,9 % des suffrages. Dans le hall 5 du parc des Expositions, les militants exultent, des larmes de joie coulent sur les visages.

Les militants auront ensuite les yeux rivés sur les écrans géants et leurs téléphones portables, d’où ils textotent et tweetent sans relâche. Tous attendent de savoir qui soutiendra Emmanuel Macron. Quand Benoît Hamon annonce qu’il votera pour le candidat d’En marche ! au second tour, la foule crie, applaudit et brandit des drapeaux français. Pareil pour François Fillon et les ténors de la droite. Les quelques sifflets et huées que l’on entendra au cours de la soirée seront destinés à Laurent Wauquiez qui n’appelait au départ pas explicitement à voter Macron au second tour, et à Marine Le Pen, lorsque cette dernière donnera son discours à Hénin-Beaumon.

Puis, c’est l’attente. La longue attente. Il est 21 h 30 et les militants veulent voir leur champion. “Ça y est, il commence déjà à se faire désirer ?”, entend-on. Pour éviter que l’ambiance retombe, l’équipe de campagne se décide à mettre les hits électro du moment à fond les ballons. Tout le monde se dandine, les projecteurs fusent. L’espace d’un instant, le hall 5 du parc des Expos se transforme en boîte de nuit.

Mais au bout d’un moment, la musique ne suffit plus à faire patienter les militants. Le temps se fait long. Que fait Emmanuel Macron ? Jusqu’au moment où les chaines d’info montrent en direct le candidat quitter, avec sa femme Brigitte, son QG du 15e arrondissement, situé à cinq minutes du parc des Expositions. La foule revit et suit avec délectation le parcours en voiture du candidat, filmé en direct dans les rues de Paris. Emmanuel Macron est escorté comme le président de la République qu’il n’est pas : plusieurs voitures et motos de police encadrent sa voiture, les rues semblent être bloquées avant son passage.

22 h 20 : il est là. Une femme derrière nous termine son coup de fil :  “Je dois raccrocher, notre président est arrivé.” En montant sur scène, Emmanuel Macron, salue énergiquement, serre les mains, prend dans les bras. Militants et journalistes ont des étoiles dans les yeux. Lui aussi. Le candidat d’En marche ! semble sincèrement touché par l’accueil qu’il reçoit.

Sur scène, la musique de Magic System a été arrêtée, Emmanuel Macron va parler. Il remercie la foule et ses sympathisants et entame son discours, qui durera un quart d’heure. Le ton est calme, le candidat se veut sérieux. Car l’heure est grave, il ne faut pas oublier de faire barrage au FN, les jeux ne sont pas faits.

À la fin de son discours, Emmanuel Macron part sous un tonnerre de cris et d’applaudissements. Les drapeaux français et européens sont eux agités dans toute la salle. Les militants se dirigent lentement vers la sortie. “On a quand même eu très peur de ne pas passer”, me disent Alice, 25 ans, et Lola, 26 ans, sur le chemin de la sortie. Dehors, des sympathisants attendent la voiture d’Emmanuel Macron, appareils photo et smartphones en main.

Près du métro Porte-de-Versailles, quelques voitures sont venues narguer les partisans d’Emmanuel Macron qui quittent le parc des Expositions : leurs passagers brandissent des drapeaux à l’effigie de Marine Le Pen. “Marine Présidente !”, scandent-ils.

Car oui, on l’avait presque oublié, la campagne est loin d’être terminée.