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Les frères Safdie se séparent alors on a classé (objectivement) tous leurs films en duo

Les frères Safdie se séparent alors on a classé (objectivement) tous leurs films en duo

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© ROB KIM / Getty Images via AFP

C’est la fin d’un des duos de réalisateurs les plus fascinants et subversifs de notre époque.

Faire cavalier seul est une tendance actuelle dans le petit monde du cinéma. Après les sœurs Wachowski et les frères Coen qui se lancent respectivement dans des carrières en solitaire, ce sont désormais les frangins Safdie – le duo de réalisateurs new-yorkais qui a notamment confirmé Robert Pattinson dans le registre indépendant (Good Time) et redonné à Adam Sandler ses lettres de noblesse (Uncut Gems) – qui annoncent se séparer.

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Josh Safdie réalisera donc en solo son prochain film avec “Sandman”, qui se déroulera dans l’univers des collectionneurs de cartes sportives dans les années 1990, avec également Megan Thee Stallion au casting. De son côté, Benny Safdie qui, ces dernières années, semblait davantage s’épanouir devant que derrière l’objectif (chez Nolan dans Oppenheimer, chez Paul Thomas Anderson dans Licorice Pizza, dans l’excellent teen movie Are You There God? It’s Me, Margaret. ou dans la non moins excellente série The Curse qu’il a également coécrite et cocréée avec Nathan Fielder), va reprendre sa caméra pour un projet solo de biopic sur la légende du MMA Mark Kerr avec The Rock en tête d’affiche.

Pour marquer la fin de cette route commune et célébrer le début de cette nouvelle ère que l’on espère deux fois plus riche, on a classé tous les films que les frères Safdie ont réalisés en duo :

#5. Mad Love in New York (2014)

Certainement le film qui ouvre la voie à l’esprit claustrophobique et inquiétant du reste de leur filmographie, Mad Love in New York filme et raconte l’addiction avec tout le trash et la douleur que cela convoque. Pour ce film au sujet de société fort, non seulement les frères Safdie adaptent les mémoires d’Arielle Holmes, ancienne sans-abri héroïnomane, mais ils lui proposent également de jouer son propre rôle dans une performance conséquemment vertigineuse de réalisme.

Dans une démarche qui emprunte autant au cinéma vérité qu’à la fiction documentaire, les frères Safdie nous happent à bord d’une spirale suffocante dans laquelle ni l’espoir ni la légèreté ne semblent trouver leur place, noyés dans cette descente aux enfers dont on ne détourne étrangement jamais les yeux.

#4. Good Time (2017)

Deux ans avant leur indiscutable chef-d’œuvre Uncut Gems, les frères Safdie frappaient fort avec Good Time, un polar cradingue dans un New York interlope grâce auquel les réalisateurs posaient une nouvelle pierre à leur série de portraits de New-Yorkais marginaux et déclassés, caméra à l’épaule.

Au cours de cette nuit de toutes les catastrophes, anxiogène jeu de dominos violent mais drôle, la tension nous donne la sensation d’être assis sur un siège éjectable. L’impeccable Robert Pattinson, qui y dévoile pour la première fois la diversité de sa palette de jeu, nous accompagne dans les tréfonds de ce Queens insalubre au son d’une bande originale soignée qui rythme à la perfection ce cauchemar éveillé.

#3. Lenny and the Kids (2009)

En racontant l’histoire plutôt anodine d’un père lors des deux semaines de garde de ses deux fils, les frères Safdie misent sur un récit touchant et humain, comme une lettre d’amour aux papas célibataires un peu paumés qui font de leur mieux. Un film semi-autobiographique qui fait sens quand on sait que c’est le premier que les deux frères ont réalisé ensemble.

Lenny and the Kids (ou Daddy Longlegs en version originale) est une douce photographie au grain brut de l’amour paternel dans tout ce qu’il a d’imparfait et d’inconditionnel. Loin de l’esprit anxiogène qui va habiter la suite de leur filmographie, on retient finalement leur tout premier long-métrage pour sa nostalgie et sa tendresse, assez rares dans la filmographie des frères Safdie pour être relevées.

#2. Lenny Cooke (2013)

En 2001, le lycéen Lenny Cooke est considéré comme la future étoile américaine du basketball, à tel point qu’une équipe de production décide de le filmer pour raconter sa probable ascension en NBA. Quelques années plus tard, l’impitoyable monde du sport professionnel ne l’épargne pas, et le jeune homme n’a jamais joué un seul match en NBA, essuie les échecs et tombe dans l’oubli. En 2010, les frères Safdie entrent en jeu, récupèrent les images de 2001 et décident de raconter la fin de l’histoire en retrouvant Lenny Cooke pour voir à quelle sauce la vie l’a finalement mangé.

Petit bijou trop vite oublié et certainement l’œuvre la plus belle et la plus triste de leur filmographie, le seul long-métrage documentaire réalisé par les frères Safdie raconte ce qu’ils savent raconter le mieux : l’humain à travers l’échec. En dépeignant la désillusion et l’amertume d’une vie “ratée”, les frères Safdie matérialisent la mélancolie face aux réalités hors de portée et donnent envie d’offrir tous les câlins du monde à ce bouleversant protagoniste. On en sort forcément le cœur brisé.

#1. Uncut Gems (2020)

Pendant près de dix ans, les frères Safdie ont courtisé Adam Sandler pour incarner le revendeur de bijoux ripou d’Uncut Gems, leur dernier long-métrage en duo et le meilleur à ce jour. Qui d’autre pour interpréter ce héros désespéré dans son anxiogène descente aux enfers à 100 à l’heure, qui ne cesse de tomber pour mieux se relever, jusqu’au coup fatal ? Personne, si ce n’est ce superbe “loser” qui a la comédie dans les veines et qui porte à bras-le-corps l’explosif Uncut Gems.

Merci aux Safdie d’avoir su voir derrière la pelletée de mauvaises comédies et d’avoir enfin coolisé notre “Sandman” préféré qui a ainsi enfin pu prendre sa revanche.