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Le réalisateur culte Gus Van Sant nous raconte comment il a ressuscité Andy Warhol sur les planches de La Villette

Publié le

par Leonard Desbrieres

Pour sa première mise en scène, le réalisateur d’Elephant et Will Hunting imagine une comédie musicale aussi surprenante que jubilatoire.

Le réalisateur culte Gus Van Sant nous raconte comment il a ressuscité Andy Warhol sur les planches de La Villette

(© Bruno Simao)

Mi-décembre, une pièce pas comme les autres débarque sur les planches de la Grande Halle de la Villette. Trouble n’est pas que la première expérience théâtrale du grand cinéaste Gus Van Sant (My Own Private Idaho, Will Hunting, Elephant, Harvey Milk), il s’agit aussi d’une comédie musicale racontant la vie d’Andy Warhol.

Difficile de faire plus pop, donc. On a discuté avec le réalisateur, à quelques jours de la première date parisienne.

Konbini | Comment est né votre projet Trouble ?

Gus Van Sant | C’est un vieux projet qui remonte aux années 1990, juste après le tournage de My Own Private Idaho. Je voulais faire quelque chose autour de la figure d’Andy Warhol et je pensais adapter la biographie faite par Victor Bockris. J’ai d’abord pensé à un film avec River Phoenix puis à un film musical mais les scénarios n’étaient pas aboutis. J’ai donc rangé cette idée dans un tiroir.

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Et puis quand John Romão, qui dirige la BOCA (Biennial of Contemporary Arts) à Lisbonne m’a demandé si j’avais quelque chose à lui proposer, une œuvre qui puisse être une performance, j’ai pensé à ça. Je suis donc parti m’installer à Lisbonne en pleine pandémie de Covid-19 et on a monté ça avec une équipe 100 % portugaise.

Vous avez vous-même été le témoin de l’ascension d’Andy Warhol ?

Au début des années 1960, mes parents ont déménagé dans le Connecticut. J’ai donc grandi à quelques encablures de New York. Je pouvais toucher du doigt l’ébullition de la scène artistique new-yorkaise et l’éclosion du mouvement Pop Art sans pour autant y être. Leur manière de détourner les codes de la publicité, de faire des objets du quotidien des emblèmes artistiques, tout à coup, on voyait ça partout, c’était fou !

Un jour de 1980, je l’ai même croisé dans les rues de New York. Je l’ai aperçu de loin, mais difficile de ne pas le reconnaître !

On sent chez vous une forme de fascination pour cette icône ?

Andy Warhol était un visionnaire. Avant tout le monde, il a vu venir l’âge des réseaux sociaux. Tout ce qu’il faisait, ses provocations artistiques, ses coups médiatiques, son travail acharné, sa productivité insensée, son omniprésence et la manière qu’il avait d’inonder le public avec ses œuvres, on voit tout ça aujourd’hui.

(© RON GALELLA / WIREIMAGE)

Tellement d’œuvres ont déjà tenté de percer le mystère Andy Warhol. Comment apporter un éclairage nouveau ?

Ce qui m’intéressait, c’était son éclosion. Comment le dessinateur publicitaire, collectionneur d’art est devenu le fer de lance d’une révolution artistique, le leader du mouvement Pop Art. J’aime l’idée qu’un outsider devienne la figure de proue de l’avant-garde artistique new-yorkaise, le créateur d’un art audacieux, coloré et reconnaissable entre mille.

Et puis, c’était pour moi un moyen de donner à voir l’effervescence artistique des années 1960 aux États-Unis, cette jeune génération de créateurs qui se sont construits en opposition à la guerre du Viêt Nam.

Que signifie le titre de la pièce, Trouble ?

C’est un surnom qu’on a donné à Andy Warhol mais à la fin de sa vie, dans les années 1980. Je crois que c’était Interview Magazine qui avait titré “Andy Trouble”. J’ai trouvé ça très évocateur.

Harvey Milk, Kurt Cobain, Salinger, pourquoi affectionnez-vous tant le genre du biopic ?

Plutôt que de suivre strictement l’existence de ces icônes, je trouve intéressant de me focaliser sur un aspect de leur vie qui symbolise ce qu’ils représentent. Harvey Milk, c’était son engagement pour la reconnaissance des droits LGBTQIA+, pour les droits de l’homme tout court, d’ailleurs. Kurt Cobain, c’était une réponse poétique et artistique à tout ce qu’avaient affirmé les médias autour de sa mort. Salinger, je voulais comprendre la fascination pour un écrivain qui n’est jamais sorti de chez lui.

Est-ce que vous appréhendiez cette première expérience de metteur en scène ?

Je ne me suis pas posé la question comme ça. J’ai vu la mise en scène comme une forme artistique complémentaire à la réalisation. J’étais impatient de voir comment je pouvais transposer mes idées de cinéma sur scène. Et puis il y avait la musique aussi. Je ne me sens pas particulièrement proche de l’univers des comédies musicales mais Broadway tient une part tellement importante dans la culture anglo-saxonne que ça m’amusait de me frotter à l’exercice.

J’ai écrit la plupart des musiques originales de la pièce et Paulo Furtado, le directeur musical du projet, leur a ensuite donné vie. Ce qui me plaît, c’est l’expérimentation, peu importe que ce soit au cinéma ou sur scène. En fabriquant ma propre comédie musicale, je donnais ma vision expérimentale d’une forme qui, a priori, ne l’est pas.

Diriger une pièce, c’est aussi accepter de perdre le contrôle ?

Pour faire un bon film, il faut savoir laisser une marge de liberté à ses acteurs quand le moteur tourne, donc sur le papier, je ne voyais pas tant de différence que ça entre la mise en scène et la réalisation. Mais pendant une heure et demie, tout est absolument hors de contrôle, les comédiens ont le pouvoir, c’est à la fois stressant et excitant.

Comment les acteurs ont-ils été castés ?

Je voulais des acteurs plus jeunes que les personnes qu’ils allaient incarner, c’était une manière pour moi de mettre un peu de distance entre le spectateur et la réalité. Je voulais que mes acteurs soient des représentations plutôt que des incarnations fidèles.

Vous souvenez-vous de votre sentiment lors de la première ?

Une envie de changer plein de détails, forcément. Mais c’est surtout quelques jours avant que j’ai pris la mesure de mon projet. Au cinéma, la phase de montage est progressive, on avance version par version, mais là, la première est un véritable enjeu, il faut réussir ses débuts.

Serez-vous en France lors des représentations parisiennes ?

Malheureusement, non. Je suis en train de tourner une série à New York sur Truman Capote et plus particulièrement sur sa descente aux enfers après l’écriture de De sang-froid.

Oui, encore un biopic [rires].

Infos pratiques :

  • Trouble par Gus Van Sant, du 15 au 18 décembre 2022 à la Grande Halle de la Villette
  • Réservations en ligne juste ici ; à partir de 10 euros
  • Durée : 1 h 40