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Au cœur du Comiket de Tokyo, le temple des mangakas amateurs

Au cœur du Comiket de Tokyo, le temple des mangakas amateurs

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© Tony Taka

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Le Comiket est le plus grand marché provisoire de dojin, des mangas autoédités. Ces ouvrages, vendus en “cercles” (comprenez groupes ou agrégateurs, comme une association) sont, pour la plupart, des œuvres de fans qui reprennent les séries à succès du moment. My Hero Academia, Monster Musume, Kemono Friends, KanColleQuel que soit le genre du matériau original, une proportion non négligeable des dojin sont à caractère pornographique. Straps, literie personnalisée, autant de productions autoéditées donc rares pour les fans et parfois revendues au décuple sur Internet.

Nuage de sueur et ambiance bon enfant

Yonathan est un ingénieur de 26 ans, et a visité deux fois la convention. Il en explique les arcanes et le déroulement. “Sur trois jours, chaque journée, des cercles différents tournent. Si on veut trouver une œuvre spécifique, il faut venir à une date précise et ça influence grandement le public, explique-t-il à Konbini. Traditionnellement, un jour est consacré aux dojin entre hommes. Il y aura 90 % de femmes présentes. Le dernier jour, on y vend du porno hétéro, cette fois ce sont 70 % d’hommes qui sont de la partie.” Les cercles tirent volontairement moins d’exemplaires que de raison pour garder un aspect collector sur leurs œuvres, d’où la nécessité de se lever tôt. Sur deux éditions, Yonathan aura dépensé 800 euros. Il décrit un événement relativement intuitif pour les gaijin, pour peu qu’on y donne du sien. “Les informations sont disponibles sur catalogue en japonais. Sur place, on se débrouille en pantomime, on y croise quelques autres étrangers”… et quelques surprises issues des univers du moment.

Deux choses l’ont marqué sur ces expériences. “En été, au Japon, il fait chaud et humide. Avec un tel monde, ça crée un nuage de sueur.” Un phénomène que l’on retrouve sur la bouche de tous les visiteurs. “Les journées se cloisonnent en plusieurs phases. Elles se concluent sur une période de rush où on sent une réelle entraide. C’est une ambiance bon enfant, des amitiés se nouent.”

Pas toujours pratique pour les étrangers

Florian est un employé de 24 ans. Grand habitué des conventions françaises et membre de l’association Endotaku, il nous a parlé juste avant de se rendre pour la première fois au Comiket. Ce n’était pas planifié. Ses craintes sont différentes : “Ça n’a pas l’air très pratique pour les étrangers. On n’y trouve aucune information en anglais. Les infos sont compliquées à avoir, elles sont relayées au compte-gouttes par les auteurs sur Twitter ou Pixiv [site spécialisé dans le partage de dessins et les webcomics, ndlr].” Comme beaucoup d’enthousiastes, il ne parle pas japonais mais “comprend quelques mots et devrait s’en sortir” :

“J’y vais pour voir le cosplay, l’ambiance entre les otaku du Japon et les produits dérivés de Macross.

Tous s’accordent à dire que Japan Expo et Comiket n’ont rien à voir, ne serait-ce que dans ce que l’on y trouve. En effet, ces deux manifestations sont respectivement dédiées aux professionnels du milieu et aux artistes étiquetés “amateurs”. Selon Florian, le véritable Japan Expo japonais, ce serait plutôt le Wonder Festival ou le Nico Nico Chokaigi, tous deux connus pour leurs proportions gigantesques.

Des codes de conventions

Le cosplay y est réputé mais n’a que très peu de place dans les méandres des stands. Son activité y est organisée en parallèle. C’est pourtant l’un des aspects recherché par Grégoire, 22 ans, apprenti. Heureux d’y avoir croisé des figures de ce microcosme, il précise: “On retrouve des gens plus ou moins influents dans la culture populaire nippone, on peut leur parler, les soutenir financièrement, et y retrouver des potes qu’on ne verrait pas autrement.”

“L’entrée se fait de manière super ordonnée : on est rangés par blocs selon l’arrivée, et ces blocs progressent comme un seul homme au rythme imposé par les organisateurs.” Un phénomène aussi relevé par Yonathan. Son astuce ? Venir avec le premier train de cinq heures du matin, et attendre quelques heures devant la convention pour être certain de ne pas louper les tirages. “La queue est très disciplinée. Il n’y a aucun risque de se faire voler quelque chose.” Grégoire souligne le contraste entre cercles professionnels et amateurs. “Côté pro, je voyais essentiellement de la promo pour des anime en diffusion et des produits officiels parfois exclusifs à l’événement. Côté amateur, j’avais peur de me retrouver face à des trucs assez hardcore… c’était moins pire que prévu.”

Mais comment retrouver ces ouvrages si rares si l’on a pas la chance d’être au Japon ? “Les plus recherchés se retrouvent facilement sur le site Mandarake, à prix doublé, ironise Grégoire. Rien ne vaut le plaisir d’acheter directement un exemplaire à la personne qui a réalisé la BD, et lui dire à quel point elle déchire. Même dans un japonais digne d’une vache espagnole !”

Que les gaijin se rassurent : si vous décidez de passer par ce genre de service pour importer des œuvres, “d’occasion” là-bas signifie “impeccable” ici. En revanche, on ne garantira pas le fait que la douane ignore votre colis.