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Worlds de League of Legends à San Francisco : on vous raconte la plus grande finale de l’Histoire de l’e-sport

Publié le

par Pierre Bazin

On était à San Francisco pour l’événement e-sport de l’année.

Worlds de League of Legends à San Francisco : on vous raconte la plus grande finale de l’Histoire de l’e-sport

On se doute très rapidement de la teneur exceptionnelle, si ce n’est historique, de certains événements lorsqu’on y assiste. La finale du Championnat du monde 2022 de League of Legends est indubitablement de cette veine.

Ne vous inquiétez pas : ici, vous n’entendrez pas parler de draft diff, de mid gap ou encore d’erreurs de smite — même si tout cela serait correct. On va vous expliquer le plus vulgairement possible pourquoi cette finale à laquelle on a assisté vient de marquer l’histoire de l’e-sport.

Déjà commençons par rappeler un peu les faits : League of Legends est actuellement le jeu e-sport le plus populaire au monde. Le jeu de Riot Games s’est imposé cette dernière décennie comme la référence du jeu vidéo en compétition. Quant aux Worlds, c’est tout simplement la compétition la plus emblématique sur ce jeu, qui existe depuis 2011 et qui a encore réuni plus de 5 millions de viewers cette année, un nouveau record qui ne prend même pas en compte l’audience en Chine.

Donc oui, les Worlds de League of Legends sont, à ce jour, la plus grande compétition d’e-sport. Commencée il y a plus d’un mois, la compétition voit s’affronter les meilleures équipes du monde. Enfin, du monde… En phases finales, il ne restait plus qu’une équipe européenne (Rogue) face à quatre équipes sud-coréennes et trois équipes chinoises, mais ça, on y est habitués.

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La finale était cette année 100 % sud-coréenne opposant T1 à DRX. Alors on pourrait se dire que c’est un peu décevant, comme line-up, eh bien détrompez-vous.

Des enjeux dignes des plus grands shōnens

Derrière T1, on retrouve tout d’abord le légendaire Faker qui est sans conteste le joueur le plus connu au monde. À 26 ans, ce vétéran de League of Legends avait la lourde tâche de guider ses quatre jeunes coéquipiers (deux n’ont que vingt ans) vers la victoire. Avec trois titres de Worlds à son palmarès, Faker visait le quatrième titre, un record jamais atteint dans l’histoire de la compétition. Le roi revenait reconquérir son trône, sa dernière couronne datant de 2016, avec une finale manquée en 2017.

En face, DRX, une équipe sud-coréenne bien plus jeune. Du début à la fin de la compétition, ils ont été sous-estimés et véritablement annoncés perdants. De toute l’histoire de la compétition déjà, DRX est la première équipe en finale issue des play-in, cette phase de “rattrapages” pour les équipes qui n’ont pas pu se qualifier directement aux Worlds. Pendant toute la compétition, ils ont impressionné le monde entier, effectuant même une remontada de 0-2 à 3-2 en quarts de finale face aux Chinois d’Edward Gaming.

Et puis, dans l’équipe de DRX, il y a Deft. Ce joueur expérimenté a vécu une demi-finale et cinq quarts de finale de Worlds, autant vous dire qu’il a la niaque. Il a le même âge que Faker et, d’ailleurs, les deux joueurs ont été dans le même lycée à Séoul. Oui, oui, on parle bien d’e-sport mais il est vrai que ces allures de shōnen n’ont pas manqué de chauffer l’audience.

E-sport ou Super Bowl ?

Au sein du Chase Center de San Francisco, habituel domicile des Golden State Warriors en NBA, 16 000 personnes se sont réunies pour assister à ce combat d’anthologie.

La cérémonie d’ouverture marque le coup avec un show de son et lumière d’exception. Budget à faire sauter le plafond, hologrammes géants, plus d’une cinquantaine de danseurs, la tradition “à l’américaine” était respectée.

Avec des chansons de Edda Hayes & Louis Leibfried ou encore Jackson Wang, les spectateurs en ont pour leurs oreilles. Évidemment l’interprétation de l’hymne par la superstar Lil Nas X ne manque pas de mettre la dernière couche de paillettes dans les yeux des derniers non-convaincus.

S’envolant dans un hologramme de main géante, Lil Nas X laisse place aux dix joueurs venus s’affronter sur cette scène d’ores et déjà légendaire sous les hurlements d’une foule impatiente de connaître le dénouement.

Brèves présentations des joueurs, ovation pour Faker venu rappeler que le roi est de retour. Pour DRX, c’est la grande revanche sur la vie portant derrière eux une histoire d’abnégation digne d’un film hollywoodien.

Le meilleur des meilleurs scénarios

On n’aurait pas rêvé mieux pour une finale des Worlds. C’est impossible, pour la simple et bonne raison du scénario des cinq manches (format BO3). Pourtant, le premier match a laissé planer un doute. T1 l’emporte assez aisément, avec un Faker au top (même s’il joue mid, vous l’avez ?), assurant par ailleurs leur position de favoris et leader de la compétition.

Les premiers pronos hâtifs fusent : “Ça va faire 3-0, ça va être vite réglé”, souffle déjà un collègue français. Personne, même le plus fervent supporter de T1, ne veut pourtant d’un scénario aussi radical. Mais c’est sans compter sur DRX, l’équipe qu’il ne faut absolument pas sous-estimer alors qu’ils ont fait taire toutes les mauvaises langues durant toute la compétition.

Deuxième game, DRX est réveillé, le géant T1 tremble. Dans la foule, on est rassurés car DRX avait raison : “même les dieux peuvent saigner”. L’équipe de Deft livre une performance soignée face à des T1 plus hésitants. Les risques payent, c’est l’égalisation : 1-1.

Troisième game, les dieux de T1 semblent fâchés et abattent leur colère divine sur DRX, nous offrant des plays tous plus incroyables, notamment d’impressionnants “steals”.

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Mais la première manche est oubliée, Deft et son équipe endurent déjà bien mieux la fureur, faisant douter les pronostiqueurs les plus assurés. La foule, elle, veut du sang. Elle comprend que seul un match d’anthologie peut avoir lieu aujourd’hui.

Quatrième game, 2-1 pour T1. Faker et ses coéquipiers ne sont plus qu’à une manche du Graal. Mais c’est sans compter sur la rage de vaincre des DRX. Comme soudainement pourvus d’une aura divine, ils réussissent quasiment tous les mouvements entrepris, ils prennent des risques, cela paye même si T1 résiste comme jamais. La foule est en transe, elle découvre des DRX enragés.

Initialement pro-T1, le public acclame maintenant DRX d’une même voix, ne serait-ce que pour les remercier pour le spectacle qu’ils offrent, de par leur résistance, leur acharnement, leur abnégation.

Tout se jouera sur la game finale.

Silver Scrapes résonne

Il y a une tradition dans l’histoire des Worlds de League of Legends et elle tourne autour de la chanson “Silver Scrapes” par Danny McCarthy. Originellement, durant la deuxième édition des Worlds (2012), c’était une simple chanson d’EDM que Riot Games passait sur des écrans de pauses lorsqu’il y avait des problèmes techniques durant les diffusions des matchs.

La chanson a acquis un statut d’hymne officieux au fil des années. Bien qu’elle soit aujourd’hui honnêtement très démodée, la musique est toujours lancée pour la cinquième game d’un BO3. C’est une tradition et le stade des Warriors ne l’a pas oubliée ce soir-là.

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L’ultime manche commence. L’occasion de s’attarder sur la phase de “draft” où les joueurs, aidés de leur coach, font la composition de leur équipe en sélectionnant les personnages qu’ils veulent jouer. Même sur cette phase préliminaire, la game 5 est à la hauteur des attentes car les joués sur la compétition. Le spectacle promis se prépare.

Une ultime partie de finale des Worlds ne peut que légendaire. Pendant plus de 45 minutes, DRX et T1 nous offrent un suspense haletant, des rebondissements de tous les côtés, des mouvements légendaires, des erreurs minimes immédiatement exploitées par l’adversaire. La foule est levée, mais elle ne sait plus qui soutenir : T1 pour la légende ou DRX pour l’Histoire ?

Même lorsque DRX réussit des combats essentiels, T1 réussit à sauver les meubles in extremis, rebattant sans cesse les cartes. Dans le public, on ne sait même plus quoi dire, on ne fait que hurler.

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Il ne s’agit plus d’un match entre deux équipes de la ligue sud-coréennes contre un favori et un perdant potentiel. À vrai dire, ce n’est même plus une compétition de jeu vidéo mais bien une bataille acharnée entre dix jeunes hommes qui ont déposé leurs destins dans les mains de millions de supporters.

Jusqu’au dernier moment tout se joue alors que T1 tente de détruire par surprise la base adverse pour emporter le titre (backdoor). DRX résiste, il ne reste que quelques mètres pour la victoire, les tours tombent, puis le Nexus.

Les DRX sont champions du monde.

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Stupéfaction et émotions

Les DRX exultent et saisissent la coupe. Le public est estomaqué par leur performance, il n’arrive même pas à se rendre compte de ce qu’il vient de se passer. Ils ont anéanti tous les pronostics, par leur volonté et leur précision.

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Les T1 sont anéantis, Faker laisse peu transparaître tandis que le jeune Keria s’effondre en larmes avant de trouver du soutien dans les bras de son ancien coéquipier Deft.

La foule ne cache pas son émotion. Dans un mélange de compassion pour T1 et de fierté pour DRX, le public acclame les nouveaux champions. Deft lui-même ne peut se contenir au moment de la remise du prix.

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La finale des Worlds 2022 de League of Legends nous a offert un des plus grands spectacles de l’histoire de l’e-sport, et j’ose le dire, du sport en général.