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Plus que jamais : ce qui se cache derrière le déchirant dernier film de Gaspard Ulliel

Publié le

par Arthur Cios

La réalisatrice Emily Atef nous raconte comment elle a donné vie à un des films les plus bouleversants de l’année.

Plus que jamais : ce qui se cache derrière le déchirant dernier film de Gaspard Ulliel

(© Jour2fête)

Quand Emily Atef décroche son téléphone ce mercredi 16 novembre, jour de sortie de son nouveau film, Plus que jamais, elle fait ce qu’elle appelle “la tournée des popotes“. Comprendre qu’elle va dans divers cinémas parisiens à la rencontre, durant toute la journée, des spectateurs venant voir son long-métrage.

“Ce n’est pas évident, ça rend humble. Après, je t’avoue que c’est surtout un soulagement de voir le film sortir en salle.”

Il faut dire que tout n’a pas été facile. Une production d’une longueur dingue, un sujet loin d’être simple, un acteur principal qui décède dans un terrible accident, quelques semaines avant la présentation du film à Cannes. Mais voilà, le film, terrible, qui raconte le parcours d’une femme (Vicky Krieps) malade, qui décide de se laisser mourir, loin de tout, et de son compagnon (Gaspard Ulliel) qui se bat pour qu’elle reste en vie, est enfin sorti.

Et il mérite toute votre attention.

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Une discussion entre les vivants et les mourants

Quand on dit que le film a mis du temps, c’est un bel euphémisme. La cinéaste nous explique :

“J’ai eu l’idée en 2010, il y a 12 ans, donc. J’ai commencé à l’écrire en 2011, j’ai eu quelqu’un pour m’aider à l’écriture en 2012. J’ai trouvé une productrice en 2014. Puis, je suis retournée à l’écriture seule, et j’ai eu l’accord de Vicky et Gaspard en 2018. On a tourné en 2021, et il sort maintenant.

C’était long, vraiment long.”

Pour rappel, un film met entre deux et trois ans à se faire, dans la plupart des cas. On parle donc d’une production vraiment conséquente. D’autant plus que c’est une histoire qu’Emily Atef a envie de raconter depuis longtemps, depuis sa plus tendre enfance :

“C’est un film qui avait besoin de maturité, qui me tenait à cœur. Cette dernière étape de vie, je l’ai vécue. Quand j’étais petite, mon chien, qui était très proche de notre cercle familial, est parti pour mourir. On se sentait trahis et une amie véto nous a dit qu’il venait de la famille des loups, et que, quand les loups sentaient que c’était leur moment, ils quittaient la meute, trouvaient un buisson, pour ne pas mettre la meute en danger et être tranquille.”

Cette envie de partir, de décider quand on veut mourir, qui est taboue, “un peu trop taboue” selon l’autrice, a donc donné naissance au voyage de cette femme. Loin de sa famille, de ses amis, qui n’ont plus que de la pitié et de la tristesse pour elle. Loin de son compagnon, qui veut se battre pour deux, là où elle veut lâcher l’affaire.

Pour le personnage incarné par Vicky Krieps, ce buisson, loin de la meute, sera la maison d’un homme dont elle a lu les articles de son blog qui, lui aussi, souffre d’une maladie incurable. Et il se trouve que cet homme habite en Norvège. Ceci n’est pas un hasard, puisque la cinéaste raconte y avoir fait un voyage à moto à 25 ans avec un copain, et que les paysages l’ont marquée comme aucun autre :

“Sur cette moto, j’étais proche de la nature, qui est tellement grande qu’on se rend compte que l’on n’est rien. Avec cette lumière qui rend fou. Le silence, tout ça, ça m’inspire beaucoup. Et puis, cette montagne, cette eau, ça rend humble. Elles ne meurent jamais. On se dit que la nature n’en a rien à foutre qu’on soit là. Et ça rend la mort plus simple à accepter, quelque part.”

L’acceptation de la mort est au centre du récit et de la réflexion de l’artiste. Pourquoi les vivants ne discutent-ils pas avec les mourants ? Alors que l’on sait que l’on va tous y passer. “Je n’ai pas envie de passer le bac. Je suis enceinte, je n’ai pas envie d’y penser ; OK, n’y pense pas, mais ça va arriver“, plaisante-t-elle, avant de préciser qu’il “faut amorcer ce sujet-là, avec ses proches“.

“Quand on naît, la seule chose qu’on sait, c’est qu’on va mourir. On ne sait pas si on va connaître l’amour, la passion, un boulot qui nous passionne. Et pourtant, on n’en parle jamais. Surtout que l’on meurt seul. Même si on saute main dans la main, la mort, c’est solitaire. Donc chaque humain a le droit de choisir comment il veut vivre sa dernière étape de vie. C’est d’une violence dingue que les vivants s’empêchent de poser la question.”

Dans son film, le vivant qui refuse d’avoir cette discussion, qui prend cette décision comme une fin de combat, comme le fait de baisser les bras et de ne pas partir avec dignité, c’est Gaspard Ulliel. Un homme qui ne peut pas entendre ce discours, qui ne l’écoute pas. Jusqu’à un certain moment. On ne veut pas gâcher le plaisir du film, mais vous vous doutez bien qu’il va y avoir une évolution. Sur la fin, c’est presque lui qui devient le héros du film, “qui accepte quelque chose d’inconcevable, qui offre le plus bel acte d’amour qui soit“.

Forcément, de voir ce dernier se battre autant contre la mort, quand on sait que l’acteur nous a quittés dans un terrible accident, ne fait qu’accentuer l’émotion certaine que l’on ressent devant le film.

Emily Atef, de conclure :

“L’injustice dans l’histoire, est que l’on parle d’une femme d’environ trente-cinq ans, qui va mourir de sa maladie. Forcément, ça fait écho à son accident de ski stupide. Il avait tellement à nous donner, en tant qu’humain et en tant qu’artiste. C’est affreux, c’est horrible, et ça nous dit qu’il faut profiter de chaque instant, parce qu’on ne sait pas combien de temps on va rester. C’est tellement aléatoire.

Je suis seulement heureuse de l’avoir rencontré. Il a tellement donné à Vicky, en tant que partenaire de jeu. Et puis, c’est beau parce que c’est un personnage qui souffre et se bat mais qui est tellement lumineux et magnifique dans le film. Heureusement que c’est ça, et non pas un rôle misérabiliste.”

Un dernier rôle marquant, pour un film qui l’est tout autant.

Plus que jamais est actuellement en salle.