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“Vierge, femme au foyer, mère ou travailleuse” : les rôles que l’on veut assigner aux femmes

“Vierge, femme au foyer, mère ou travailleuse” : les rôles que l’on veut assigner aux femmes

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© Anne Ackermann

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Par Lise Lanot

Publié le

Dans "this life is a mix of poison and honey", la photographe Anne Ackermann interroge les inégalités de genre et les stéréotypes sociétaux en Albanie et dans le monde.

La première phrase qui est apparue à la sociologue Ermira Danaj, lorsque la photographe Anne Ackermann lui a fait part de son projet de “livre de photos et de proverbes concernant les vies et conditions des femmes en Albanie”, est une “expression entendue par presque toutes les femmes enceintes albanaises” : “Prions Dieu que tu aies un fils.”

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Le fond de la déclaration mais aussi sa forme – souvent “innocente”, note-t-elle – engendre pléthore de questions concernant la vision des femmes en Albanie et ce qui est attendu d’elles. Par exemple, être vierge, assurer vie professionnelle, parentalité et mariage.

© Anne Ackermann

Le livre this life is a mix of poison and honey tente de mettre en relief ces questions en faisant défiler paysages montagneux, plaines verdoyantes, cieux immenses symboliques de liberté, ainsi que des proverbes et de nombreux portraits.

On y découvre des enfants, des seniors, des scènes de mariage ou des femmes au travail. Mises bout à bout, les images n’ont pas pour objectif de peindre un tableau exhaustif de la vie albanaise, mais plutôt de proposer “un miroir de nos sociétés” de façon générale, ainsi que de rappeler que “la véritable égalité entre les [genres] est toujours une réalité distante”.

© Anne Ackermann

Qui regarde, et pourquoi ?

Le livre d’Anne Ackermann soulève également des questionnements concernant le regard qui observe ces femmes et les implications de vouloir ainsi mettre en lumière leurs existences. this life is a mix of poison and honey s’ouvre sur une exposition des précautions et interrogations de l’autrice allemande.

“C’est une corde raide. […] On court le risque de reproduire du racisme et de l’Albanophobie, d’être confrontée à des accusations de perpétrer une image sauvage et barbare des Balkans.” Dès les premières lignes de son ouvrage, la photographe tient à noter la multiplicité des conditions de vie des femmes en Albanie, “comme partout ailleurs”.

© Anne Ackermann

Rapidement, Anne Ackermann rappelle aussi les œillères constitutives à sa vision, conséquences de ses “privilèges”. “Je ne peux décrire ce pays qu’en tant que femme blanche, extérieure au pays.” Malgré cela, et sachant qu’elle n’est pas la personne la plus appropriée pour raconter les existences des femmes en Albanie, la photographe a poursuivi son projet. D’une part, pour mettre en relief les conditions de vie des femmes dans le monde entier ; d’autre part, afin de sans relâche interroger nos mécanismes de pensée.

“Ce travail m’a permis de comprendre que […] même les actes de solidarité féministe sont loin d’être exempts de pensées stéréotypées, de décontextualisation, de distorsion et d’exotisation.” La conception du livre a donc consisté en un processus actif de questionnements et de destruction de biais internalisés.

© Anne Ackermann

Anne Ackermann souligne ne pas avoir montré “de violences physiques et mentales, de trafic humain ou de prostitution forcée”, afin d’éviter l’écueil unidimensionnel qui consisterait à montrer les hommes comme étant “exclusivement des agresseurs” et les femmes “exclusivement des victimes”.

Avec son projet, la photographe affirme vouloir créer un miroir sociétal où l’Albanie permet de “voir ce qui ne va pas en Allemagne et ailleurs” – estimant qu’étant Allemande, elle était trop concernée pour faire de son propre pays un objet d’étude. “Observer l’Albanie m’a permis de mieux comprendre ma propre situation et de mieux reconnaître les différentes configurations du sexisme et du racisme”, écrit-elle.

À la fin de sa préface, et avant de laisser ses images s’exprimer, elle “invite activement” son public à se débarrasser de ses propres biais et à “construire des parallèles avec nos vies supposément émancipées”. Bref, l’ouvrage d’Anne Ackermann semble nous conseiller de regarder chez nos voisin·e·s afin de mieux balayer devant notre porte.

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Couverture de this life is a mix of poison and honey, publié chez Kehrer Verlag. (© Anne Ackermann)

Le livre this life is a mix of poison and honey, d’Anne Ackermann, est publié aux éditions Kehrer Verlag.