C’est sans doute le livre le plus attendu de l’année : Gisèle Pelicot raconte pour la première fois, dans ses mémoires à paraître le 17 février, les viols organisés par son ex-mari et le procès historique d’Avignon, qui en ont fait une figure de la lutte contre les violences sexuelles.
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Un récit à la première personne
Et la joie de vivre (Flammarion) débute le 2 novembre 2020, le jour où Gisèle et son mari Dominique Pelicot sont convoqués au commissariat de Carpentras, la ville proche de leur domicile de Mazan (Vaucluse). Interrogée sur son époux, Gisèle Pelicot le qualifie de « bienveillant, d’attentionné. Un super mec ». Quelques minutes plus tard, son monde s’écroule en apprenant qu’il l’avait « violée et fait violer par des inconnus pendant des années ». « Ma tête hurlait que non, non, ce n’était pas moi, ce n’était pas lui », se rappelle-t-elle. Le livre alterne ensuite des chapitres consacrés à sa longue épreuve personnelle, familiale et judiciaire jusqu’au procès, et d’autres où Gisèle Pelicot raconte sa vie d’avant et sa famille, notamment sa grand-mère et sa mère, qu’elle a perdue à l’âge de neuf ans.
La volonté de « comprendre »
Tout au long du livre, Gisèle Pelicot insiste sur sa volonté de « comprendre la descente aux enfers » que lui a fait subir son désormais ex-mari à partir des années 2010, sans qu’elle en soit consciente puisqu’elle était sédatée lors des viols. Elle évoque le « gosse amoché » ayant grandi à « l’ombre du tyran paternel » et « des larmes continues de sa mère ». Puis ses déboires professionnels qui mettent la famille au bord de la banqueroute, sous la menace des huissiers.
Le livre relate comment, en 2017, « la cadence des viols s’est accélérée », Dominique Pelicot étant alors « pleinement connecté aux pires types, aux pires fantasmes, loin, si loin, du jeune électricien doux et timide » qu’elle avait rencontré en 1971. Le jour où le tribunal a condamné le père de ses trois enfants à la peine maximale de 20 ans de réclusion, « je n’ai ressenti ni joie, ni peine. C’était fait », se souvient-elle. Elle souhaiterait désormais aller le voir en prison, « même si tant de gens » le lui « déconseillent ». « Cette visite ne sera pas un cadeau, pas une faiblesse, ce sera un adieu, une étape indispensable à ma reconstruction », écrit-elle.
Émue par les applaudissements
Gisèle Pelicot raconte sa forte émotion lorsque des femmes l’ont applaudi à l’extérieur du tribunal d’Avignon : « J’ai senti leur chaleur, leur émotion, leur fragilité se nouer à la mienne (…) Cette foule m’a sauvée ». Elle prend alors conscience que cette histoire ne lui « appartient plus totalement ». « Elle a réveillé une douleur muette et profonde, montée de la nuit des temps. Elle a provoqué une magnifique secousse tellurique », résume-t-elle.
Dans l’émission La Grande Librairie sur France 5, elle ajoute que ce procès a permis de « parler de la soumission chimique », « un outil de violence, de domination masculine », voulant « alerter (là-dessus) ». « Je voudrais que cette histoire serve aux autres, qu’une femme qui le matin se lèvera, qui ne se souviendra pas de ce qu’elle a fait la veille, s’interrogera et se dira ‘tiens, ça me rappelle le procès Pelicot' », a-t-elle déclaré mercredi soir.
Un message d’espoir
Comme le démontre le titre, Gisèle Pelicot n’a pas voulu écrire « un livre de victime ». « Je suis heureuse d’offrir mon histoire en exemple et mon prénom en étendard » mais « je ne me suis jamais sentie une icône », écrit-elle. « Je resterai celle que je suis, sans haine, incapable d’opposer les hommes aux femmes car, je le crois, nous sommes faits pour vivre ensemble », ajoute Gisèle Pelicot, qui aspire à « profiter de la vie » avec son nouveau compagnon dans leur maison de l’île de Ré. « Je suis cette femme ordinaire, qui s’est opposée au huis-clos : c’est ça, Gisèle Pelicot », a-t-elle déclaré dans La Grande Librairie.
Une sortie mondiale
Le 17 février, Et la joie de vivre sortira dans 22 langues, dont l’anglais, l’allemand ou l’espagnol. Aux États-Unis, l’ouvrage s’appelle A hymn to life, Shame has to change sides (« Un hymne à la vie, la honte doit changer de camp »). En France, le livre écrit avec la journaliste et romancière Judith Perrignon, bénéficie d’un tirage élevé de 150 000 exemplaires par Flammarion.
Après avoir présenté son livre à Paris, Gisèle Pelicot se rendra le 20 février à Londres, où elle s’exprimera sur la scène prestigieuse du Royal festival hall lors d’une soirée spéciale au cours de laquelle des extraits de son livre seront lus par les actrices Juliet Stevenson et Kristin Scott Thomas. Elle ira ensuite à Hambourg, Berlin et Munich en Allemagne, puis Madrid et Barcelone en Espagne début mars, avant l’Italie, le Canada et New York. En France, elle présentera le livre dans plusieurs villes, dont Aix-en-Provence.












