L’équipe de France a “Freed From Desire” de Gala, les Argentins ont “Muchachos”

L’équipe de France a “Freed From Desire” de Gala, les Argentins ont “Muchachos”

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DIEGO RADAMES / ANADOLU AGENCY / via AFP

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Par Konbini avec AFP

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Une victoire a forcément besoin d’un tube.

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“Muchaaachos, ahora nos volvimos a ilusionar…” Une chanson, initialement fétiche d’un club de la capitale et remodelée pour la Seleccion, est devenue l’hymne des supporteurs argentins de Doha à Buenos Aires, racontant si bien comment un pays “s’est remis à rêver”. Elle est désormais associée à jamais au titre 2022.

Sa mélodie résonnait sans fin mardi, en vagues successives déferlant sur la large Avenue 9 de Julio de Buenos Aires, parmi le million de personnes, peut être plus, venues acclamer les joueurs. Elle a fait vibrer la foule comme elle avait fait vibrer les tribunes du Qatar. Les hinchas (supporteurs) l’avaient en effet reprise à plein poumons, battant eux aussi la concurrence mondiale.

Au commencement était un tube de 2003, du groupe fusion rock-ska-salsa La Mosca Tse Tse, dans un registre “festif” : “Muchachos, cette nuit je vais me saouler…”. L’air est resté, mais avec des paroles maison des fans de clubs de football, comme le Racing Avellaneda en banlieue de Buenos Aires. Dont est fan un certain Fernando Romero, enseignant de 30 ans.

Fernando, évidemment supporteur de l’équipe nationale, s’est piqué cette année de réécrire des paroles dédiées à la Seleccion, dans les mois précédant le Mondial. Il est passé à la télévision, la chanson est devenue virale, et le tourbillon était lancé.

“Ce qui se passe est tellement fou, tellement génial que ça donne le vertige”, expliquait-il à des médias argentins pendant le Mondial. “Ça a démarré à la maison un jour où je faisais la cuisine, je me suis mis à m’émouvoir tout seul, rien que d’y penser, je l’ai écrite sur mon téléphone, et c’est resté”.

Maradona, Messi, Malouines, etc.

“Je suis né en Argentine / Terre de Diego et Lionel / Des gamins (soldats) des Malouines / Que je n’oublierai jamais / […] / Les finales que nous avons perdues / Combien d’années j’ai pleuré / Mais c’est fini / Parce qu’au Maracana / La finale avec les Brazuccas (nom péjoratif des Brésiliens, ndlr) / On l’a gagnée mon vieux”.

Des paroles qui racontent Messi, les îles Malouines perdues mais à jamais revendiquées, Maradona “qu’on peut voir depuis le ciel”, des larmes pour les finales perdues depuis le dernier sacre (1986), mais aussi de la Copa America 2021 gagnée face au grand rival brésilien : tous les ingrédients pour toucher les Argentins au cœur.

“Cette chanson est énorme !” lançait mardi à l’AFP Nicolas Arias, 19 ans, venu se noyer dans la liesse de l’Obélisque pour attendre l’équipe. “Elle décrit très bien mon pays, mon peuple […] Elle a ce côté émotif, créatif, et d’explosion de sentiments, elle est très complète, géniale !”

“Je suis footeux jusqu’à la moelle”, appuyait Pablo Mendoza, venu avec son épouse de La Plata, à 60 kilomètres de la capitale. “Cette chanson représente tout, elle parle de Diego, des soldats argentins des Malouines… Tiens, regarde !” dit-il en montrant sur sa jambe un tatouage de l’archipel des Malouines.

“Muchachos” aurait pu n’être qu’une chanson, une ritournelle parmi d’autres, comme les hinchas argentins, toujours inventifs et mordants – un peu à l’instar des fans anglais – s’en créent régulièrement à l’approche de grandes compétitions. L’an dernier pour la Copa America au Brésil, c’était “Brésil, dis-moi ce que ça fait…”

Actualisée avec le titre

“J’ai juste fait une chanson de stade, pour que nous ayons quelque chose pour encourager les joueurs, qu’ils puissent se sentir fiers d’être Argentins, et s’en souvenir à chaque ballon disputé” expliquait modestement Romero. Alors la tête lui a carrément tourné lorsqu’il a appris que Messi avait donné son onction à la chanson, et qu’il a vu des vidéos des joueurs de l’Albiceleste chantant régulièrement dans le bus ou les vestiaires “Muchachos”, réenregistré en 2022 par La Mosca Tse Tse avec les paroles de Romero.

La montée en puissance de la Seleccion de Lionel Scaloni au Qatar, le sentiment d’unité qu’elle a dégagée, et évidemment le titre mondial au bout, ont fait le reste. Immortalisée. Au point que le chanteur de La Mosca Guillermo Novellis songe à présent à enregistrer une nouvelle version “parce qu’il s’est passé tant de choses […] C’est une chanson qui unit tous les Argentins, et ça nous rend très heureux. Elle ne nous appartient plus”.

Une version revue et actualisée, bien entendu, celle que les Argentins chantent à présent. Où quand la deuxième strophe disait “On veut gagner la troisième” (Coupe du monde), elle clame à présent “On a gagné la troisième […] Et à Diego on dit de reposer en paix […] pour l’éternité”.