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Une enquête autour d’une maison familiale abandonnée en Iran raconte la douloureuse histoire de l’exil

Publié le , modifié le

Par Lise Lanot

Quand l’histoire d’une maison, de sa construction à sa destruction, raconte le destin de tout un peuple et d’un pays.

Une enquête autour d’une maison familiale abandonnée en Iran raconte la douloureuse histoire de l’exil

© Sogol et Joubeen Studio

Certaines photographies charrient des odeurs, des goûts ou des bruits. Le silence qui émane des images rassemblées au sein de l’exposition “Entre nos murs. Téhéran, Iran 1956-2014”, lui, est assourdissant. Cela ne signifie pas pour autant que les clichés manquent de vie, bien au contraire. On y rencontre différents personnages : des artisans sur un chantier ou une famille qui pose, fièrement, sur le pas de la porte d’une maison. On peut broder une myriade d’histoires autour de cette série où les personnages principaux ne sont ni ces artisans ni la famille, mais… la maison.

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Édifiée dans les années 1950 dans le nord de Téhéran, elle a été construite “par un homme de classe moyenne employé de la Société nationale iranienne de pétrole”, détaillent les Rencontres de la photographie d’Arles, qui exposent la série. Une fois la maison finie, la famille du propriétaire put l’habiter quelques années avant de devoir fuir le pays, lors de la révolution islamique de 1979. “Maison et possessions furent abandonnées dans l’espoir d’un retour prochain – qui n’eut jamais lieu.”

Construction de la maison, série Entre nos murs, Téhéran, Iran, 1957. (© Sogol et Joubeen Studio)

La maison devient ici le symbole d’un destin plus grand que cette famille. Elle représente les trajectoires brisées du peuple iranien et de tant d’autres personnes subissant l’exil à travers le monde. L’espoir contenu dans les briques qui s’amoncellent dans les images en noir et blanc de 1957 rencontre brutalement le vide d’une cuisine inhabitée.

L’opulence suggérée par une belle automobile rouge semble bien loin devant une façade délaissée. Les sourires des premier·ère·s habitant·e·s de la maison sont douloureux à soutenir quand on connaît la suite de l’histoire. La plateforme Sogol & Joubeen Studio a assuré le commissariat de cette exposition qui fait dialoguer “architecture, design d’intérieur, objets domestiques, publications, correspondances et archives photographiques laissées par la famille” entre la construction et la destruction de la maison, survenue en 2014.

Le studio a imaginé ce projet à différentes échelles : à destination du public iranien, dans un premier temps, qui se retrouve face à “un style de vie presque éradiqué par les métamorphoses engendrées par la révolution iranienne”, et à destination des autres, dans un second temps, qui “découvrent le récit détaillé et surprenant de l’influence de la modernisation sur la société traditionnelle”. Dans le silence assourdissant des images, c’est tout un pays qu’on tente ainsi de faire entendre.

Une vue de la maison, série Entre nos murs, Téhéran, Iran, 1959. (© Sogol et Joubeen Studio)

Portrait de la maison, série Entre nos murs, Téhéran, Iran, 1959. (© Sogol et Joubeen Studio)

Un portrait de famille, série Entre nos murs, Téhéran, Iran, 1956. (© Sogol et Joubeen Studio)

Sogol et Joubeen Studio. Intérieur de la maison, série Entre nos murs, Téhéran, Iran, 1959. (© Sogol et Joubeen Studio)

“Entre nos murs. Téhéran, Iran 1956-2014” est exposé à Croisière, dans le cadre des Rencontres de la photographie d’Arles, visibles jusqu’au 24 septembre 2023.

Konbini, partenaire des Rencontres de la photographie d’Arles.