C’est une multitude de figures féminines, parfois pas tout à fait humaines, souvent nues, qui composent son œuvre faite de collages et intitulée Mental States (The Women of Tisbury Court) (2000). Son huile sur toile Housekeeper’s Family (2004) montre quant à elle un trio de femmes dont les oreilles, remplacées par des carottes, ajoutent au côté morose. Le Nude Homeless Drinker (1999) de George Condo reprend pour sa part les codes du cartoon, présentant un personnage au visage tout en arrondis, en train d’agiter sa bouteille.
À voir aussi sur Konbini
Nourri de nombreuses références, le peintre, sculpteur et dessinateur George Condo est l’auteur d’une œuvre solidement imbriquée à l’histoire de l’art autant qu’à la culture contemporaine. Rendez-vous au Musée d’art moderne (MaM) de Paris jusqu’au 8 février 2026 pour découvrir la large rétrospective qui lui est consacrée, dans la continuité des expositions dédiées à Jean-Michel Basquiat et Keith Haring – respectivement en 2010 et 2013 –, deux artistes new-yorkais avec qui Condo entretenait des liens.

George Condo, Double Heads on Red, 2014. The Broad Art Foundation. Photo : Courtesy Studio Condo. © ADAGP, Paris, 2025.
De New York à Paris
Né à Concord dans le New Hampshire en 1957, George Condo migre à New York en 1979, où il rencontre rapidement la scène artistique locale, et travaille notamment pour la Factory d’Andy Warhol. Dans les années 80, il commence à se faire un nom à East Village avec ses toiles qui mêlent des influences des maîtres européens de la peinture au pop art américain. Proche de Keith Haring et de Basquiat, il se lie aussi d’amitié à des figures de la littérature dont William S. Burroughs, entre autres artistes de la Beat generation.
George Condo s’envole ensuite vers Cologne, en Allemagne, avant de s’installer à Paris entre 1985 et 1995, où il continue de nourrir ses références européennes et d’aiguiser son approche de la peinture figurative. Le 7 juin 1989, son ami Keith Haring entre dans son journal : « Hier je suis allé à l’atelier de George et comme d’habitude il était rempli de nouvelles choses étonnantes. Il y a une petite peinture représentant un œuf de Pâques crucifié qui est vraiment extraordinaire. Je la veux vraiment. Il faut que j’appelle Bruno Bischofberger (elle est à lui) pour essayer de l’acheter. »

George Condo, The Madonna, 1981. Collection de l’artiste. Photo : Courtesy Studio Condo. © ADAGP, Paris, 2025.
Des artistes absorbés et réinventés
Conçue en dialogue avec George Condo, depuis de retour à New York, l’exposition du MaM dévoile près de 80 peintures de l’artiste, plus d’une centaine de dessins visibles dans un cabinet d’art graphique et une sélection d’estampes et de sculptures. Plutôt qu’un parcours chronologique, le MaM a opté pour une exposition thématique, permettant d’explorer plus en profondeur les thèmes chers à l’artiste new yorkais : son rapport à l’histoire de l’art occidentale, son traitement de la figure humaine et son lien à l’abstraction.
« Pour avancer, il faut absorber les artistes qui nous précèdent et que l’on aime », confiait récemment George Condo à Paris Match. Rembrandt, Goya, Picasso, Rondo… Connaisseur de l’histoire de l’art, à laquelle il s’intéresse dès l’adolescence, George Condo a ingéré les univers picturaux de certains artistes, pour construire un imaginaire chaotique parfois inquiétant. Il invente notamment le concept de « réalisme artificiel » pour décrire des œuvres qui brouillent les frontières, empruntant à des techniques et esthétiques issues de différentes époques.

George Condo, Picture Gallery, 2002. Collection particulière. Photo : Courtesy Studio Condo. © ADAGP, Paris, 2025.
Au sujet de la figure humaine, motif majeur de son travail exploré via des portraits fictifs, Condo invente un autre concept : le « cubisme psychologique ». Inspiré de Picasso, l’artiste contemporain fait tenir dans ses toiles une pluralité d’émotions. Au MaM, il raconte : « La tragi-comédie, telle qu’elle se présente dans des pièces de Shakespeare comme Macbeth, me fascine depuis toujours. Le potentiel monstrueux de l’humain, capable d’outrepasser les limites de la raison, est un instant que j’aime saisir dans mes tableaux. »
La dernière section de l’exposition explore enfin son lien à l’abstraction, avec des séries comme Expanding Canvases (1985-1986), les Diagonal (2023-2024) ou encore ses compositions monochromes en grand format, dont les Black Paintings. « À l’instar de Picabia, Condo a toujours évité qu’on associe son art à une tendance, un style ou une période en particulier. Au contraire, il préfère naviguer avec aisance et détermination entre les associations, les mouvements, les modalités et même les siècles, les pillant et les reconfigurant, en formant des combinaisons improbables et, surtout, en inventant au fur et à mesure », conclut Edith Devaney, commissaire indépendante.
L’exposition « George Condo » est à découvrir jusqu’au 8 février 2026 au Musée d’art moderne de Paris.
Konbini, partenaire du musée d’art moderne de Paris.












