Qui est Rudy, l’homme derrière les T-shirts Z Event ?

Publié le par Pierre Bazin,

Il fait aussi des caleçons et des grattes-dos.

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Ce vendredi, le coup d’envoi du Z Event 2022 est lancé. À l’ombre des webcams de la soixantaine de streamers et streameuses réuni·e·s dans la salle, d’autres s’affairent. Il y a bien sûr les techniciens de la ZQSD Production ou encore Poca aux fourneaux, et puis il y a Rudy Maczynski.

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Ici, on se contente de Rudy, ou “Bouldi” pour les intimes, un surnom qui lui a été imposé après qu’un certain média pop culture a écorché son nom dans les sous-titres d’une vidéo — spoiler : c’était nous.

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Il est “l’homme des T-shirts Z Event”, celui qui s’occupe de la production et de l’acheminement des centaines de milliers de vêtements qui feront grossir (fortement) la cagnotte de l’événement caritatif. Outre cet événement, toute l’année, il cherche des solutions pour créer et monter des boutiques sur-mesure pour les plus grands du Twitch français.

“La banque, j’ai tenu un an”

Le parcours de Rudy se cantonne principalement à Marne-la-Vallée, “à côté de Disney” resitue-t-il, bien que son histoire ne soit pas nécessairement un conte de fées. C’est dans le 94 que Rudy naît, grandit et fait ses études. C’est aussi là qu’il rencontrera ses plus vieux amis du milieu : Sakor “LRB” Ros, ex-joueur e-sport, ainsi que le streamer Alexis “DFG” Rodrigues.

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Après le bac, Rudy passe un DUT en techniques de commercialisation puis un Master en marketing des services. Son premier apprentissage dans une agence de communication l’introduira très vite au concept d’objet média.

“On faisait des goodies pour des grosses boîtes comme Orange ou Thales. C’étaient principalement des stylos, des mugs personnalisés ou des textiles floqués basiques, pas des objets très qualitatifs en soi.”

Diplôme en poche, il part travailler pour une banque. “J’ai tenu un an”, confie-t-il, “même si ça m’a bien formé aux techniques commerciales”. Il part rapidement de ce milieu, “un monde de requins qui vend pour vendre” dans lequel il ne souhaite plus jamais retourner.

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Son expérience suivante se fera pour une boîte qui propose des objets publicitaires écologiques. Tout à coup, il devient acheteur et se retrouve à aller voir des usines de production en Asie, à Hong Kong notamment. Son travail consiste à voir quelles démarches sociales les fabricants peuvent appliquer — et s’ils les appliquent.

À côté de ça, le jeune Rudy joue aux jeux vidéo. Même s’il est un “un faux gamer” selon son comparse ZeratoR. “Je n’aime pas le online, je suis un gamer solitaire par excellence, je jouais énormément à des jeux solo comme The Witcher 3 et NieR: Automata.” Il est aussi un “viewer de l’ombre” qui a commencé l’exercice sur Dailymotion.

Il a par exemple assisté au début, à l’ascension fulgurante (et à la chute) de la Web-TV Eclypsia, par qui tant de streamers populaires aujourd’hui sont passés. Les streamers, il les a vus grandir et aujourd’hui, il les habille.

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“La seule personne que j’ai démarchée, c’était Zera”

Nous sommes fin 2015, Rudy est encore dans son entreprise qui produit des objets publicitaires écologiques. En même temps qu’il acquiert de l’expérience dans le milieu, il observe avec attention ce qui se fait dans le milieu du gaming. Une seule boîte sortait du lot : WeAreFans, qui appartenait au site jeuxvideo.com et donc à Webedia depuis le rachat en 2014.

“Ils faisaient des goodies pour Manuel Ferrara, ZeratoR, Domingo, etc., c’était correct mais sans plus. Moi, entre-temps, je commençais à rencontrer de bons fournisseurs, à acquérir de bonnes techniques. Ce que je trouvais dommage, c’est que les streamers n’étaient pas propriétaires de leur image, ils la diluaient.”

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(Via Internet Archives)

La méthode à l’époque, c’est le “Print on demand”, l’impression à la commande, sauf que cela coûte plus cher. Rudy a vite compris qu’il y avait mieux à faire.

En 2016, il monte alors son autoentreprise, GaminGoodies. Il appelle quelques potes à la rescousse pour l’épauler et c’est son vieil ami le streamer DFG (également passé par Eclypsia) qui lui fait confiance le premier. Septembre 2016, ils ouvrent ensemble la première boutique en ligne, “sur une plateforme pourrie”, concède Rudy.

Et ça marche. DFG fait la promotion de ses goodies sur son stream. 150 commandes sont passées permettant à Rudy de découvrir les “joies de la logistique“. Ce sera donc 150 étiquettes Colissimo à coller à la main, et DFG demande déjà un réapprovisionnement.

Le succès de la boutique de DFG fait un peu de bruit, la streameuse Jeel contacte Rudy, puis le streamer Alderiate pour monter leurs boutiques respectives.

Rudy ne va jamais voir les streamers, ce sont eux qui viennent à lui. Il tient à cette dimension “bouche-à-oreille”. En réalité, il a démarché dans sa carrière une seule personne : Adrien Nougaret aka ZeratoR. “Pour passer un cap”, explique-t-il. Nous sommes en 2017 et ZeratoR travaille avec WeAreFans. Problème : les marges sont très faibles. Zera met alors Rudy au défi : “Prouve-moi que tu peux faire mieux”.

Il propose alors un tout nouveau modèle économique à ZeratoR (avec du stock), le streamer est convaincu. La boutique est montée fin septembre, c’est un carton : 600 commandes en une soirée.

Une semaine après, la première Trackmania Cup se déroule à Lyon. La veille, le streamer appelle Rudy en panique, un camion contenant les goodies à vendre à l’événement a été perdu. Rudy se dit prêt à lui produire quelques T-shirts et à lui amener à Lyon. “J’étais encore aventurier”, se souvient-il. Finalement, les colis sont retrouvés mais Zera a été marqué par son dévouement.

Le premier Z Event, c’était un enfer

Nous sommes en septembre 2017 et c’est l’heure de la remise en question car, toujours salarié de sa boîte, Rudy s’ennuie. ZeratoR propose à Rudy de gérer la boutique d’un “petit événement” : le Z Event, premier du nom.

“C’était un enfer. 4 500 T-shirts ont été commandés, j’étais tout seul avec un logisticien en prestataire. Il y avait des annulations, des changements de tailles, j’ai dû faire 4 500 colis tout seul. Certains l’ont reçu à Noël.”

Après la sueur et les larmes, Rudy va voir ZeratoR et son comparse Dach. “Adrien est très entrepreneur, il aime bien monter des projets, on l’a vu avec le studio Unexpected”. Les trois s’associent donc (ils sont toujours associés) pour créer Indieviduals, un nom qui veut insister sur l’indépendance de l’affaire, loin des grands groupes du milieu.

Côté salariat, le patron de Rudy le surprend en train de gérer ses commandes au boulot, il lui demande de se “reconcentrer”. Après une entente à l’amiable, Rudy présente cordialement sa lettre de démission à Noël.

Les années d’après voient tout autant le phénomène du stream que les commandes chez Indieviduals exploser. Sardoche, Solary ou encore le Joueur du Grenier débarquent avec des envies de boutiques.

“Sur le marché, les streamers sont tout le temps sollicités par les marques, etc. Ce que j’aime, c’est que là, ce sont eux qui viennent me voir avec leurs envies, leurs attentes.”

Z Event 2018, 20 000 T-shirts. Rudy ne peut plus gérer tout seul, il recrute quelqu’un. D’autres événements arrivent : La Lyon e-sports, les tournois Fortnite, la première Z Lan. Rudy roule dans toute la France et Indieviduals prospère.

Puis, le Covid arrive. Comme tout le monde, Rudy prend la claque, les usines sont à l’arrêt. “Je me suis dit : on est morts”, confie celui qui passera ses semaines de confinement à jouer à Call of Duty, dans l’attente de meilleurs horizons. Il venait pourtant de signer avec l’émission Pop corn de Domingo.

Sauf que la pandémie fait exploser Twitch. En mai 2020, Rudy devient papa et, dans le même temps, les commandes affluent.

“Twitch qui explose, je ne l’avais pas vu venir. On a rattrapé les deux mois de confinement en quinze jours. Corobizar m’a contacté, Ponce a explosé et Zera a lancé encore plus d’événements. Pendant que mes confrères dans l’objet publicitaire se cassaient la gueule, moi, j’ai rebondi malgré les problèmes de ruptures de stocks.”

Rudy recrute encore, déménage l’entreprise et décide d’internaliser la logistique : envois, stocks, colis. Aujourd’hui, Indieviduals occupe désormais des locaux d’un demi-kilomètre carré. Quant à Rudy, il est désormais rodé aux mystérieuses arcanes des envois de Colissimo.

“Je suis une des plus grosses cagnottes du Z Event”

Au Z Event 2021, 172 500 T-shirts et 1 980 trophées avaient été vendus, participant à hauteur de 2,8 millions à l’ultime cagnotte de 10 064 480 euros pour Action contre la Faim. Désormais, Rudy prépare six mois en amont le Z Event et prévoit énormément de stock.

“C’est à peu près un demi-million d’euros investis en avance, ça évite l’attente pour les gens qui commandent. Comme c’est du caritatif, on rogne au plus fort les marges, on est quasiment au prix de revient, ça nous est même arrivé d’être à perte.”

Cette année, la cause du Z Event est divisée en cinq associations engagées à différentes échelles pour la protection de l’environnement. Aujourd’hui, le jeune papa pense au monde à laisser à nos enfants. Il le sait : l’industrie du textile est polluante. Contrairement à il y a cinq ans, il trouve quand même que le green washing a un peu reculé pour faire place à de vraies démarches écologiques.

De son côté, il va chercher des fournisseurs écoresponsables. Il n’oublie pas le social par ailleurs, c’est-à-dire les conditions de travail des travailleurs, qu’ils soient à l’atelier ou même à l’approvisionnement en matières premières.

Il a par exemple obtenu le certificat GOTS (Global Organic Textile Standard) sur ses produits qui garantit une majorité de fibres biologiques et une démarche écoresponsable dans la gestion de sa société.

“Je suis un fabricant de caleçons et de grattes-dos”

Rudy est un faiseur d’idée et les idées les streamers en ont en réserve. “Je n’ai aucune fibre artistique”, assume-t-il même si, d’expérience, il sent quand un design va fonctionner. “Moi, je m’occupe de tout l’invisible, de comment on produit, comment on livre, etc.”

Les streamers ont des projets toujours plus fous et pas nécessairement des “simples” T-shirts.

“Les streamers n’ont aucune limite, c’est impossible de rester dans sa zone de confort. Pourtant, je suis ‘Monsieur Oui’. Je m’attends toujours au pire et c’est toujours pire. Honnêtement, je suis un fabricant de caleçons et de grattes-dos [rires].”

Une cuvette de toilettes pour le Z Event, un gratte-dos, les caleçons de Sardoche ou encore les écharpes en alpaga pour Corobizar : il faut sans cesse ruser d’inventivité pour répondre aux attentes des streamers et de leurs idées farfelues.

Le gratte-dos Trackmania cup / Le caleçon Sardoche

Ces mêmes créations, ils les retrouvent dans la rue car les communautés sont toujours au rendez-vous : “J’ai même vu des T-shirts Z Event portés par des retraités dans l’Aveyron !”, se souvient-il.

“L’avenir est beau sur Twitch, ça se démocratise”, se réjouit-il. “Les gens ont envie de se retrouver dans plus d’événements physiques, surtout après le Covid.

L’exposition, ça n’intéresse pas Rudy qui se définit comme “très réservé”. Un vrai homme de l’ombre, à l’instar de Dach ou Kléman.

“On gère des enfants, ou plutôt des adultes avec des rêves d’enfants. On essaye de dire non à leurs caprices, leurs projets fous, mais à la fin, tu le fais quand même. Franchement, tu mets Zera et mon fils côté à côté, tu ne sais pas lequel est lequel [rires].”