Difficile de dire qu’être privés d’un projet d’ISHA pendant plus de 3 ans ne nous a rien fait. Et quel bonheur de le retrouver !
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Il faut dire qu’il s’en est passé des choses depuis Labrador Bleu, son premier album sorti en 2022, et sûrement son projet le plus personnel à ce jour qui avait succédé à la trilogie qui l’avait fait connaître, les fameux « La Vie Augmente ».
Depuis, ISHA a entre autres gagné le prix dans nos cœurs du meilleur « dernier dîner » en invitant tous ses potes à venir croiser le fer avec lui sur la scène du Bataclan fin 2022, à l’occasion du Grünt 55, durant lequel sa complicité folle avec Limsa d’Aulnay aurait déjà pu nous mettre la puce à l’oreille sur ce qui se préparait en coulisses.
Un an plus tard, dans les arrêts de jeu de 2023, le premier volume de Bitume Caviar voyait le jour et devenait le maître étalon en termes de projets communs actuels, beaucoup le considérant comme le patient zéro du revival des albums partagés par deux artistes.
Le projet avait beau contenir des moments intimistes pour lesquels on adorait déjà ISHA, notamment avec un morceau solo chacun, ce nouveau projet solo « Drôle d’oiseau » est l’occasion de se rappeler pourquoi il reste une des plus belles, et surtout plus authentiques, plumes du rap francophone actuel.
« Des questions existentielles, des problèmes de trentenaires »
Cet EP a l’air d’être l’occasion pour ISHA d’asseoir une position qu’il assume à 100 % : celle d’un ancien, autant dans la vie que dans la musique, et de tout ce que ça implique.
Les références au fait qu’il avance dans l’âge sont omniprésentes, autant pour affirmer son expérience et son savoir en continuant de se revendiquer comme un artisan de la qualité, que pour évoquer une certaine fatigue et une usure, la faute à un passé qui ne cesse de le hanter.
« J’suis fatigué, j’ai vieilli, j’ai les mêmes cernes que Del Toro
Ils ont compris qu’j’suis plus là pour très longtemps »
ISHA – Raz de marée
Les ambiances ont beau être variées, avec deux premiers morceaux plutôt ego-trip (dont un avec Dinos), pour ensuite aller vers une partie plus introspective, la trame de fond du projet reste le temps qui passe et ses effets, tant sur lui que sur son entourage.
ISHA avait déjà initié cette transition avec Limsa, les deux se présentant comme deux darons qui rappent leur vie, sans tomber dans le jeunisme, et « Drôle d’oiseau » se place plutôt comme la face sombre de cet adage.
Maudit
Ce qui ressort aussi, c’est la dimension thérapeutique qu’a sa musique pour lui. Il confesse à plusieurs moments ne pas pouvoir s’arrêter d’écrire et de sortir des morceaux qui paraissent comme un vrai exutoire pour lui.
Il faut dire que son écriture semble tellement être une fenêtre ouverte sans aucun filtre sur l’intérieur de son crâne, et ce depuis des années, qu’il est assez peu étonnant de le voir en parler comme d’une sorte de confessionnal.
« Ma musique, elle est gang, elle est thérapeutique
Enfance douloureuse, une famille à problèmes
Je sais qu’toute ma vie, je s’rai quelqu’un de triste »
ISHA – Drôle d’oiseau
Malgré une vie plus confortable, son passé ne semble jamais cesser de le hanter et refait surface quasiment à chaque morceau, l’illustration parfaite étant le single éponyme « Drôle d’oiseau », alternant entre un premier couplet qui ressasse ses années les plus sombres, et un second qui aborde sa vie actuelle plus douce, bien qu’encore teintée de noirceur.
Aussi, ISHA a et a toujours eu cette capacité d’aborder les sujets de manière singulière, presque instinctive mais toujours avec justesse, qui rend ses textes complètement addictifs. Personne n’écrit comme lui, et c’est pour ça qu’on prend plaisir à y revenir encore et encore.
Qui d’autre que lui pour raconter comment il est « trop poli » avec un serveur (Un dernier café à Cergy) ou bien qu’il est « le fils de l’anxiété, le petit frère de l’angoisse » (Caesars palace) ?
En bref, cet EP est autant une porte d’entrée parfaite pour ceux et celles qui ne seraient pas encore tombés amoureux de sa musique (qu’est-ce que vous attendez sérieusement ?), que de belles retrouvailles avec ses auditeurs des premières heures.
ISHA est revenu pour accompagner nos journées et nos nuits, et il l’a fait toujours aussi bien que d’habitude.
De quoi bien patienter jusqu’au second volume de Bitume Caviar qui devrait arriver dans l’année, si on en croit les quelques bribes de passages au studio qui nous sont parvenues de la part des deux artistes.









