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Filtre, mon beau filtre, dis-moi qui est la plus belle ?

Publié le

par Juliette Mita

Ou comment les filtres des applis sont devenus nos nouveaux miroirs ?

Filtre, mon beau filtre, dis-moi qui est la plus belle ?

Aujourd’hui et depuis plusieurs années déjà, il paraît presque impossible de passer à côté des filtres de beauté sur les réseaux sociaux. Mais oui, vous savez, ces effets virtuels qui rendent tout parfait et transforment tout le monde en mannequin !
À l’ère des selfies et des stories, ils sont devenus un élément incontournable de notre paysage numérique et on est clairement nombreux à y avoir succombé.

Tout commence il y a quelques années sur Snapchat, où sont apparus les premiers filtres virtuels. Souvenez-vous des oreilles de chien et de la couronne de fleurs, on s’est tou·te·s amusé·e·s avec à un moment.

Pourtant, c’était déjà sur Snapchat que le ver était présent : au-delà de leur aspect humoristique, ces filtres permettaient d’améliorer notre apparence.

Alors bien sûr, on était encore loin des filtres actuels ; la plupart permettaient de lisser légèrement la peau et de camoufler les imperfections. Cette fonctionnalité a vite séduit les utilisateur·rice·s, qui ont pris goût à cet outil et ont commencé à l’utiliser au quotidien.

Maquillage virtuel sans démaquillant

Aujourd’hui, exit le côté drôle et ludique, les filtres n’ont quasiment plus qu’une seule finalité : l’embellissement. Ces nouvelles fonctionnalités se sont imposées sur nos réseaux sociaux et il faut avouer qu’elles sont tentantes et addictives…

Les filtres permettent de se refaire une beauté en un clic ! En quelques secondes, finie la peau à imperfections, les rougeurs et le teint terne : on se retrouve avec un tout nouveau visage, frais et repulpé, comme si on venait de passer une heure dans la salle de bains.

Les premier·ère·s à avoir succombé à ce phénomène sont, bien sûr, celles et ceux qui vivent de leur activité sur les réseaux sociaux : les influenceur·euse·s et autres créateur·ice·s de contenu.

Comme la plupart d’entre eux se filment au quotidien pendant des heures, il apparaît bien pratique d’utiliser ces filtres pour parfaire leur image.

Des applications se sont même spécialisées dans le business de filtres de beauté et permettent à leurs utilisateur·rice·s de métamorphoser leur visage grâce à des retouches instantanées payantes. C’est le cas de FaceApp, également connue pour son filtre de vieillissement.

Nouvelle norme ?

Ce qui était à l’origine un outil numérique s’est progressivement installé comme la norme. On a pris l’habitude de ces visages parfaits et on prend pour la réalité ce qui n’est qu’un artifice.

Comme on admirait avant les mannequins retouchés dans les magazines, on prend en référence les visages embellis par des filtres, ce qui déforme complètement notre vision de la réalité. Cela renforce les complexes des gens et les incite à leur tour à utiliser davantage ces filtres : un véritable cercle vicieux…

Pour certain·e·s, la perfection devient une obsession, les filtres une addiction et le reflet de leur écran prend le dessus sur le reflet de leur miroir : on parle alors de dysmorphophobie, un trouble classé dans le spectre obsessionnel compulsif.

L’utilisation massive de filtres de beauté va de pair avec l’augmentation du recours à la chirurgie esthétique chez les jeunes générations. La surexposition des mêmes codes de beauté peut faire naître des complexes sur nos différences et nous tenter de nous rapprocher de la version virtuelle de nous-mêmes. Nombreux sont les chirurgiens qui voient débarquer dans leur cabinet de jeunes patients leur présentant une photo avec un filtre comme référence : Les jeunes représentent désormais 30 % de ma clientèle, contre à peine 5 % il y a encore quelques années”, explique la Dr Laurence Benouaiche.

Des filtres qui se ressemblent (trop)

Autre fléau de cette épidémie de filtres : elle contribue à la standardisation des critères de beauté. Il ne fait nul doute que la plupart de ces filtres respectent les mêmes codes : affiner le nez, repulper les lèvres, rehausser les pommettes, etc.

On voit donc défiler sur les réseaux sociaux des visages qui se ressemblent tous de plus en plus. Les différences et particularités physiques sont gommées au bénéfice d’un visage parfait unique, et c’est bien dommage.

#NoFilter

Heureusement, face à ce phénomène, certains tentent d’inverser la tendance. On voit des influenceur·euse·s et des personnalités publiques s’élever contre ces filtres de beauté et la déformation de la réalité qu’ils entretiennent. Grâce au body-positivisme, ils et elles sont de plus en plus nombreux·ses à se montrer au naturel sur les réseaux sociaux et à avertir du décalage qui existe entre Internet et la réalité.

S’afficher virtuellement sans filtre devient une forme d’engagement, car cela encourage des milliers d’internautes à faire de même et à s’accepter.

Vous l’aurez donc compris : les filtres de beauté, c’est bien joli et bien pratique, mais ça peut vite devenir dangereux si on en abuse. Gardons en tête qu’ils contribuent à déformer la réalité et à uniformiser le paysage virtuel. Face à cela, mieux vaut garder notre authenticité et célébrer la beauté dans sa diversité !

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