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Cette femme est née avec un bout de cerveau en moins et ça n’a rien changé à sa vie

Publié le

par Julie Morvan

Le corps humain fait des miracles.

Cette femme est née avec un bout de cerveau en moins et ça n’a rien changé à sa vie

© Viktor_Gladkov/Getty Images

Cette quinquagénaire, originaire du Connecticut, a une vie tout ce qu’il y a de plus normal. Brillantes études couronnées d’un master, carrière irréprochable, elle a même la fantaisie de maîtriser la langue russe. Et pourtant, son parcours est plutôt atypique : tout ça, elle l’a fait… avec un bout de cerveau en moins.

Une histoire de tempes

C’est plus précisément le lobe temporal gauche qui manque à celle que le journal Wired désigne par les initiales “EG”. Ce lobe est l’une des cinq zones majeures du cerveau, avec les lobes frontaux, pariétaux, occipitaux et le cervelet. La plupart du temps, il est responsable de l’acquisition du langage. Autant dire qu’EG ne devrait pas pouvoir prononcer un mot.

Cela fait maintenant plus de trente ans qu’elle a découvert cette petite originalité cérébrale, lors d’un banal examen de scanner à l’automne 1987. À ce moment-là, se souvient-elle, les scientifiques étaient pessimistes, voire alarmistes à son sujet : elle aurait des lacunes linguistiques, souffrirait de crises fréquentes…

Plus de peur que de mal

Pourtant, surprise : elle n’a quasiment jamais souffert du moindre trouble. Au grand dam du corps médical, après avoir passé – avec brio – un test de mots de vocabulaire, l’un des médecins s’est même avéré “embêté que je réussisse”, raconte-t-elle.

Cette histoire de bout de cerveau manquant l’a tout de même travaillée. “Ça m’a fait flipper”, confie-t-elle. Elle a d’abord appris la nouvelle à ses parents et à deux ami·e·s proches seulement, qui ont gardé le secret pendant… dix ans. Depuis, elle l’a annoncé à un cercle un peu plus élargi, mais qui reste très restreint.

“J’ai un curieux cerveau”

Début février 2016, après avoir lu un papier sur la réaction du cerveau à la musique, elle a décidé d’écrire un mail au prestigieux Massachusetts Institute of Technology (MIT), expliquant avoir un cerveau bien “curieux”. Le MIT l’a mise en relation avec une neurologue cognitive, Evelina Fedorenko, qui étudie le langage.

Bingo : les deux femmes se sont rencontrées et ont mené l’enquête dans le laboratoire de Fedorenko. Résultat : une première étude, publiée dans le journal Neuropsychologia. Elle portait sur l’incroyable capacité des tissus cérébraux à se redistribuer les tâches cognitives. Dans la majorité des cas, c’est l’hémisphère gauche du cerveau qui permet d’acquérir le langage.

Mais ce n’est pas une science exacte : pour d’autres, ce sont les deux hémisphères, ou celui de droite uniquement, qui se partagent le travail. Selon Greta Tuckute, une doctorante du laboratoire de Fedorenko, les gaucher·ère·s ont pour habitude de faire travailler la partie droite du lobe temporal de leur cerveau, plutôt que la gauche.

Bilan de l’étude : to be continued

Fedorenko en a conclu la chose suivante : si le cerveau est endommagé, il va forcément trouver un moyen de se régénérer. Une preuve que certain·e·s patient·e·s, comme EG, qui sont dépourvu·e·s d’une partie de leur cerveau à la naissance, “peuvent aussi bien compenser”, selon la neurologue cognitive Ella Striem-Amit.

On doit ce véritable tour de force neurologique à la grande plasticité du cerveau pendant l’enfance. Si un lobe, par exemple, est absent à la naissance, le cerveau le compense par de nouvelles connexions neuronales.

L’histoire est loin d’être finie : la sœur de l’intéressée, quant à elle, n’a pas de… lobe temporal droit. Et n’en souffre pas non plus le moins du monde. Il pourrait donc y avoir une explication génétique. Ni une ni deux, toute la famille est passée au scanner : un troisième membre de la fratrie et leur père sont également touchés par cette particularité.


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