35 ans après, un tableau tailladé et volé pour l’amour de l’art retrouve son musée

Publié le par Lise Lanot,

© Allison Otto

On vous raconte la folle histoire d’un tableau de Willem de Kooning qu’on croyait volatilisé à tout jamais et qui se trouvait simplement dans le salon d’un couple de passionnés.

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Cela faisait 37 ans que le musée d’art de l’université d’Arizona n’avait pas revu sa Woman-Ochre, un tableau de Willem de Kooning réalisé en 1955. L’œuvre avait été enlevée en novembre 1985 par un couple de profs, pour “l’amour de l’art”Ce samedi 8 octobre, le public du musée pourra enfin (re)découvrir le tableau, désormais paré d’une folle histoire, en plus d’être l’œuvre d’un artiste phare de l’expressionnisme abstrait.

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C’était un matin de 1985, au lendemain de Thanksgiving, qu’un couple de profs s’était rendu au musée de Tucson, avec une audacieuse idée derrière la tête. Bravant les basses températures automnales et vêtu·e·s de gros manteaux, Jerry et Rita Adler s’étaient rendu·e·s au musée peu avant son ouverture, prévue à 9 heures. Profitant de l’entrée d’un membre de l’équipe et de la gentillesse d’un vigile qui répondit aux questions de Rita Adler servant de leurre, Jerry se serait prestement rendu face à Woman-Ochre.

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Seul face à la grande peinture à l’huile, l’homme avait sorti un cutter et découpé la toile. Ni une, ni deux, il roula la peinture, la fourra sous son gros manteau et quitta le musée avec son épouse. À l’époque, le musée n’était pas équipé de caméra de surveillance. L’œuvre, alors estimée à 400 000 dollars, semblait alors volatilisée à jamais.

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L’histoire de ce vol est inscrite physiquement dans le tableau à cause des coups de cutter donnés par Jerry Adler. Des coups assez brutaux qui auraient causé des déchirures et des effritements de peinture sur toute la toile, note Hyperallergic.

Rita et Jerry Adler. Capture d’écran de la bande-annonce de “The Thief Collector”, réalisé par Allison Otto.

Les grandes marques de cutter ont permis à la conservatrice Nancy Odegaard de finir d’authentifier l’œuvre. Après deux heures d’inspection, elle a placé la toile dans le cadre laissé vide en 1985 : “Ça rentrait parfaitement, comme les pièces d’un puzzle. C’était sans conteste la peinture volée”, s’émerveille Olivia Miller, directrice du musée.

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C’est en 2017 que le musée avait retrouvé la trace du tableau, alors que le neveu du couple responsable du vol vidait la maison de ses oncle et tante décédé·e·s. Tout ce temps, le couple avait conservé l’œuvre chez lui, pour en profiter, pour l’amour de l’art, tout simplement. Afin de redonner un peu de vigueur à la peinture, le couple l’avait encadrée et avait tenté de réparer la toile avec un “vernis de mauvaise qualité”, précise le Getty Museum de Los Angeles qui a exposé l’œuvre pendant l’été.

Willem de Kooning, Woman-Ochre, 1955. Capture d’écran de la bande-annonce de “The Thief Collector”, réalisé par Allison Otto.

Gros vol, gros mystère et gros billets

En vidant la maison, un antiquaire avait remarqué la peinture, sans pour autant la reconnaître, et a acheté l’ensemble des objets du logement pour 2 000 dollars. Une fois rentré chez lui, il avait posé l’œuvre quelque peu abîmée et gondolée dans son magasin. Plusieurs personnes étaient tombées en pâmoison devant le tableau, un client allant jusqu’à lui en proposer 200 000 dollars.

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Après quelques recherches, l’antiquaire s’était rendu compte que son achat ressemblait étrangement à cette œuvre dont parlait un journal local quelques années plus tôt : “Le mystère non résolu d’Arizona : la peinture de Willem de Kooning estimée à 100 millions de dollars qui est portée disparue depuis trente ans”.

Pris d’un doute, l’antiquaire avait appelé le musée, tout frétillant : les informations semblaient concorder, la toile retrouvée pouvait bien être celle de Willem de Kooning. L’excitation était montée d’autant plus que, deux ans auparavant, Interchange, un autre tableau du peintre d’origine néerlandaise, s’était vendu 300 millions, voyant l’estimation du prix de Woman-Ochre s’envoler. 

Le tableau ne devrait pas connaître les maisons de vente de sitôt. Son retour à Tucson promet une belle excitation pour le public du musée et un joli coup de projecteur pour l’établissement. 

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