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Comment cette photo d’un enfant syrien a touché Internet

Comment cette photo d’un enfant syrien a touché Internet

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Cette semaine, des dizaines de milliers d’internautes ont partagé une image. On y voit un enfant syrien, les mains en l’air, face à l’objectif d’un appareil photo. 
Quand on tape le nom du photographe “Osman Sağırlı” dans Google Actualité, c’est une flopée de titres internationaux qui vous tombent sur la gueule. Et il y a en pour tous les goûts : le géant britannique BBC, le site américain BuzzFeed, l’Australien The Australian et évidemment The Daily Mail.
Osman Sağırlı, c’est le nom d’un photographe qui a un temps travaillé avec l’ONG humanitaire turque ’İnsani Yardım Vakf (aka IHH). L’association est notamment connue pour avoir herbergé des réfugiés provenant de Syrie, alors que la guerre civile faisait rage.
Mais ce jeudi 26 mars 2015, tout a commencé par une image postée sur le réseau social Twitter. Derrière le message, le compte d’une photojournaliste basée à Gaza, Nadia Abu Shaban. En commentaire, elle précise :

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Un photojournaliste a pris cette photo d’un enfant syrien, il pensait que c’était une arme et non un appareil photo, donc il s’est rendu !

“Elle a pensé que c’était une arme”

Ce n’est qu’après cette chasse à l’information que BBC Trendings entre dans la boucle. Le média britannique parvient à retrouver le photographe. Il travaille désormais en Tanzanie et confirme qu’il est bien l’auteur de l’image. Sağırlı est photographe depuis 25 ans. Il a couvert des désastres naturels comme des guerres, au sein de la Turquie comme à l’extérieur.
D’après lui, l’enfant n’est pas un garçon mais une petite fille de 4 ans nommée Hudea. Et c’est au camp de réfugiés de Athmeh, situé à 10 kilomètres de la frontière turque, qu’il a eu l’occasion de la rencontrer en décembre 2014, et non en 2012, avec sa mère et ses trois frères et soeurs. Hudea, qui habitait auparavant Hama, une ville de 500.000 habitants à l’ouest de la Syrie, a perdu son père après le bombardement de la cité.
À la BBC, Osman Sağırlı explique la fabrication de l’image :

J’étais en train d’utiliser un objectif de longue focale et elle a dû penser que c’était une arme. Je n’ai réalisé qu’elle était terrifée seulement après avoir pris la photo, parce que dessus, elle serrait les lèvres et avait levé les mains en l’air. Normalement, quand ils voient un appareil photo, les enfants s’enfuient, cachent leur visage ou évitent de sourire.

Selon le photographe, les photos des enfants disent beaucoup dans ces contextes de guerre :

On sait que ce sont des réfugiés. La souffrance prend plus de sens non pas à travers des adultes mais à travers les enfants. Ce sont [eux] qui reflètent le mieux ce sentiment d’innocence.

À l’origine, la photographie avait été publiée dans un quotidien turc, Türkiye, en janvier dernier. Si elle a été largement diffusée sur les réseaux sociaux à ce moment là en Turquie, il a fallu plus de trois mois pour que les médias occidentaux se l’approprient à l’aide d’un tweet.
Depuis mars 2011 et le début de la guerre civile en Syrie, près de quatre millions de syriens ont été déplacés, ont connu les camps de réfugiés et ont demandé l’asile selon un rapport en ligne de l’Agence des Nations Unies pour les réfugiés (UNHCR). La Turquie est le pays comportant la plus grosse communauté de syriens réfugiés avec 1,7 millions d’individus.