Le Grand Palais déroule cinq siècles d’art brut dans une collection intimiste

Le Grand Palais déroule cinq siècles d’art brut dans une collection intimiste

Image :

© Aloïse Corbaz, Centre Pompidou

photo de profil

Par Pauline Allione

Publié

Zoom sur un art aux formes multiples, qui s'écrit en marge des courants classiques.

Plutôt que de définir l’art brut, le Grand Palais préfère circonscrire ce qu’il n’est pas : « Il ne fait pas partie des beaux-arts et ne se produit pas dans les lieux habituels dédiés à la création, écoles ou ateliers, il échappe aux courants et influences stylistiques ». Rendez-vous est donné au Grand Palais jusqu’au 21 septembre 2025 pour découvrir cet art, en marge des courants qui jalonnent l’histoire de l’art. 

À voir aussi sur Konbini

« L’art brut, c’est l’art brut et tout le monde comprend ! » résumait Jean Dubuffet, qui en 1945 donne le nom d’art brut aux pièces qu’il accumule soigneusement. Grâce à une donation de plus de 1000 œuvres du cinéaste et collectionneur Bruno Decharme au Centre Pompidou en 2021, l’exposition « Art brut, dans l’intimité d’une collection » nous plonge dans une sélection de 400 pièces collectées durant quarante-cinq ans.

« Cette addiction [à l’art brut, ndlr] avait pour origine une période de ma vie où je suivais des cours de philosophie, dans les années 1970. On remettait alors radicalement en question l’idéologie dominante de la société contemporaine. On s’intéressait aux marges, à l’altérité. […] Tous les questionnements abordés au cours de mes années à l’université prenaient sens avec ces productions d’art brut, avec leur histoire, leur processus de création. Et, le temps passant, je me suis rendu compte qu’en réalité, ce qui faisait naître en moi un immense plaisir était le contact direct avec les œuvres plutôt que leur approche intellectuelle », retrace Bruno Decharme.

Martín Ramírez, Sans titre, vers 1950. ART BRUT / donation Bruno Decharme en 2021. © Centre Pompidou, MNAM-CCI, Dist. GrandPalaisRmn / Hélène Mauri. (© Estate of Martín Ramírez, Courtesy Ricco / Maresca Gallery)

400 pièces et un gigantesque carnet de voyage 

Pensée comme un carnet de voyage incluant des pièces du XVIIe siècle à nos jours, cette collaboration entre le Grand Palais et le Centre Pompidou nous plonge dans l’intimité du collectionneur, dont des capsules vidéo détaillent la démarche au long de l’exposition. Plus largement, c’est la psyché des artistes et des créateur·ice·s exposé·e·s que dévoile « Art brut », qui nous plonge dans des thèmes universels tels que l’existence, le mystique, le récit de soi et du monde.

Au programme : des œuvres réalisées par des patient·e·s d’hôpital psychiatrique, des œuvres « bricolées », des œuvres dites orphelines car pas signées, mais aussi des détours par le Japon, les États-Unis, Cuba… Les grands noms de l’art brut, dont Aloïse Corbaz, Martín Ramírez, Emery Blagdon ou encore Adolf Wölfli, côtoient des anonymes dont le patronyme s’est perdu en chemin.

« Des délires scientifiques aux connexions avec les esprits, des « bricolages » aux langues inventées, des missions de sauvetage de l’humanité aux épopées célestes, les créateurs d’art brut interrogent l’universel au travers de leurs préoccupations personnelles », détaille le Grand Palais. En creux de l’histoire de l’art avec un grand H, l’exposition fait une place muséale à l’art des marginalisé·e·s, que ce soit socialement ou psychiquement, et à ces œuvres miraculeusement dénichées.

Aloïse Corbaz dit Aloïse, Collier en serpent, Vers 1956. ART BRUT / donation Bruno Decharme en 2021. © Centre Pompidou, MNAM-CCI, Dist. GrandPalaisRmn / Audrey Laurans. (© Association Aloïse, Chigny)

Paul Goesch, Sans titre, vers 1917. ART BRUT / donation Bruno Decharme en 2021. © Centre Pompidou, MNAM-CCI, Dist. GrandPalaisRmn / Janeth Rodriguez-GarciaL’exposition « Art brut, Dans l’intimité d’une collection » est visible au Grand Palais jusqu’au 21 septembre 2025.

Konbini, partenaire du Grand Palais.