Jean Gaumy, filets et sous-marins : le musée de la Marine dévoile deux expos iodées

Jean Gaumy, filets et sous-marins : le musée de la Marine dévoile deux expos iodées

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© Jean Gaumy / Magnum Photos

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Par Pauline Allione

Publié

Cet été, l’institution parisienne nous immerge dans le quotidien des communautés maritimes.

Du 14 mai et jusqu’au 17 août 2025, le musée national de la Marine livre deux expositions sœurs, toutes deux centrées sur les travailleur·ses de la mer. « Jean Gaumy et la mer » revient sur le travail du photographe français multi-casquettes, puisque membre de l’agence Magnum, peintre officiel de la Marine et membre de l’Académie des Beaux-arts, à travers 140 de ses photographies. « La pêche au-delà du cliché, inédits de la collection » nous promène quant à elle dans la collection du musée, et documente les communautés maritimes du milieu du XIXe à la fin du XXe siècle. Deux rendez-vous salés en un, qui offrent des regards inédits sur la pêche, et les hommes et les femmes qui vivent de la mer.

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Jean Gaumy sur les flots

Originaire du Sud-Ouest, le photographe commence sa carrière avec l’agence Viva puis Gamma, avant de réaliser que le rythme de travail imposé par l’actualité ne convient pas à son approche documentaire. Il rejoint Magnum Photos et réalise de longs reportages qui lui permettent d’approcher ses sujets plus naturellement. Le photographe tourne son objectif vers le milieu hospitalier, la prison et l’Iran, avant de s’immerger dans des communautés de pêcheurs aux prises avec les forces de la nature. Déjà passionné par la pêche, il documente la pratique lors de reportages ou pendant ses vacances.

Jean Gaumy, Vagues au Havre, Seine-Maritime, France, 1984 . © Jean Gaumy / Magnum Photos

« Je veux partir en mer et cette envie déjà porte en elle ce germe. Il ne peut pas s’agir de faire un reportage. Il s’agit d’autre chose. Je ne sais pas vraiment. Il faudra raconter. Raconter simplement. Éviter l’imposture, le registre héroïque. Rester à hauteur d’hommes », écrivait en mars 1984 Jean Gaumy, après 15 ans de photographie. À la fin de cette même année, le photographe embarque finalement sur un chalutier de haute mer à La Rochelle.

« Qu’il s’intéresse aux almadrabas andalouses, aux pêcheurs de bars rayés de la côte est américaine ou aux filetières de Fécamp, il documente une atmosphère, des gestes et des techniques traditionnels », détaille le musée de la Marine. Gardant les communautés de la mer dans son viseur, Jean Gaumy immortalise les coulisses de La Boucane, une conserverie de poisson haute en couleurs et en décibels – et au sujet de laquelle il réalisera un court-métrage –, la almadraba, une pêche saisonnière et ancestrale que l’on retrouve au sud de l’Espagne, les pêcheurs de Long Island outre-Atlantique, et s’obstine à documenter la mémoire des chalutiers de haute mer et de leurs équipages. Ses photos racontent aussi les plateformes pétrolières, l’installation d’un parc éolien offshore en Normandie et des expéditions polaires. « L’eau aura été mon échappatoire, une façon de rester fidèle à ma nature et en même temps la façon de m’affirmer, de me trouver », affirme le photographe.

Jean Gaumy, Almadraba, Zahara de los Atunes, Espagne, 1992. © Jean Gaumy / Magnum Photos

Croiser les regards sur les communautés de la mer

Accompagnant cette rétrospective unique de Jean Gaumy, « La pêche au-delà du cliché, inédits de la collection » remonte le temps pour une immersion dans les communautés maritimes du XXIe à la fin du XXe. Dévoilant notamment au public des pièces inédites, le musée de la Marine propose de réactualiser les regards : « La démocratisation de la pratique de la photographie à la fin du XIXe siècle et la grande diffusion des images jouent un rôle déterminant dans la constitution de l’imaginaire collectif. Dans le domaine de la pêche, l’iconographie et les récits ont longtemps mis en avant la dureté du métier et l’importance de la communauté des marins-pêcheurs », pose le musée.

L’exposition multiplie les regards sur la pêche et les travailleur·ses de la mer en croisant les travaux de photographes plus ou moins connus du grand public dont Anita Conti, François Kollar, Serge Lucas ou Carlo Naya. Au début du XIXe, la photographie sert ainsi à en documenter objectivement la pratique de la pêche et en détailler les usages : la construction et l’entretien des embarcations, les outils… En Asie-Pacifique, en Afrique de l’Ouest et en Afrique du Nord, les photographies de pêche servent notamment la communication de l’administration coloniale, là où d’autres images documentent les pratiques à l’œuvre dans d’autres sociétés, comme c’est le cas des photographies d’Anita Conti prises sur le littoral ouest de l’Afrique dans les années 1940.

Marée sur le chalutier Canari, 1978, Serge Lucas (1937-). © Musée national de la Marine/C. Semenoff-Tian-Chansky, Inv. 2011.18.3.0

Cette promenade dans l’histoire maritime est aussi celle de la « grande pêche », considérée comme plus prestigieuse et aventureuse, celle des gestes mis en œuvre sur les embarcations, et celle de poissons arrachés à l’eau, trophée ultime et apprécié des photographes. « Il s’agit généralement d’insister sur la taille du poisson sorti des eaux, en le présentant dans toute sa longueur et en utilisant le corps du pêcheur comme échelle. L’inertie du trophée est également soulignée. Ces animaux morts n’ont plus rien d’effrayant et, sortis de leur environnement naturel, ils peuvent être approchés sans risque par un enfant ou par une jeune élégante », analyse le musée national.

Sans oublier le repos bien mérité dans des cabines étroites, les passages sur la terre ferme, les repas partagés, les bouteilles de champagne ouvertes sur le pont d’un chalutier pour un Noël entre coéquipiers. Entre la construction iconographique d’un mythe, des instants de latence et le dur labeur immortalisé, « La pêche au-delà du cliché » s’entremêle aisément avec les images de Jean Gaumy, pour brosser un large portrait de l’univers maritime, et nous emmener un peu plus profondément dans les eaux.

Un coup de harpon, Pierre Potentier (1900-1968) – Renée Hamon (1897-1943) – Droits réservés. © Musée national de la Marine/C. Semenoff-Tian-Chansky, Ico 14672/3

Pêche à l’épervier au lac d’Ahémé, entre 1930 et 1939, Anonyme, 20e siècle – , droits réservés. © Musée national de la Marine/C. Semenoff-Tian-Chansky, Ico 14113/1

Dans une banette à bord du Reine de la Mer, Michel Thersiquel (1944-2007). © Musée national de la Marine/C. Semenoff-Tian-Chansky, Ico 45652/5

Les expositions « Jean Gaumy et la mer » et « La pêche au-delà du cliché, inédits de la collection » sont à découvrir au musée national de la Marine de Paris, du 14 mai au 17 août 2025.

Konbini, partenaire du musée national de la Marine.