Marine Le Pen dit vouloir mettre fin à la Françafrique et au franc CFA si elle est élue présidente

Marine Le Pen dit vouloir mettre fin à la Françafrique et au franc CFA si elle est élue présidente

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Par Cyrielle Bedu

Publié le

La candidate d’extrême droite était en visite au Tchad les 21 et 22 mars, pour y rencontrer les soldats de l’opération “Barkhane”. Elle a profité de cette occasion pour évoquer certains sujets brûlants en Afrique.

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Elle est, avec Emmanuel Macron et François Fillon, la seule candidate à s’être rendue sur le continent africain dans le cadre de la campagne présidentielle française. Au lendemain du “grand débat” du 20 mars qui opposait sur TF1 les cinq principaux candidats à la présidentielle, Marine Le Pen s’est envolée pour le Tchad, pour une visite de deux jours. Sur place, elle a rencontré les soldats de l’opération “Barkhane”, cette force militaire française lancée en 2014, après que le Mali est tombé sous la coupe de groupes djihadistes.

Lors de sa visite au Tchad, la candidate du Front national s’est également entretenue avec le président de la République tchadienne Idriss Déby, et le président de l’Assemblée tchadienne, Haroun Kabadi. Entre eux, de nombreux thèmes ont été abordés. Mais celui qui attire le plus d’attention concerne la Françafrique, cette relation politique, économique et militaire néo-coloniale, qui semble persister entre la France et ses anciennes colonies d’Afrique subsaharienne.

Il y a plusieurs mois, dans une vidéo de sa série “La Barbe”, l’humoriste Nicolas Meyrieux expliquait avec justesse ce qu’était le concept de la Françafrique. Car il semblerait que cette relation polémique continue d’exister, et ce, bien que François Hollande et en son temps Nicolas Sarkozy aient promis de stopper ce système lors de leur passage à l’Élysée…

Dernièrement, c’est le candidat de la droite à la présidentielle François Fillon qui a été mouillé dans une affaire liée à la Françafrique, en acceptant des costumes sur mesure d’un montant avoisinant les 50 000 euros de la part de Robert Bourgi, un avocat franco-libanais pilier controversé de la Françafrique.

Abolir le franc CFA

Lors de sa visite au Tchad, la candidate frontiste a donc déclaré haut et fort : “Je viens porter une condamnation de la politique de la ‘Françafrique’ que [mes adversaires politiques] ont menée les uns et les autres. Je suis venue dire que je romprais avec cette politique.”

Mais selon Amzat Boukari-Yabara, historien et auteur du livre Africa Unite ! Une histoire du panafricanisme, Marine Le Pen n’est en rien différente des autres candidats. 

“Sur ce point, elle ne fait que s’aligner sur des déclarations de bonnes intentions qui avaient déjà été formulées en 2007 par Sarkozy qui promettait aussi la fermeture des bases militaires françaises et en 2012 par Hollande qui a poursuivi les guerres […] lancées par son prédécesseur. Marine Le Pen suit donc le même parcours que des candidats ‘normaux’.”

La candidate FN a également fait, au cours de sa visite tchadienne, des déclarations sur le franc CFA, cette monnaie dont le sigle signifiait à son origine “Franc des Colonies Françaises d’Afrique”, et qui est désormais considérée par de nombreux panafricains comme une monnaie “post-coloniale” dont les effets sont “pervers”. Aujourd’hui, le Franc CFA est lié à l’euro à un taux fixe garanti par le Trésor français. Cette monnaie est utilisée par une dizaine de pays d’Afrique centrale et de l’ouest. “J’entends les plaintes des États africains qui considèrent par principe qu’ils doivent avoir leur propre monnaie et que le franc CFA est un inconvénient à leur développement économique”, a déclaré la candidate du Front national. “Je suis tout à fait d’accord avec cette vision.”

Pour Amzat Boukari-Yabara cependant, ces déclarations n’ont rien d’étonnant venant de la présidente du Front national :

“Ce genre de discours conduit une partie de la population française d’origine africaine à baisser la garde. Quand Marine Le Pen se laisse prendre en photo avec un bébé africain dans les bras, cela entre parfaitement dans la stratégie de dédiabolisation du FN.”

Et l’historien de poursuivre :

“Pour ce qui est du franc CFA, tant que le point n’est pas inscrit officiellement dans son programme, il s’agit de paroles en l’air qui sont symétriques au projet de sortie de l’Euro. Sans doute le FN cherche-t-il à se donner une crédibilité anti-système et anti-mondialiste, mais honnêtement ce parti me semble, comme la plupart des autres, très loin des réalités et des enjeux qui doivent être pensés par les Africains et pour les Africains”.

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