J’ai voté aux Golden Globes 2024, et voilà comment ça se passe

Publié le par Anaïs Bordages,

© Tommaso Boddi/Golden Globes 2024/Getty Images

La course aux Golden Globes, vue de l'intérieur.

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Chaque année en janvier, les Golden Globes donnent le coup d’envoi de la “awards season”, période durant laquelle s’enchaînent les cérémonies de remise de prix jusqu’aux Oscars. Parmi toutes ces soirées, celle des Golden Globes a la réputation d’être l’une des plus fun, notamment parce que ses prestigieux invités sont souvent bourrés (c’est la seule cérémonie de remise de prix qui dispose d’un open bar, comme l’a rappelé Mark Hamill ce 7 janvier).

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Mais les Golden Globes ont aussi lutté pour asseoir une véritable légitimité à Hollywood. De 1944 à 2022, ces prix étaient remis par la Hollywood Foreign Press Association (HFPA), un groupe d’environ quatre-vingt-dix journalistes basés à Los Angeles mais travaillant pour des médias internationaux. En 2021, une enquête du LA Times affirmait, entre autres, que certains membres acceptaient de somptueux cadeaux de la part de producteurs, que certains d’entre eux n’étaient carrément pas journalistes et que l’association ne comptait aucun membre noir.

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Menacée d’obsolescence, accusée de racisme et de corruption, l’organisation a alors entrepris de changer son image. En 2023, les Golden Globes abandonnent la HFPA, annoncent un changement de propriétaire et de diffuseur et recrutent une nouvelle promotion de votants internationaux afin de diversifier leurs rangs.

© River Callaway / Penske Media via Getty Images

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Cette année, leur nombre a ainsi triplé, pour passer à 310 – un changement considérable, même si on est encore loin des 10 000 et quelques membres de l’Académie des Oscars. Mais le plus gros bouleversement, en ce qui me concerne, c‘est que je fais partie de ces nouveaux votants. Après avoir observé et analysé la saison des awards pendant des années, j’ai, pour la première fois, eu l’occasion d’y participer directement.

Screeners à gogo

La nouvelle promotion de Golden Globers (appellation totalement inventée par moi) a été annoncée début avril 2023. Mais le vrai travail pour les votants commence à l’automne, avec l’arrivée des premiers screeners. Ces liens, que l’on reçoit tous les jours par dizaines dans notre boîte mail, permettent de visionner tous les films et séries éligibles depuis notre canapé. Ou en tout cas, d’en visionner autant que nos rétines et notre emploi du temps le toléreront. En complément, de nombreuses projections privées sont organisées dans différentes villes, ainsi que des conférences de presse que l’on peut suivre à distance.

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Techniquement, tous les films et séries ayant été diffusés en 2023 sont éligibles. En plus des incontournables (ceux dont le nom commence par “Oppenheim” et “Barb“), on reçoit donc des longs-métrages de tous horizons, comme des films égyptiens, italiens, autrichiens, philippins ou encore koweïtiens, et l’on découvre l’existence de nombreuses œuvres passées sous les radars… Comme Flamin’ Hot, un biopic réalisé par Eva Longoria sur l’inventeur des Cheetos épicés.

Alors que la date butoir pour les nominations se rapproche, le rythme s’intensifie, à raison d’au moins trois films par jour (oui, c’est une épreuve terrible). Au final, malgré mon activité de critique, les nombreux films et séries visionnés en festival, en screeners et en projection au cours de l’année, impossible de voir tout ce que j’ai reçu. Et quand il faut faire des choix, c’est souvent la notoriété qui l’emporte.

Campagne

Qui dit “awards season” dit “campagne”. Et oui, impossible de remporter des votes sans faire de politique, et les studios, acteur·rice·s et cinéastes le savent bien. Même si les cérémonies de remise de prix sont toutes encadrées par des règlements plus ou moins stricts, impossible de ne pas remarquer cet aspect promotionnel et les disparités entre ceux qui ont les moyens et les autres.

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(© ROBYN BECK / ELYSE JANKOWSKI / AFP)

Certaines plateformes envoient des magazines promotionnels qui contiennent des interviews et anecdotes de tournage sur leurs films. Lors de cocktails organisés après les projections, on peut aussi être amenés à rencontrer des acteur·rice·s ou cinéastes, ce qui peut forcément renforcer notre sympathie envers certains projets. Il est même arrivé de recevoir un mail d’un réalisateur qui faisait directement campagne pour son actrice principale.

Tout le matériel sur lequel nous sommes censés voter (chansons originales, scripts, séries, films) a beau être mis à notre disposition en ligne, certains studios envoient aussi des supports physiques : des DVD, des scénarios, des partitions de chansons… ou encore des vinyles de bandes originales, déposés gracieusement devant notre porte. Tous les studios ne pouvant pas se permettre les mêmes attentions, cela peut théoriquement avoir un impact au moment du vote (je vous rassure, les films qui m’ont le plus bombardée de courrier FedEx n’ont rien changé à mon choix).

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Après les remous des dernières années, les Golden Globes se sont engagés à plus de transparence. Le règlement, accessible en ligne, interdit strictement la connivence avec des cinéastes ou producteurs, les cadeaux ou les promesses de vote. Tout conflit d’intérêts (par exemple si j’ai été figurante dans un film pour lequel je vote ou que mon père a travaillé pour une plateforme nommée) doit par ailleurs être signalé. Nous sommes tenus de garder nos choix secrets, mais même cette règle a ses limites : je reste journaliste, et il suffit de lire ma couverture des films nommés pour deviner mes préférences.

Vote

Quant au vote, qui se fait en ligne, il s’est avéré terriblement difficile tant la qualité des films était excellente cette année. Pour les nominations, on établit une liste de nos six préférés dans chaque catégorie, en les classant par ordre de préférence. Chaque votant a sa stratégie, mais pour ma part, j’ai préféré sacrifier certains films favoris, en imaginant que suffisamment d’autres membres voteraient pour, et donner mon vote à des œuvres moins connues. Le vote n’est pas obligatoire, et par déontologie, j’ai également préféré m’abstenir dans deux catégories (sur vingt-sept) pour lesquelles je n’avais pas vu assez d’œuvres nommées.

Au final, le très beau palmarès de cette nouvelle mouture me semble refléter un vrai changement : des victoires attendues et méritées pour certains des plus gros succès de l’année (Oppenheimer, Barbie, Succession) mais aussi la percée de certains projets audacieux comme Pauvres Créatures de Yórgos Lánthimos et notre fierté nationale, Anatomie d’une chute, qui a remporté le prix du meilleur scénario et celui du meilleur film étranger. Mon favori ne l’a pas emporté dans toutes les catégories, mais je suis ravie d’avoir pu contribuer à un aussi beau palmarès.

Et promis, l’année prochaine, je mate tous les screeners !