Konbini Book Club : 5 livres à dévorer si tu écoutes en boucle le dernier album de JuL

Konbini Book Club : 5 livres à dévorer si tu écoutes en boucle le dernier album de JuL

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Pochette “La Zone en Personne”

Le plus gros challenge de l’histoire du Konbini Book Club.

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Pochette “La Zone en Personne”

On voit déjà les rageux s’insurger : “Faut arrêter les gars, associer JuL et littérature, c’est grotesque !” On ne va pas se mentir, sur le papier, le rappeur marseillais est loin, très loin de nous offrir un rap littéraire, conscient, bourré de références et de jeux de mots.

Adepte du double album par an, JuL n’a pas vraiment le temps de peaufiner ses textes. Il les pond d’une traite, en un premier jet très particulier, écrit sur son portable et en langage texto, qui devient immédiatement sans relecture ni retouches le texte de sa chanson. Avec en cerise sur le gâteau, une maîtrise de l’orthographe approximative.

Mais à l’occasion de la sortie de son dernier album intitulé La Zone en Personne, composé de pas moins de 40 chansons, le Konbini Book Club n’a pas pu résister à l’envie de se frotter à ce défi ultime. Parce que malgré tout ce qu’on vient de dire, JuL est parvenu en dix albums à se façonner un univers bien à lui qui déchaîne les foules, nous y compris.

Alors oui, c’est tiré par les cheveux, non, on n’est pas vraiment sûrs que JuL a eu ces références en tête au moment d’écrire mais franchement, mettre “JuL” et “littérature” dans une même phrase, c’était trop tentant.

Si tu kiffes la chanson “La Zone en personne”…

C’est la première chanson de l’album, le tube par excellence et le premier clip révélé par JuL il y a quelques semaines. Avec un titre énigmatique, illustration parfaite de la plume JuLienne (oui, carrément), le rappeur marseillais revient aux origines de l’univers qu’il déploie depuis plus de cinq ans. Sa vie dans le quartier de Saint-Jean du Désert, dans le 12e arrondissement de Marseille, les caïds qu’il a croisé, les amitiés fidèles, les trahisons aussi, son ascension dans le rap : toutes les thématiques classiques sont passées en revue. Avec bien sûr, en refrain, une célébration du chemin parcouru, de son succès incroyable et de son accession au statut de boss du rap game.

“On veut le monde comme Tony
On veut le monde comme Tony
On veut le monde comme Tony
On veut le monde comme Tony”

Mais l’ambition ne s’arrête pas là. Le pont a le mérite d’être clair. Simple, efficace, chanté en chœur avec les potos du quartier. Qui d’autre que Tony Montana pour représenter la réussite et l’envie d’en découdre avec le monde.

… tu liras Le Roi du Sud de Baptiste Rossi (Grasset)

© Grasset

Il fallait marquer le coup et faire figurer dans notre bibliographie un pur écrivain du Sud. Baptiste Rossi est Toulonnais. À 24 ans, il en est déjà à son second roman et est considéré comme un des surdoués de la littérature française. Son premier livre, La Vraie Vie de Kevin, écrit alors qu’il venait tout juste d’avoir vingt ans est une satire hilarante sur les dérives de la société du spectacle et le règne de la téléréalité. L’histoire plonge cruellement un adolescent dans un tourbillon de buzz, de culte de la personnalité et de course à l’argent qui a de quoi faire rire jaune le lecteur. Une tragicomédie sociale à la sauce Truman Show qu’on vous conseille vivement.

Changement d’ambiance total pour son deuxième roman. Baptiste Rossi retourne dans ce Sud qu’il connaît si bien pour en explorer la part sombre. Une plongée vertigineuse dans l’ambiance de la Côte d’Azur des années 1980, celle des guerres politiques, des barons de la drogue et des rois des machines à sous. Daniel, le narrateur, est un jeune homme ambitieux qui veut faire son trou dans le milieu, peu importent les risques. Seule ombre au tableau, son père, un homme influent qui convoite aussi le titre de Roi du Sud… Le livre rassemble tous les ingrédients d’un polar efficace : des personnages tous plus pourris les uns que les autres, des crimes impunis et un passé qui ressurgit. Il y a un peu des films d’Olivier Marchal dans la violence et la rage de ce roman, mais il y a surtout un lyrisme qui vous prend aux tripes.

Le Roi du Sud, le titre parfait pou JuL ?

Si tu kiffes la chanson “Ma Che Beauté”…

Sous ses airs de Mauvais garçon, JuL est un lover. Derrière l’homme à la crête, en survet’ de Dortmund, qui cabre en Y sur son T-Max, il y a aussi un homme avec un cœur qui bat, un homme qui sait parler aux femmes et qui n’hésite pas à leur déclarer sa flamme. Et bizarrement, ça donne souvent les meilleures chansons de ses albums. Il n’y a qu’à se rappeler Ma jolie et son refrain obsédant : “Ma jolie, dis-moi qu’tu m’aimes à la folie, les yeux d’Angelina Jolie, mental Sandra Paoli.” Un classique.

“Ma beauté qu’elle est belle, je ferais tout pour elle
Beauté du haut level, avec un corps de rêve
Ma beauté qu’elle est belle, je ferais tout pour elle
Beauté du haut level, avec un corps de rêve”

Impossible de passer à côté de Ma Che beauté. Véritable déclaration d’amour à la femme qu’il aime, JuL met en chanson sa fascination pour sa plastique de rêve dans un refrain entêtant. Il est prêt à tous les sacrifices pour la conserver auprès d’elle et cela malgré les obstacles qui se dressent devant lui. L’homme idéal, putain.

… tu liras Le Chemisier de Bastien Vivès (Casterman)

© Casterman

Bastien Vivès est le chef de file de la nouvelle génération de la bande dessinée française. C’est bien simple, il sait tout faire. Son trait de dessin est inimitable, ses scénarios sont drôles et inventifs, et ses dialogues ciselés. Que ce soit l’entrée d’une jeune danseuse russe à l’Académie dans Polina, la vie chamboulée d’une famille en vacances dans Une Sœur ou la destinée d’un héros dans un monde magique comme dans la saga Lastman (une pépite !), il est à l’aise sur tous les terrains.

Pas étonnant alors qu’il s’amuse à prendre à contre-pied son lecteur. Pour son dernier tome, scénarisé sur fond de mouvement #metoo et de toute puissance des réseaux sociaux, il a choisi de s’attaquer de front à certains sujets chauds de ces derniers mois, notamment la question du corps de la femme, du regard que porte l’homme sur celui-ci et des rapports de séduction.

Étudiante à la Sorbonne, Séverine est un peu la fille passe-partout, celle que personne ne remarque. Elle mène une vie banale, sans remous. Même son compagnon semble lui prêter moins d’attention qu’à ses séries télévisées ou ses jeux vidéo. Pourtant, à l’issue d’un baby-sitting, elle se voit prêter un chemisier en soie qui va mystérieusement changer sa vie. Du jour au lendemain, les hommes posent sur elle un regard différent, chargé de désir. Le vêtement est-il doté d’un pouvoir magique ? Séverine l’ignore, mais elle constate qu’il lui permet de se sentir davantage en confiance. Et de reprendre en main son destin…

Une fable moderne qui fait fantasmer, un peu, et réfléchir, beaucoup. Sur le statut de la femme dans notre société, sur le désir qu’elle suscite, les moyens d’en jouer parfois mais surtout cette fameuse liberté à disposer d’elle-même dont on la prive souvent. Ou comme dirait JuL : “Trop tu m’attires, ton sourire me traumatise, t’aimerais que j’te dise quoi ?”

Si tu kiffes la chanson “Sangoten”…

Natif de Marseille, JuL ne pouvait être qu’un fou de ballon. Rien d’étonnant alors de croiser dans chacune de ses chansons une petite réf’ footballistique bien sentie. Et pas n’importe comment puisqu’elle prend souvent la forme d’un hommage appuyé au club qui fait vibrer son cœur, l’Olympique de Marseille. Aucun mot n’est assez fort pour décrire la ferveur des virages du Vélodrome, le talent des joueurs blancs et bleus et le palmarès historique de ceux qui resteront à jamais les premiers.

Les punchline de JuL sur le football servent souvent de respirations et de métaphores. Notre société est comme un terrain de football, il faut combattre pour briller, n’abdiquer devant personne, ne jamais trahir ses valeurs et se construire ensemble. En fait, le foot c’est juste la vie.

“J’suis numéro 10 comme Zidane, un peu nerveux comme Sangoten
Sous bangué j’fais pas d’gitane, tu veux une tête bah j’reste open
Technique, gaucher comme Thauvin
Combattant comme Gustavo
Ça joue sa vie sur l’terrain, de haine ça t’laisse sur l’carreau”

… tu liras Georges Best, le Cinquième Beatles de Vincent Duluc

© Stock

S’il y a bien un joueur de football dans l’histoire qui représente “le Thug”, c’est George Best. Monstre de technique et de vitesse, idole de Maradona en personne (on comprend assez vite pourquoi), il a su comme personne créer sa légende aussi bien sur qu’en dehors des terrains. C’est tout le sujet du livre de Vincent Duluc, une des fines plumes du journal L’Équipe qui raconte sa fascination pour un homme qui se nourrissait d’excès.

Influencé par Norman Mailer et son livre The Fight, le meilleur jamais écrit sur le sport, le journaliste a voulu explorer, entre biographie et fiction, les méandres de cette vie héroïque et dépravée. Adulé en Grande-Bretagne pour son jeu spectaculaire, George Best est très vite devenu une immense rock star grâce à sa personnalité extravagante, son omniprésence dans les médias et ses frasques légendaires. Les hommes le vénéraient, les femmes le désiraient, de quoi mériter son surnom : Le Cinquième Beatles.

Avec en plus, un niveau de punchline qu’aucun rappeur n’atteindra jamais. Petit florilège :

  • “J’ai claqué beaucoup d’argent dans l’alcool, les filles et les voitures de sport – le reste, je l’ai gaspillé.”
  • “En 1969, j’ai arrêté les femmes et l’alcool, ça a été les 20 minutes les plus dures de ma vie.”
  • À propos de son passage à Los Angeles : “J’avais une maison au bord de la mer. Mais pour aller à la plage, il fallait passer devant un bar. Je n’ai jamais vu la mer.”
  • “Si j’avais eu le choix entre dribbler cinq joueurs puis marquer un but en pleine lucarne de 40 mètres à Anfield et me taper Miss Monde, j’aurai eu du mal à me décider. Par chance, les deux me sont arrivés.”

Si tu kiffes la chanson “Dors petit, dors”…

C’est devenu une mode dans le rap français. Fianso, Orelsan, Vald, tout le monde y va de sa petite chanson pour s’adresser à son fils. Toujours à la première personne, adressée directement à l’enfant, une sorte de lettre ouverte pour lui décrire le monde qui l’entoure, lui dire que ce sera dur et le rassurer mais aussi le guider vers le succès comme papa.

C’est maintenant au tour de JuL de s’y mettre avec son titre “Dors petit, dors”. Une déclaration à son fils imaginaire, petit détail à signaler quand même, pour lui expliquer à quel point il a commis des erreurs dans ce monde de fous, mais qu’il compte bien se rattraper en étant toujours à ses côtés. Daddy, daddy JuL.

“Dors petit, dors petit, dors
Il y a rien à faire dehors
Les soucis tapent à la porte
Mais quand même faut s’en sortir et toujours rester fort
Y en a qui ont vécus sans papa
Comprend pourquoi ils gardent tout ils parlent pas”

… tu liras La Route de Cormac McCarthy (Points)

© Points

C’est l’un des livres les plus forts jamais écrits sur la relation père-fils. L’un des livres les plus forts jamais écrits tout court, diront même certains. L’Américain Cormac McCarthy, à qui on doit aussi le génial No Country for Old Men adapté au cinéma par les Frères Coen, a bouleversé les lecteurs du monde entier avec son roman La Route paru en 2007.

L’histoire dans un monde post-apocalyptique, réduit en grandes étendues couvertes de cendres. Un père et son fils errent sur une route, poussant un caddie rempli d’objets nécessaires à leur survie, sur leurs gardes car le danger peut surgir à tout moment. Ils affrontent la pluie, la neige, le froid, et ce qui reste d’une humanité retournée à l’état sauvage.

Un récit bouleversant et inoubliable qui nous fait perdre tous nos repères. On referme le livre en tremblant et en ne sachant pas au final si l’humanité court à sa perte ou si elle restera plus forte que tout.

Le livre a lui aussi eu le droit à son adaptation cinématographique par John Hillcoat, particulièrement réussie, surtout grâce à un Viggo Mortensen exceptionnel.

Si tu kiffes la chanson “Asalto”…

La signature de JuL, c’est son utilisation peu académique du langage. Quand certains crient à l’analphabétisme et fustigent le manque de culture, d’autres parlent de distorsion du langage et hurlent au génie. La vérité est bien plus simple, JuL écrit comme il parle, comme parlent ceux qu’il a toujours fréquentés. Alors oui, en termes de références et de syntaxe, son rap est pauvre mais personne ne lui reprochera jamais son authenticité. Une authenticité qui donne le sourire quand on se penche de près sur ses plus belles rimes.

“J’étais en fumette et j’me suis fait courser
J’croyais qu’c’était les képis, en fait c’était les pompiers
J’vais voir une gadji, j’ai mis le survet’ du Milano
Le poto m’demande si j’suis pas marié, pourquoi j’ai mis l’anneau
J’ai pas eu mille amours, moi c’est allé à mille à l’heure
Il fait le mac il chantait moins le jour où tu lui as mis la lourde”

… tu liras Debout-payé de Gauz (Le Nouvel Attila)

© Le Nouvel Attila

Gauz n’a pas sa langue dans sa poche et de ses mille vies, il a des choses à raconter. Né à Abidjan en Côte d’Ivoire, diplômé de biochimie, il a longtemps été sans papiers et a dû exercer des petits boulots pour vivre, avant de se lancer dans la photographie, le journalisme et enfin l’écriture. C’est justement d’une de ces expériences précaires dont il s’est inspiré pour raconter l’histoire d’Ossiri, étudiant ivoirien devenu vigile après avoir atterri sans papiers en France en 1990. Gauz rend un hommage appuyé dans ce premier roman à la communauté africaine de Paris, avec ses travers, ses souffrances et ses différences.

Mais Debout-payé, c’est aussi l’histoire politique d’un immigré et du regard qu’il porte sur notre pays. le récit est ponctué par des interludes hilarants : les choses vues et entendues par l’auteur lorsqu’il travaillait comme vigile au Camaïeu de Bastille et au Sephora des Champs-Élysées.

Debout-payé, dont le titre désigne parfaitement les conditions d’exercice du métier de vigile, est une satire sociale drôle et sans concession, tant à l’endroit des patrons que des client·e·s, et porte un regard vif sur les dérives de la société de consommation contemporaine. Mais ce qui frappe surtout chez Gauz, c’est sa capacité à tordre le langage, à l’adapter en fonction de ses personnages, parfaitement conscient que leur mode d’expression est unique et qu’il les caractérise. C’est ce qui fait que ses romans sont des portraits si fidèles de notre société et qu’ils nous touchent autant qu’ils nous font rire.