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Beastmilk et In Solitude, deux facettes de l’avenir du metal

Publié le

par Théo Chapuis

Beastmilk et In Solitude, deux facettes de l’avenir du metal

Beastmilk, clair-obscur post-punk

In Solitude, souffle occulte sur le heavy

Pour In Solitude, je vous l’accorde, c’est moins évident. Visuellement, leur dégaine de sales rejetons d’Iron Maiden les inscrit peut-être à vos yeux parmi les groupes à vestes à patches dont votre tonton Gérard, celui qui a vu Deep Purple en 1976, possède des pleins cartons de vinyles. Mais donnez-leurs une chance. Avec leur dernier disque intitulé Sister, ils repoussent le conservatisme heavy metal et dégomment la rigidité dans laquelle il s’est ankylosé depuis plus de 40 ans désormais. Croyez-moi.
Premier point : les mecs d’In Solitude sont des musiciens fantastiques. Mélodiquement, ils mettent toutes les autres formations de heavy metal contemporaines à l’amende. Il suffit de prêter l’oreille aux deux guitares, qui s’accordent et se désaccordent avec malice, résultat d’une composition complice. Je vous le dis, c’est obligé : ces mecs se kiffent. Niklas Lindström et Henrik Palm, armés de leurs deux manches, donnent une nouvelle définition au mot épique : harder, better, faster, stronger. Le titre “Death Knows Where” l’illustre parfaitement.
Le sentiment d’urgence de leurs chansons, ce tempo imparable et les leads destructeurs tissés par les guitares rend vite les mélodies d’In Solitude hyper-addictives. Pourquoi ? Peut-être parce que cette dose dramatique qu’oublient souvent en cours de route (ou sur leurs pochettes) les autres groupes de heavy, le chanteur Pelle Åhman et sa troupe se la perfusent directement par intraveineuse. C’est bien simple, lorsque j’écoute In Solitude, je me rappelle pourquoi j’aime les méchants dans les films.

Eh ouais, pas besoin de faire semblant d’éviscérer des vierges ou de répandre sur le premier rang le sang de têtes de cochons achetées la veille chez le charcutier du coin pour provoquer l’effroi. Au cours du concert rituel, les prêtres-musiciens font jaillir devant l’audience entière leurs invocations macabres, entre nécromanciennes (“To Her Darkness”) et démons du clair de lune (“A Buried Sun”), tout ça sous la lumière blafarde des candélabres. Howard Philipps Lovecraft aurait adoré ça.
Finalement, le nouveau souffle de leur style musical de papy, les Finlandais le piochent dans l’évocatoire : dans l’occulte, dans la sorcellerie, dans la magie noire. Il faut les comprendre : ces métalleux-là sont plus enclins à traîner avec des groupes de black metal (comme leurs potes de Watain, blockbuster metal noir suédois également) que de fantasmer la chasse au dragon.
On ne rit pas comme devant une série B face à In Solitude. Ce groupe de heavy metal impose le respect par sa maîtrise parfaite de son sujet, alors même que la moyenne d’âge du groupe n’excède pas 25 ans. Enfin, grâce à ces gars-là, le heavy metal redevient dangereux. Et c’est tant mieux : vous allez enfin pouvoir impressionner tonton Gérard.
L’album Sister d’In Solitude est sorti chez Metal Blade Records et s’écoute par ici.

Chemin de la main droite, chemin de la main gauche

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Evidemment, ces deux groupes ne sont pas les seuls à faire progresser le metal. Avec d’autres formations de talent qui se révèlent au bout d’un, deux ou trois albums, ils font encore partie d’une avant-garde.
Mais les groupes historiques qui comblent les stades et squattent les mainstages des festivals (depuis près de 40 ans pour certains) devraient prendre garde : la relève est là, sous leurs yeux. Et un jour, peut-être, ils prendront leur place. Moi j’ai hâte. Pas vous ?