Au fait, c’est quoi le bilan d’Emmanuel Macron au gouvernement ?

Au fait, c’est quoi le bilan d’Emmanuel Macron au gouvernement ?

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Par Théo Mercadier

Publié le

On revient avec vous sur ce qu’il a fait de ses quatre années au pouvoir.

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Plus proche conseiller de François Hollande puis ministre de l’Économie, Emmanuel Macron a imposé sa marque sur l’ensemble de la politique économique du dernier quinquennat. Avec ses 106 articles et 1 758 amendements, la”loi Macron” reste comme le fait d’arme essentiel de son passage au gouvernement.

Malgré son ampleur statistique, elle reste souvent vue comme une loi fourre-tout, sans réelle orientation générale et aux résultats très mitigés. Un bilan en demi-teinte (la loi n’aurait augmenté le PIB que de 0,05 %) avec lequel il souhaite aujourd’hui prendre ses distances. On revient avec vous sur les quelques traces qu’il a laissées à l’occasion de ses quatre ans passés auprès de François Hollande et à Bercy.

1. Les “cars Macron”

Ils auront fait couler beaucoup d’encre pour pas grand chose. Figures de proue de son “projet de loi pour la croissance et l’activité”, passé au forceps à coup de 49-3 par le Premier ministre Manuel Valls, le déploiement d’un escadron d’autocars (à travers une libéralisation du secteur) sur tout le territoire français a été largement décrié pour son empreinte écologique et son impact minime sur l’emploi. Alors qu’Emmanuel Macron défendait en 2015, devant un parterre de sénateurs, que la mesure entraînerait mécaniquement la création de 22 000 emplois, la réalité chiffrée est nettement moins florissante à l’heure du bilan.

Toujours pas rentables à ce jour, les “cars Macron” n’auront finalement créé en tout et pour tout que 1 500 postes, tout en permettant tout de même de transporter 6,2 millions de voyageurs sur la seule année 2016. Des voyageurs à la satisfaction très variable : “C’est quand même scandaleux. Je pensais prendre un café, mais ici c’est impossible. Heureusement, les cars sont confortables et c’est deux fois moins cher que le train.

Côté coût carbone, la mesure a provoqué l’ire des écolos et notamment de Cécile Duflot, coprésidente de leur groupe parlementaire à l’époque, qui n’a pas hésité à vilipender cette flotte d’autocars :

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Dans l’ensemble, leur impact écologique réel n’a toujours pas été exactement calculé, comme le rapporte Le Monde. Pour cela, il faudrait connaître exactement le nombre de personnes qui privilégient désormais ces transports en commun plutôt que leur véhicule personnel et, du même coup, réduisent globalement leur empreinte carbone. À l’inverse, les faibles coûts de ce nouveau mode de transport ont poussé de nombreux habitués du train à prendre le car, nettement plus polluant …

2. La généralisation du travail le dimanche

Autre point d’achoppement qui avait donné de l’urticaire aux sympathisants de gauche, ce volet de la “loi Macron” a permis aux commerces d’ouvrir 12 dimanches dans l’année, au lieu de cinq auparavant. Sept dimanche de plus par an, c’est peu, mais le symbole est fort : “Le repos dominical doit rester un principe essentiel de notre droit, c’est le seul jour de repos commun pour les amis, la famille”, s’indignait ainsi la députée Front de gauche Jacqueline Fraysse dans les colonnes de L’Humanité. D’autant que pour contourner la nouvelle limite, la loi prévoit la mise en place de nombreuses zones touristiques internationales (ZTI), où les commerces pourront ouvrir sans restriction tous les dimanches.

Emmanuel Macron estimait que cet élargissement permettrait aux commerçants d’augmenter leur chiffre d’affaires, ce qu’ils contestent aujourd’hui : “Le retour dont nous disposons de la part des commerçants est qu’il n’y a pas d’augmentation significative du chiffre d’affaires”, explique l’économiste Christopher Dembik.

Les salariés, quant à eux, devaient empocher un complément de revenu à hauteur du travail fourni. Pour faire passer la pilule, il a été décidé que ces journées de travail supplémentaires doivent être négociées au sein de l’entreprise entre les employés et leurs patrons. Les grandes surfaces se sont donc retrouvées face à la grogne des syndicats qui ont rejeté en bloc la mesure, comme à la Fnac ou au Printemps.

L’une des opposantes les plus virulentes au projet a sans doute été la maire de Paris, Anne Hidalgo, qui s’est fendue d’une lettre ouverte agressive à l’encontre de l’ancien ministre de l’Économie. Mais malgré ces passes d’armes et le bilan très mitigé de la loi, le Conseil de Paris a récemment décidé de l’adopter dans son ensemble pour l’année 2017. Il faut croire que la chute du nombre de touristes dans la capitale auront eu raison des convictions de la maire PS.

3. Le permis de conduire

On vous épargnera l’analyse dans le détail de cette loi que Christopher Dembik qualifie de “fourre-tout sans ligne directrice en termes de politique économique”, et dont les deux points les plus notoires restent les cars et le travail le dimanche.

On peut quand même noter la réforme de l’examen du permis de conduire pour tenter de réduire les délais d’attente et les coûts de l’examen, des mesures qui permettraient d’aller vers la “société de la mobilité” rêvée par l’ex-ministre de l’Économie. Bilan : le permis de conduire coûte aujourd’hui entre 150 et 300 euros de moins pour les candidats, et les délais d’attente pour le repasser sont de 63 jours, contre 93 auparavant.

4. Le conseiller économique de François Hollande

Avant son passage au ministère de l’Économie, Emmanuel Macron était secrétaire général adjoint de l’Élysée et conseillait le président sur les politiques économiques à mettre en place. Homme de l’ombre par excellence, il a imposé sa marque sur l’orientation libérale prise par le gouvernement socialiste dès 2014, au mépris des multiples promesses proférées pendant la campagne présidentielle de 2012. Il est notamment l’artisan du très controversé Crédit d’impôt compétitivité emploi (CICE), un allègement fiscal de 40 milliards d’euros en faveur des entreprises.

À la base, ce mirobolant cadeau au patronat devait en échange déboucher sur la création d’un million d’emplois, promesse du Medef que le président de l’organisation patronale, Pierre Gattaz, avait fait inscrire sur les quelque 25 000 pin’s jaunes fabriqués pour l’occasion. Dans les faits, les estimations les plus optimistes planchent sur 100 000 emplois créés ou sauvegardés. Petit calcul : chacun de ces emplois aura coûté entre 200 000 et 400 000 euros à l’État. Cher.