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Déroutant et osé : Promising Young Woman n’est pas le film que vous croyez

Publié le

par Manon Marcillat

Le long-métrage étonne, dérange et appuie là où ça fait mal.

Déroutant et osé : Promising Young Woman n’est pas le film que vous croyez

(© Focus Features)

[Spoilers] La réputation du film d’Emerald Fennell le précède. Dévoilé à la presse il y a six mois déjà et auréolé de nombreux prix, dont le prestigieux Oscar du Meilleur scénario original, Promising Young Woman fait et fera beaucoup parler. Mais il surprendra également les impatients comme les réfractaires et tous ceux qui redoutent un périlleux revenge movie ou un grossier pamphlet misandre. 
“Je voulais que mon film soit à l’image du personnage de Cassie, qui n’est pas ce qu’elle semble être“, nous a confié Emerald Fennell. À l’instar de son héroïne, Promising Young Woman n’est donc pas le film que vous croyez et voilà pourquoi. 

Un thriller parfaitement maîtrisé

(© Merie Weismiller Wallace / Focus Features)

“Les gentlemen sont parfois les pires”

On l’entend dès la bande-annonce : ce scénario, “c’est le pire cauchemar d’un mec“. Car ici, la réalisatrice et son héroïne s’attaquent à un double sujet : Emerald Fennell dénonce la triste banalité des agressions sexuelles dans les milieux éduqués et privilégiés tandis que Cassie, elle, s’en prend aux prétendus “nice guys”.
Sur la liste de ses “conquêtes”, on ne trouve que des hommes aux comportements inappropriés et persuadés (ou se persuadant) d’être de véritables gentlemen.

Une succession de micro-agressions fait monter la colère et la pression des spectateurs comme de l’héroïne : une adresse de taxi changée derrière son dos, des conseils sur sa façon de se maquiller, une remarque sur son emploi de serveuse par un médiocre camarade de promo devenu émérite chirurgien.
Mais l’issue sera toujours la même et tous profiteront de sa supposée ébriété pour oublier son consentement. Ici, l’agresseur n’est pas un homme violent rencontré dans un tunnel glauque, il est un camarade de promotion à qui tout sourit ou un gentleman qui propose de boire un dernier verre. 
L’intelligence du film se retrouve même dans son casting masculin, levier pour renverser nos a priori. Pour incarner les agresseurs de son long-métrage, Emerald Fennell a soigneusement sélectionné des acteurs de la pop culture très appréciés, qui viennent bousculer l’imaginaire collectif pour renforcer le propos du film.
Leçon numéro 1 : Adam Brody, le doux Seth Cohen de la série Newport Beach, ici prédateur qui tente de profiter de la sobriété de Cassie. Leçon numéro 2 : Christopher Mintz-Plasse, le benêt McLovin de SuperGrave, tout aussi problématique. Leçon numéro 3 : Chris Lowell, l’amoureux transi de Veronica Mars, ici violeur sans regret et à ses côtés, Max Greenfield, le légendaire Schmidt de New Girl
Mais Promising Young Woman n’est pas un film misandre. Pour venger son amie, Cassie veut avant tout éduquer tous les témoins silencieux, et donc complices, qui ont conduit au drame. Dans une logique pédagogique, elle démantèle la chaîne des violences sexuelles, dont les rouages sont constitués d’hommes et de femmes. De l’amie qui minimise l’agression à la doyenne de l’université qui ne croit pas la victime, toutes et tous seront corrigé.e.s et retiendront, on l’espère, la leçon.

Sous le verni, le choc

Sans Covid, nous aurions pu cette année découvrir à l’écran The Assistant, un autre film post #Metoo choc et parfait contre-pied artistique de Promising Young Woman. Basé sur le témoignage de l’ancienne assistante d’Harvey Weinstein, le long-métrage de Kitty Green est un huis clos minimaliste à l’esthétique pastel glaçante, filmé uniquement par le prisme de Jane, l’assistante du producteur.
Ce dernier n’est jamais présent devant la caméra, il se contente d’imposer sa présence malsaine et inquiétante par des mails ou des appels agressifs. Emerald Fennell a vu et aimé The Assistant :

“La performance de Julia Garner et la mise en scène de Kitty Green qui choisit de ne jamais montrer l’agresseur, c’est brillant. Il est comme un monstre hors-champ. C’est un de mes films préférés de ces dernières années mais il m’a fait l’effet d’un film d’horreur. C’était presque Les Dents de la mer pour moi.
Mais quand on pense aux histoires de femmes en général, c’est finalement assez logique que nos films soient aussi différents. C’est encore assez nouveau pour les femmes de pouvoir raconter leurs propres histoires et il n’y a pas qu’une seule façon de le faire. Chacune a son vécu et nous racontons chacune quelque chose d’unique à notre façon. Toutes ces histoires sont complémentaires.”


Aux antipodes de la sobriété épurée de The Assistant, Promising Young Woman use et abuse du rose, des cupcakes et des chewing-gums fluo. Cassie est une femme en colère, vengeresse et brillante qui n’a pas peur de porter des extensions blondes et des manucures colorées. Emerald Fennell redonne ainsi de la crédibilité à son héroïne ultra-féminine et enrobe son film noir d’un vernis rose pour se réapproprier les codes de la féminité et renverser une nouvelle fois la vapeur. 

“Cassie est une experte qui sait comment utiliser sa féminité pour arriver à ses fins. Beaucoup de femmes pensent que si elles ont une certaine manucure, elles vont renvoyer une image de vulnérabilité, de bêtise et de frivolité. C’est donc très utile car personne ne s’attend à ce que Cassie soit dangereuse avec cette apparence.”

(Clin d’œil à sa série de courts-métrages © Focus Features)

“On a des idées très vieux jeu sur les sujets sérieux, comment ils doivent être traités, de quoi doivent-ils avoir l’air. C’est pour ça que c’est tellement libérateur et génial de faire un film, ce n’est pas une lecture, un documentaire, ou une leçon, on peut raconter une histoire en étant allégorique. On peut jouer avec le genre, avec l’esthétique, avec la musique tout en étant choquant, sincère ou angoissant.”

Promising Young Woman est un film féministe et un thriller unique en son genre qui fourmille de bonnes idées et qui viendra appuyer là où ça fait mal dès sa sortie en salles le 26 mai prochain.

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