Au Louvre, la victoire de Macron a davantage suscité le soulagement que l’euphorie

Au Louvre, la victoire de Macron a davantage suscité le soulagement que l’euphorie

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Par Virginie Cresci

Publié

Ambiance conviviale et paisible pour un résultat sans surprise

Au total, ce sont entre 20 000 et 40 000 personnes qui sont venues faire face à la Pyramide et à leur nouveau président. Les visages sont jeunes, on aperçoit beaucoup d’étudiants, de jeunes couples portant leur progéniture sur le dos et quelques retraités au téléphone portable. La plupart ne sont pas politisés, ils sont venus assister à un moment historique, manifester leur joie et surtout leur soulagement de ne pas avoir à assister au sacre de Marine Le Pen.
L’atmosphère est paisible. Nulle surprise, tout le monde se doutait que Macron serait élu. On est loin des rassemblements place de la République ou de la Bastille, on est loin de la Manif pour Tous et du Trocadéro. Au cœur de Paris, ce sont des citoyens qui n’ont pas vraiment l’habitude de frôler les pavés qui se sont rassemblés. À l’annonce des résultats, lorsque les chiffres apparaissent sur les écrans géants, la foule applaudit le 25e président de la France, élu à seulement 39 ans, et entonne une faible « Marseillaise » qui s’éteindra aussi vite qu’elle commença.
Soudain, le QG de Marine Le Pen apparaît sur les écrans: France 2 est en reportage dans le 12e arrondissement où le Front National fête sa défaite. Au Louvre, la foule conspue. À peine le visage de Marine Le Pen surgit-il à l’écran que les sifflets reprennent. Deux heures plus tard, lors de son discours d’homme triomphant mais solennel, Emmanuel Macron tente d’apaiser les tensions. « Ne les sifflez pas, ordonne-t-il alors que ses fans huent les électeurs de Marine Le Pen, ils ont exprimé aujourd’hui une colère, un désarroi, parfois des convictions, je les respecte. » Apparemment, les macronistes un peu moins.

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Militants d’un soir

La foule est calme. Dès que le nouveau président apparaît à l’écran ou prend la parole, le silence règne sur l’esplanade. Beaucoup d’étudiants sont là, membres d’En marche !, apolitiques ou même fillonistes. Raphaël et Daniel ont 21 et 22 ans, ils arborent fièrement leur T-shirt « Ensemble, la France ». Pourtant, au premier tour, ces étudiants en école de commerce ont voté pour François Fillon. Après la défaite de leur candidat sali par les affaires, ils ont rallié la cause Macron, trouvant ses idées « intéressantes, surtout pour la jeunesse. » Raphaël explique avoir voté Macron, d’abord pour faire barrage au Front National puis, finalement, il a viré de bord et restera macroniste. Il dit ressentir de la « joie » et de la « confiance » pour les cinq années à venir.
Un peu plus loin, Nathalie porte sa fille de 6 ans sur ses épaules, qui crie de sa voix fluette mais sûre d’elle : « Vive la France. » « C’était important de venir ici avec elle », explique la cadre d’une entreprise pharmaceutique, « je veux lui montrer qu’il ne faut pas avoir peur, ni du Front National, ni des attentats. » La soirée passe, Cris Cab entame un show à l’américaine un peu mou. On croise une bande de quatre adolescentes qui crient « parce que c’est NOOOOOOOTRE PROOOOOJEEET », la réplique désormais mythique d’Emmanuel Macron, et pouffent de rire. Drôle le président Macron ? « Pas vraiment », souligne Noémie 17 ans, « on rigole sur ça, mais un président, c’est pas censé être marrant. »
Il est 21 h 30, l’esplanade ne cesse de se remplir et on finit par trouver des citoyens qui ne sont pas vraiment fans de Macron, mais plutôt de Magic System. « On a voté Macron sans grande conviction, plus pour faire barrage au Front National que pour ses idées », explique Alexandre, 27 ans et vendeur dans un magasin de sport en banlieue parisienne, venu avec sa copine. « On est surtout là pour Magic System »,  plaisante-il à moitié. « On trouvait ça marrant de les voir jouer ici au Louvre, à l’élection d’un président qui a plus l’air d’écouter du Patrick Bruel ». 

La presse en ordre

Près du Carrousel, des centaines de journalistes s’activent dans la gigantesque salle de presse. Écrans géants, thermos de café et chips, tout y est. Des reporters du monde entier sont venus ici, parfois plus par mondanité que par utilité. Celui qu’on dit avoir si vite progressé grâce aux médias les a accueilli sans broncher, tandis que le Front National a refusé bon nombre d’accréditations à nos confrères. On y croise Cyril Eldin, Nicolas Demorand et beaucoup d’autres venus commenter une soirée électorale pas comme les autres.
Soulagés et épuisés par une campagne difficile, les journalistes donnent la parole aux militants qui, souvent, n’en sont pas vraiment. Étrange ambiance de soirée électorale. On est loin de l’effervescence qu’avait provoquée la victoire de François Hollande, cinq ans auparavant. Un sentiment de résignation semble avoir gagné beaucoup d’entre eux, et puis, le soulagement. On ne verra pas la création d’un « ordre des journalistes », comme le voulait Marine Le Pen. Ouf, il ne reste plus qu’à espérer que les journalistes ne soient pas trop aux ordres.

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