Le gouvernement mexicain est accusé d'avoir espionné des journalistes et des activistes

Mexico aurait utilisé un mouchard pour garder un œil sur des défenseurs des droits de l’Homme et de la liberté de la presse.

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Enrique Peña Nieto, président du Mexique. (Via Facebook)

En théorie, le principe de l’espionnage c’est de faire en sorte que les gens surveillés ne s’en rendent jamais compte. Apparemment, personne n’a prévenu Enrique Peña Nieto, le président mexicain. Lundi 19 juin, le laboratoire de recherche canadien Citizen Lab a publié les résultats d’une enquête menée en collaboration avec trois organisations de défense de la liberté de la presse mexicaine dans le New York Times. Les chercheurs basés à Toronto révèlent que le gouvernement mexicain aurait dépensé 80 million de dollars (71,66 million d’euros) dans un modèle de mouchard pour espionner les téléphones de journalistes, de défenseurs des droits de l’Homme, d’activistes et des avocats qui s’occupent du dossier des 43 étudiants disparus.

Baptisé "Pegasus", ce spyware israélien a été conçu à l’origine pour espionner les terroristes et les criminels les plus dangereux, ce qui n’a pas empêché le gouvernement mexicain de l’utiliser pour infecter les portables de plusieurs acteurs politiques. La liste des personnes surveillées est assez longue. On y trouve beaucoup de journalistes, dont Carmen Aristegui (et son enfant mineur), Rafael Cabrera, Sebastian Barragan, Carlos Loret de Mola, Daniel Lizarraga et Salvador Camarena. 

Un pays dangereux pour les journalistes

Dans un communiqué de presse controversé, Daniel Millán Valencia, le porte-parole du chef de l’État a répondu "qu’il n’y avait aucune preuve que des agences du gouvernement mexicain soient responsables du supposé espionnage". Il affirme également :

"Pour le gouvernement mexicain, le respect de la vie privée et la protection des données personnelles de tous les individus sont inhérentes à nos valeurs de liberté, de démocratie et de respect de la loi."

Le communiqué de presse s’achève avec une invitation adressée à ceux qui pourraient avoir été victimes de cet espionnage à présenter leur plainte au bureau du procureur général. Ce qui n’est pas sans ironie, car c’est précisément son bureau qui serait impliqué dans cette affaire. De nombreuses organisations, comme Amnesty International, réclament qu’une enquête soit menée et que les journalistes soient protégés. Depuis l'an 2000, on estime qu’ils sont plus d’une centaine à avoir été assassinés au Mexique.

Traduit de l’anglais par Sophie Janinet