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“L’art africain a grandement influencé l’art occidental” : Elkana Ong’esa milite pour plus de reconnaissance

“L’art africain a grandement influencé l’art occidental” : Elkana Ong’esa milite pour plus de reconnaissance

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© Raphaël Ambasu/AFP/AFPTV

"L’art africain a été laissé pour compte."

Elkana Ong’esa a vu ses gigantesques sculptures en pierre exposées à travers le monde mais pour cet artiste kényan, l’art africain ne bénéficie toujours pas de la reconnaissance qu’il mérite, aussi bien à l’étranger que sur le continent. “L’art africain a grandement influencé l’art occidental”, soutient le sculpteur de 79 ans, citant en exemple les œuvres de Pablo Picasso. Mais “l’art africain a été laissé pour compte”, déplore-t-il, lors d’un entretien accordé à l’AFP à son domicile à Tabaka (comté de Kisii), dans l’ouest du Kenya. Ses œuvres, inspirées par la nature, ont fait le tour du monde et décorent notamment les sièges de l’Unesco à Paris et de l’ONU à New York. Mais le chemin est encore long pour atteindre la valeur financière des œuvres d’art occidentales, note-t-il, regrettant que les collectionneur·se·s – africain·e·s et étranger·ère·s – ne soient pas disposé·e·s à débourser de grosses sommes pour des œuvres venant du continent.

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Les autorités ne jouent pas non plus leur rôle, avance-t-il aussi. “Le gouvernement kényan ne soutient pas suffisamment les artistes”, estime-t-il, évoquant un fiasco qui a empêché en 2014 son travail d’être exposé au Smithsonian Folklife Festival à Washington D.C. Elkana Ong’esa avait réalisé une sculpture monumentale en granit pour cet événement prestigieux. Un acheteur avait même proposé la somme de 1,2 milliard de shillings kényans (environ 7 millions d’euros actuels). Lasses, les autorités kényanes, qui ont insisté pour assurer le transport de l’éléphant de 13 tonnes – refusant les offres d’aide étrangères –, ont finalement déclaré qu’il était trop lourd pour être transporté par avion.

Des médias ont affirmé que les autorités avaient exigé des pots-de-vin en échange du transport de la pièce. “Certaines personnes au sein du gouvernement kényan, qui étaient censées aider, se sont finalement détournées”, réagit laconiquement Elkana Ong’esa, sans commenter les affirmations des médias. Si la vente – qui aurait constitué un record pour une œuvre africaine – s’était conclue, “l’art africain serait dans une autre catégorie” aujourd’hui, affirme-t-il.

“Tournant”

Né dans une famille d’artisan·e·s, Elkana Ong’esa a commencé dès son plus jeune âge à fabriquer des jouets en argile avant d’apprendre à sculpter de petits animaux à partir de fragments de pierre. Il poursuit ensuite ses études à l’université Makerere, en Ouganda voisin, puis à McGill au Canada. Il y découvre des artistes qui influenceront son œuvre, depuis les sculptures inuites – qui relèvent selon lui davantage de “l’expression artistique que de l’artisanat” – jusqu’à l’utilisation de l’espace négatif par le célèbre Britannique Henry Moore.

“Ce fut un tournant très important pour moi”, estime-t-il. L’empreinte du continent africain sur ses créations reste indéniable. La pierre de Kisii, son matériau de prédilection, ne se trouve que dans l’ouest du Kenya, contrairement à la stéatite, roche plus répandue souvent associée à tort à ses œuvres. Son travail fait souvent référence à des symboles issus de mythes et de chansons du continent africain. La sculpture géante en granit qui orne le siège de l’Unesco à Paris, Enyamuchera (“Oiseau de paix” en langue Kisii), tire son origine de la pie-grièche fiscale, un passereau noir et blanc originaire d’Afrique subsaharienne. L’oiseau peut être annonciateur de chance ou de malheur selon l’angle sous lequel il est vu.

Écho local

Il entend créer une œuvre qui trouve un écho autant chez lui qu’à l’étranger. Ses sculptures sont exposées dans les rues de Kisii, dans son jardin où il forme de jeunes artistes et des enfants à la sculpture sur pierre et dans le musée qu’il a construit pour accueillir des ateliers et présenter l’art du continent africain. Des problèmes de santé l’ont contraint à arrêter de travailler ces sept dernières années. Mais ce grand-père de cinq enfants a récemment repris ses outils.

“J’ai envie de pratiquer mon art”, explique-t-il. Il a recommencé à faire des sculptures plus petites, mais les pièces plus grandes lui posent des problèmes physiques, explique-t-il, incapable de rester debout pendant de longues périodes.
“J’espère et je prie pour que mon corps aille mieux”, affirme-t-il. “Quand vous taillez une pierre et que vous en voyez l’intérieur, c’est si beau, c’est tellement excitant.”