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Une œuvre dénonçant les féminicides a été retirée d’une exposition par le ministre grec des Affaires étrangères

Une œuvre dénonçant les féminicides a été retirée d’une exposition par le ministre grec des Affaires étrangères

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© Dominique Faget/AFP

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Par Konbini avec AFP

Publié le

Une décision prise pour "satisfaire le parti d'extrême droite" grec, dénonce l'artiste Georgia Lale.

Le ministre grec des Affaires étrangères George Gerapetritis était mercredi 20 décembre sous le feu des critiques après avoir décidé de faire retirer une œuvre d’art évoquant à travers un drapeau grec rose les violences faites aux femmes et les féminicides d’une exposition au consulat grec de New York. “Mon œuvre Flag a été censurée par le ministère grec des Affaires étrangères”, a déploré sur son site internet Georgia Lale, une artiste greco-états-unienne, expliquant que son travail aborde les féminicides et la violence domestique.

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Composée de draps de lit, offerts par des femmes vivant en Grèce, l’œuvre symbolise le drapeau grec en bandes roses et rouges au lieu des couleurs traditionnelles bleue et blanche. Le chef de la diplomatie a expliqué que l’œuvre “n’a pas été exposée dans un musée ou une galerie mais dans le consulat grec, le noyau dur de l’État” qui doit préserver “la neutralité de l’espace” et “l’intégralité” des symboles nationaux. “Je soutiens toute forme de liberté d’expression et évidemment le message contre la violence sexiste mais le consulat […] doit assurer la neutralité”, a-t-il insisté mercredi sur les ondes de la radio Skaï.

Inaugurée le 15 décembre en présence de 200 personnes, selon l’artiste, l’exposition comprenait également un second tableau intitulé Neighborhood Guilt, “un tissu illustrant 22 maisons où des féminicides ont été perpétrés en Grèce en 2022”. Selon un récent rapport officiel, au total 24 féminicides ont été répertoriés en 2022 en Grèce où plusieurs cas ont été largement médiatisés ces derniers mois, quatre fois plus qu’en 2012.

L’extrême droite s’en est prise dimanche au parlement à l’œuvre de Georgia Lale et le lendemain George Gerapetritis “a demandé le retrait”, a déploré mardi l’artiste dans une intervention publique. Dans un pays chatouilleux sur les questions d’identité nationale, Dimitris Natsios, le chef du parti nationaliste grec Niki (Victoire) a déploré que le drapeau grec soit devenu “un chiffon” dans cette œuvre.

“J’ai vu mardi sur internet que mon œuvre a été retirée sans que je sois présente. Je suis allée au consulat et j’ai retiré le second tableau et récupéré le Flag”, a déclaré Georgia Lale aux médias alors que l’exposition a été définitivement annulée. Le retrait de Flag a soulevé de nombreuses critiques, notamment des mouvements féministes mais aussi au sein du gouvernement conservateur et faisait mercredi la Une de nombreux journaux grecs tandis que le hashtag #semaia (flag en grec) était la première tendance sur X/Twitter.

“Nous devons comprendre la liberté d’expression artistique”, a affirmé mardi Dimitris Kairidis, le ministre des Migrations, à la radio Parapolitika. La ministre de la Culture Lina Mendoni a également jugé “à titre personnel” qu’une œuvre d’art “ne devait pas être censurée”. Le centre féministe Diotima a accusé le gouvernement de “censure”, soulignant que l’œuvre avait été prise pour “cible par l’extrême droite avant d’être retirée par le ministère des Affaires étrangères”. “Je suis contente que la Commission culturelle et le consulat grec m’aient offert une plateforme pour mon art et m’aient soutenue […], la responsabilité incombe à George Gerapetritis qui a censuré mon œuvre pour satisfaire le parti d’extrême droite”, a déclaré Georgia Lalou à l’AFP.