Chronique « Le Cul entre deux 16 » de Pand’Or

Chronique « Le Cul entre deux 16 » de Pand’Or

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Par Robin Aïche

Publié le

De 2011 à 2013, l’évolution de Pand’Or

Neuf titres pour un résultat concis

Voilà près d’un an Pand’Or travaillait sur son premier projet en association avec le producteur Flev. Un an pour un EP de neuf titres qui a subit les galères de l’indépendance : exigences, retard, problèmes techniques ou rendez-vous annulés. Mais la voilà pour la première fois dans les bacs avec un premier opus. Un rêve pour une gamine de 22 ans qui ne cesse de voir le rap comme une passion et l’échappatoire « d’une vie qui ne la satisfait pas », loin d’elle l’idée de rédiger des textes pour remplir les poches de son portefeuille troué.
Depuis quelques années, on peut objectivement constater que le rap français a pris un nouveau virage. Dans ce tournant, deux aspects lui redonnent une certaine noblesse : le retour en force du projet court, l’EP. Un format remis au goût du jour qui permet aux artistes d’explorer leurs différentes palettes, tout en restant concis et efficaces, évitant de remplir le disque avec des morceaux dont ils ne sont pas fiers. Le second est la remise en valeur du producteur, l’homme aux commandes de l’instrumental.
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Ces deux caractéristiques sont à l’origine des ambitions de Le Cul entre deux 16. Le format court, en plus de sa forme intéressante et innovante, aide des artistes comme Pand’Or à prendre le temps d’écrire et à ne pas bâcler ses compositions. Et la collaboration avec un beatmaker comme Flev, présent sur les neuf titres, donne au projet une plus grande dimension inspirée des ambiances new yorkaises des années 90 comme le fait très bien, par exemple, un Joey Bada$$ aux Etats Unis.

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“Une bonne bouffée d’air frais”

On retrouve alors des paroles censées et percutantes naviguant sur un beat puissant, travaillé à la quasi-perfection qui laisse parfois sa place, le temps de quelques secondes, à des scratchs qui commençaient à nous manquer dans le paysage du rap français. Le troisième aspect qui valorise ce projet, l’impact des mots choisis, est sans aucun doute le point fort de Pand’Or. On ressent lors des écoutes une certaine intelligence pour résumer de façon pertinente et poétique sa vie : ses déboires, sa solitude et ses moments de plaisir souvent éphémères qui ponctuent notre simple existence. Le poids des mots qui lui permet de garder son équilibre entre la chaise du fatalisme et celle du réalisme.
Sans faire une fixation sur un thème en particulier, pour chaque morceau, elle parvient à garder le cap pour nous emmener d’un point A à un point B sans jamais chavirer. Un exercice risqué, surtout lorsque l’on décide de faire parler fréquemment des techniques d’écritures diverses et variées. Une mission qu’elle accomplit avec une certaine aisance, ce qui pourrait faire naître des complexes chez pas mal de rappeurs…
Le Cul entre deux 16 est une bouffée d’air frais dans le rap français en parfaite corrélation avec la sorti il y a deux semaines du premier disque du collectif 5 majeur, Variations. Un album qui rejoint parfaitement le projet de Pand’Or au niveau de la qualité du travail fourni. En espérant que cela perdure…