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Qui est Dach, le bras droit du streamer Zerator ?

Publié le

par Pierre Bazin

L’expression "le Dach de quelqu’un" est presque entrée dans le dictionnaire Twitch.

Qui est Dach, le bras droit du streamer Zerator ?

(Photo by SYLVAIN THOMAS / AFP)

“Tous les streamers ont leur Dach maintenant.” C’est ainsi qu’Alexandre Dachary résume l’organisation professionnelle des gros acteurs sur Twitch. Voilà une demi-décennie qu’il accompagne Adrien Nougaret, dit ZeratoR, un des cadors du stream francophone, sur sa chaîne et ses différents projets d’envergure – Z Lan, ZrT TrackMania Cup, Z Event…

Véritable bras droit du streamer, il assume parfaitement ce rôle d’“homme de l’ombre”. Il faut dire qu’à part de rares occasions comme le Z Event, Dach évite les caméras et les webcams, préférant s’affairer à l’organisation des projets de la ZT Production. Nous avons longuement discuté avec lui pour connaître tout de son fascinant parcours.

Gamer un jour, gamer toujours

Alexandre Dachary naît en en 1989 et passe sa jeunesse à Poissy, dans les Yvelines. Il est fils de psychologue-conseiller d’orientation et de cadre supérieur dans le marketing. Un milieu “aisé” dont Alexandre a conscience, mais qui lui a appris les nécessités de cultiver une “excellence professionnelle”.

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Pas très fan de l’école, du moins après le collège, Dach n’est pas des plus scolaires. “J’étais présent physiquement, mais absent spirituellement”, confie-t-il. Comme son comparse Zera, il redouble sa terminale. Que ce soit son code de la route, le bac ou le permis, il ne les obtiendra qu’au bout de la deuxième fois, comme il nous l’explique, amusé.

Quelque chose passionne Alexandre, en revanche, depuis bien longtemps : les jeux vidéo. “J’ai tout de suite été fasciné par le fait d’être projeté dans un monde virtuel.” Après des années sur Pokémon, il a un déclic avec les J-RPG et en particulier Final Fantasy IX. Il passe des heures à jouer en solo et se passionne pour l’industrie en regardant des documentaires.

Sa mère cherche alors des options d’orientation, comprenant que son fils souhaite travailler dans le jeu vidéo. Après une “année de droit dans le vent”, Dach ira à l’Institut de l’Internet et du multimédia (IIM), à la Défense. À la base, c’est le métier de game designer qui l’intéresse, à la frontière entre la technique et le “littéraire” : avoir les bonnes idées, les formaliser.

En 2011, sa professeur de game design l’emmène à la Gamescom. “C’était l’année charnière avant l’explosion du jeu indé, j’y allais pour trouver un stage pour le master”, explique-t-il. Mais entre-temps, il découvre aussi un autre nouveau monde naissant : le streaming de jeux vidéo.

Passion sans pognon

En se baladant sur YouTube, il commence à repérer certaines têtes qui comment régulièrement du Starcraft, du League of Legends : Pomf et Thud, ou encore Chips et Noi, pour ne citer qu’eux.

“C’est aussi le moment où le modèle économique a changé, on est passé des revenus ‘on-click’ [à la vue, ndlr] aux publicités intégrées à la vidéo [comme le sponsoring, ndlr]. Aux États-Unis, ils ont repéré rapidement cette manne financière, notamment avec les joueurs pros. C’est très ‘american dream’, le petit geek dans sa chambre qui devient une star internationale.”

Dans sa classe, Alex rencontre Maxildan, qui est désormais intervenant sur la chaîne LeStream, après avoir regardé Chips et Noi sur LoL ainsi que Pomf et Thud sur Starcraft. Ils se disent qu’ils vont faire la même chose sur Dota 2. Ils commencent ainsi une petite série de vidéos.

Très vite, ils se font remarquer par le site en vogue Millenium. Ils organisent un partenariat et obtiennent un stage. Mais rapidement un autre site commence à se créer, et il fera du bruit : Eclypsia.

Le fondateur Julien Thierry lui propose d’intégrer son équipe aux côtés d’autres noms connus aujourd’hui sur Twitch : Xari, Jiraya, Skyyart, etc. Ils incarnent un petit bloc de créateurs de contenus pour alimenter le site fraîchement créé. “On était un noyau dur de passionnés, on ne comptait pas les heures. Et on était très rentables avec nos stages à 600 euros [rires].”

“On a fait un benchmark de sites pornos pour Eclypsia

En janvier 2013, Dach se concentre sur ses études, essentielles lorsqu’on vit dans ce qu’il appelle le “pays du diplôme”. Julien Thierry lui propose un poste de rédacteur en chef d’Eclypsia alors que les locaux de la Web TV vont déménager à Ashford, en Angleterre. Il prend une année de césure, signe un CDI et part aux côtés de Xari et Maxildan. Ses premières missions ont été de gérer l’expérience utilisateur sur le site d’Eclypsia. Comment ? En regardant ce que les plus grands faisaient…

“On a copié les codes des sites de cul pour les adapter au gaming. On a même fait un benchmark qui avait bien intéressé mes profs à l’époque ! [Rires.]”

Chez Eclypsia, Dach peut faire ce qu’il veut. Il n’a pas de contrainte, à part remplir la grille de programmation de la Web TV. Il fait ainsi face à de nombreux défis techniques pour streamer du LoL, des émissions, etc.

La rencontre avec Zera et le départ d’Eclypsia

C’est en septembre 2013, à Ashford, que Dach rencontre ZeratoR… qui est alors son N-2. Ses premières impressions ? “Il m’a grave saoulé !”, plaisante-t-il. Alexandre sait qu’il va devoir de toute façon gérer beaucoup d’egos et de caractères différents au sein de la Web TV. Il doit ainsi animer une chronique dans l’émission d’Adrien.

Rapidement, le binôme fonctionne et commence à bien s’entendre. Mais sur Eclypsia, les années suivantes sont plus complexes : les anciens commencent à partir, peu satisfaits des conditions de travail, des exigences ainsi que du manque de transparence de la direction. En 2015, c’est au tour de ZeratoR de partir. Alexandre, lui, est nommé vice-directeur général.

“Je devais manager quinze personnes de 20 ans en ayant 25 ans. De son côté, la direction nous demandait des objectifs impossibles avec un écart intergénérationnel qui s’accentuait et se ressentait entre elle et nous.”

Rapidement, tout le monde comprend que le retour en France n’est pas prévu prochainement malgré les promesses. Après quelques réunions de crise secrètes et des esquisses de plans de rébellion, Dach prend finalement son envol et quitte Ashford en septembre 2015.

“À ce moment-là, je n’avais aucun plan B. Je suis rentré chez mes parents, je préviens trois personnes de mon départ : AlphaCast, qui était chez ESL, Ogar chez Webedia, et ZeratoR, qui venait de créer ZT Production.”

C’est évidemment ZeratoR qui lui proposera une opportunité. Sa nouvelle Web TV marche bien, mais il dit avoir “trop de trucs à gérer et ne faire confiance qu’à [Dach]”. Ce dernier n’hésite pas mais, marqué par son expérience chez Eclypsia, il réclame un vrai contrat. L’aventure avec ZeratoR commence réellement.

“La caméra, c’est le moyen pour les streamers d’exister”

En janvier 2016, Alexandre Dachary devient le premier salarié de la ZT Production. Il se définit à l’époque comme une sorte de “secrétaire” qui gére les opés spés, les transports, les publications. ZeratoR n’aime pas ce terme et le qualifie d'”agent” ou de “bras droit”… comme Kleman pour Domingo, Kotei pour Kameto, Élise Fernandez pour Gotaga.

“Le streaming, c’est un métier de notoriété. Il faut savoir multiplier les sources de revenus entre les subs, les vues YouTube, les opérations sponsorisées, les partenariats, les dons, etc.”

Dach aidera notamment à la création d’Indieviduals avec le désormais connu “maître Rudy” pour créer du merchandising pour tous les streamers. Un véritable coup de poker dans le milieu. Aujourd’hui, il est co-gérant et associé de la ZT Production et il a une vision très éclairée du stream et de la twitchosphère francophone.

“Les gens du streaming sont timides, mal à l’aise socialement et parfois même brisés. La caméra, c’est leur moyen d’exister, de se sentir proches des gens, c’est thérapeutique pour eux, je pense. C’est assez touchant en réalité. Alors oui, il y a du drama parfois, mais c’est comme dans la musique ou le cinéma.”

Son métier, il ne le quitterait pour rien au monde, car la liberté de créer et d’organiser des projets toujours plus fous le motive au quotidien. Que ce soit loger une cinquantaine de streamers pour le Z Event ou préparer la technique d’un tournoi de jeu vidéo comme la Z Lan, Dach ne s’ennuie jamais.

“On n’est pas des clones avec Zera”

Le feu des projecteurs ? En bon fils de psy, il explique avoir travaillé sur lui. Il ne nie pas avoir été vexé quand Zera lui a préféré des animateurs “pros”, mais il a vite compris. Il se satisfait largement de ses apparitions ponctuelles quand Adrien le met en lumière, “et il n’en a pas la moindre obligation, d’ailleurs !”, ajoute-t-il.

Streamer, c’est un métier à part. Quand Dach joue seul, il n’a pas envie de discuter, il laisse ça aux experts, “des copains à qui on donne du taf”. Quant à sa relation de “vieux couple” avec ZeratoR, il l’assume pleinement. Ils cultivent leurs différences. Là où Dach est plus réservé et garde les pieds sur terre, Zera est très ambitieux, “parfois carrément tête brûlée [rires]”.

Pour autant, la générosité dont son comparse fait preuve reste quelque chose que Dach admire grandement. “Il donne énormément aux copains, il les aide, il veut faire croquer tout le monde.” Ses défauts ? Dach reconnaît qu’Adrien peut être parfois têtu, et même “caustique, piquant”, même s’il peut changer d’avis. De son côté, Alexandre Dachary canalise, temporise mais surtout propose des projets toujours plus grandioses à la ZT Production. 


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