Justice : le juge Jean-Michel Gentil défend les magistrats attaqués par les politiques

Justice : le juge Jean-Michel Gentil défend les magistrats attaqués par les politiques

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Par Cyrielle Bedu

Publié le

Dans un entretien paru dans Le Monde, le juge Jean-Michel Gentil déplore que les magistrats subissent autant d’attaques quand ils s’occupent d’affaires mettant en cause des politiques.

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Le juge Gentil, c’est celui qui a mis en examen l’ancien président de la République Nicolas Sarkozy en 2013, pour abus de faiblesse dans l’affaire Woerth-Bettencourt. Il s’était alors attiré les foudres du camp Sarkozy. Les menaces, insultes et pressions en tout genre, autant dire qu’il connaît ! Actuellement en poste à Lille, il sera bientôt muté à Paris. Aux lecteurs du Mondeil raconte les difficultés que rencontrent les magistrats quand ils instruisent des affaires politiques.

“À partir du moment où vous mettez en examen quelqu’un et qu’ensuite, sur les plateaux de télévision, on dit que vous avez porté une atteinte grave à l’honneur de la justice [Henri Guaino avait affirmé en mars 2013 qu’en mettant en examen Nicolas Sarkozy, le juge Gentil avait ‘déshonoré la justice’, ndlr], c’est une forme de pression, explique le magistrat.”

Comme il le dit lui-même, “depuis il y en a eu d’autres, hélas !”. Ce proche du juge Serge Tournaire (qui co-instruit actuellement l’affaire Fillon), a très mal vécu le rassemblement du Trocadéro organisé par François Fillon, contre ce que le magazine ultraconservateur Valeurs actuelles a qualifié de “coup d’État des juges“.

“C’est dangereux pour la démocratie, l’État de droit. Voilà pourquoi il faut en finir avec le complotisme. C’est une technique utilisée pour discréditer le travail des magistrats et créer un rideau de fumée. Le complot des juges, cela n’existe pas !”, s’insurge Jean-Michel Gentil.

Le juge affirme également que de plus en plus de magistrats sont protégés par la police en raison des nombreuses menaces dont ils font l’objet :

“À partir du moment où on estime que ça devient un petit peu trop sérieux, il est nécessaire d’avoir une protection. Je l’ai vécu personnellement, mais pas dans le dossier Bettencourt, où je l’avais refusée. En revanche, ce que je n’ai vraiment pas apprécié, c’est lorsque des lettres de menaces ont visé des proches, notamment un de mes enfants. Là, ça devient plus compliqué.”

Concernant la “trêve judiciaire” à laquelle font notamment appel François Fillon ou Marine Le Pen, rattrapée par une affaire d’emplois fictifs au Parlement européen, Jean-Michel Gentil explique qu’elle ne devrait en aucun cas s’appliquer.

“Ce n’est pas quelque chose de légal. […] La grande difficulté en France, c’est qu’on est quand même pratiquement toujours en période électorale ! Pourquoi y aurait-il encore une procédure particulière pour untel ou untel ? Le calendrier judiciaire, ce n’est pas nous qui le faisons. Donc je pense que ça n’a pas lieu d’être, si l’on veut vraiment une justice indépendante.”

Il répond enfin à ceux qui accusent régulièrement les magistrats de violer le secret de l’instruction :
“À partir du moment où vous avez une procédure de plus en plus contradictoire, avec des avocats qui ont de plus en plus accès au dossier, et qu’ils ne sont pas tenus, eux, au secret de l’instruction, contrairement à une croyance répandue, ils ont le droit, s’ils le souhaitent, de divulguer un certain nombre de choses.”

L’interview complète du juge Jean-Michel Gentil est à retrouver sur le site du Monde en cliquant ici.