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La Poste bazarde le timbre rouge

Publié le

par Lisa Coll

Le prince des lettres prio se dématérialise.

La Poste bazarde le timbre rouge

© Matt Botsford (Unsplash)

Le bon vieux timbre rouge des lettres urgentes est en sursis : La Poste va le supprimer l’an prochain pour le remplacer par une version télétransmise, une décision emblématique de l’effondrement des envois de courrier traditionnel en France à l’ère du numérique.

Le groupe public va revoir, au 1er janvier 2023, la gamme des services postaux de base, pour faire des économies et tâcher de suivre l’évolution des usages, bouleversés par l’essor des messageries électroniques et des paiements en ligne.

Il s’agit, pour le patron de la branche Services-Courrier-Colis, Philippe Dorge, de “conforter l’avenir du courrier” et de “pérenniser le service universel postal”, qui garantit notamment une distribution six jours sur sept et des tarifs abordables pour les envois les plus courants.

Concrètement, le timbre rouge de la “lettre prioritaire”, qui permet d’affranchir un pli pour une distribution le lendemain (à J+1), va céder la place à une nouvelle formule hybride, baptisée “e-Lettre rouge”, dématérialisée, pour l’expédition des envois vraiment urgents.

Il faudra envoyer un document, jusqu’à trois feuillets, avant 20 heures sur le site laposte.fr, depuis un bureau de poste, sur un automate ou avec l’aide d’un postier. Le document sera imprimé à proximité du destinataire, mis sous enveloppe (comportant une image de timbre rouge) et distribué le lendemain.

“Les volumes de J+1 ont été divisés par 14 depuis 2008”, avec actuellement 300 millions d’envois sur les 7 milliards de lettres acheminées dans l’année par La Poste (deux fois moins qu’en 2013), explique M. Dorge. Ce qui commence à coûter cher et à peser sur l’environnement, puisque le groupe utilise des avions, camions et camionnettes de moins en moins remplis.

“Les clients ont d’autres attentes aujourd’hui”, insiste le responsable, dont les services ont interrogé 22 000 clients. “Il y a moins de besoin de rapidité.” Ce service coûtera 1,49 euro, contre 1,43 euro pour le timbre rouge actuel, et sera fait “en toute confidentialité”, assure M. Dorge à l’AFP.

Place à la lettre turquoise

“De toute façon, c’est devenu trop cher, et ça n’arrive jamais le lendemain”, a réagi Antoine, cadre parisien bougon rencontré devant la poste centrale de la capitale, rue du Louvre.

Pour Marie Janson, occupée à sa correspondance dans le bureau de poste, le rouge était une question de standing. “Ça permet de montrer du respect à ses correspondants. Jamais je ne mettrais un timbre vert”, moins cher, dit-elle.

“C’est dommage, on ne pourra plus poster un chèque urgent”, note Vincent Petit, un quinquagénaire qui, à la réflexion, n’a pas acheté de timbre rouge depuis des lustres.

Pour ce genre d’envois importants exigeant une traçabilité, La Poste va proposer une “lettre turquoise services plus”, nettement plus chère, distribuée le surlendemain (à J+2), avec des notifications de suivi et une compensation forfaitaire en cas de retard important. Elle sera proposée à partir de 2,95 euros, en fonction du poids.

Autre changement notable au 1er janvier 2023 : un courrier acheminé avec un timbre vert, le plus utilisé pour les envois du quotidien, sera plus lent, distribué à J+3 et non plus à J+2.

Son prix restera inchangé, à 1,16 euro pour les envois jusqu’à 20 grammes. Ce timbre sera aussi proposé l’an prochain sous une forme numérique, avec un code alphanumérique de huit caractères, vendu en ligne au même prix, qu’il suffira de recopier sur l’enveloppe.

Chaque foyer français dépensera en moyenne environ 37 euros en produits postaux cette année, contre 38 euros en 2021, selon le groupe public.

Cette évolution, validée par l’Autorité de régulation des communications électroniques, des postes et de la distribution de la presse (Arcep), vise à réduire le déficit du service universel postal, une obligation légale qui coûte plus d’un milliard d’euros au groupe public. L’État doit en prendre 500 millions à sa charge.

La Poste compte aussi réduire de 25 % ses émissions de CO2 pour le transport du courrier d’ici 2030 par rapport à la situation actuelle, en remplissant mieux ses camions et en n’utilisant plus d’avions dans l’Hexagone (dès l’an prochain). Elle devrait alors transporter 3 à 4 milliards de plis, selon M. Dorge.

Konbini avec AFP

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