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Rencontre avec Hollie Cook, la nouvelle voix ensorcelante du reggae britannique

Publié le

par Naomi Clément

Rencontre avec Hollie Cook, la nouvelle voix ensorcelante du reggae britannique

“J’étais attirée par la musique de façon très naturelle”

“Des inspirations à la fois contemporaines et old school”

Quand as-tu commencé à prendre la musique au sérieux ?
De 11 à 16 ans, j’étudiais dans une performing art school, ce qui m’a aidée à renforcer mon intérêt pour la musique et la performance. C’est aussi à cette époque-là que j’ai rejoint un groupe de musique avec des amis. Mais c’est quand j’ai quitté cette école, à 16 ans environ, que j’ai vraiment commencé à prendre ça au sérieux. J’ai cumulé les projets, appris à enregistrer des morceaux de façon professionnelle… Et puis, vers 19 ans, j’ai arrêté mes études pour partir en tournée avec The Slits. J’ai compris à ce moment-là que j’avais trouvé ma place dans la société, et dans le monde en général. Et que je ne pouvais plus faire marche arrière.
Tu es la fille de Paul Cook. As-tu déjà éprouvé une forme de pression par rapport à ton nom ?
Pas du tout ! Je trouve ça vraiment cool d’avoir grandi au sein d’une famille si expérimentée en matière de musique, et je me sens vraiment chanceuse car grâce à ça, mes parents ont toujours compris mes choix de vie. Mon père m’a toujours encouragée, il m’a toujours donné de super bons conseils. Du coup, peut-être que certaines personnes ou certains médias attendent quelque chose de moi… mais personnellement, je n’ai jamais ressenti aucune forme de pression par rapport à mon nom. D’autant que mon père et moi ne faisons pas du tout le même genre de musique !
Comment expliques-tu ton attraction pour le reggae, d’ailleurs ?
Écoute, je crois que j’aime juste trop ça [rires] ! Je me suis prise de passion pour cette musique vers mes 16 ans, à la même période où j’ai commencé à chanter. J’ai découvert énormément d’artistes femmes de reggae, comme Marcia Griffiths, Janet Kay, Phyllis Dillon… et ça m’a paru comme une évidence. Je n’ai pas eu l’impression d’avoir “choisi” de faire du reggae, ça me paraissait tout simplement juste de faire ça. Et le fait que ce ne soit pas un genre mainstream, écouté par la masse, l’a rendu encore plus attrayant à mes yeux. Je voulais juste faire quelque chose qui me paraissait sincère, qui pourrait retranscrire au mieux mes sentiments, mes idées.

“J’avais envie d’un reggae plus moderne”

“Je me suis toujours sentie très à l’aise en tant que femme évoluant dans l’industrie musicale”

En quoi ta musique a-t-elle changé depuis la sortie de ton premier album, Hollie, en 2011 ?
La production de ce troisième album est très différente. Prince Fatty, l’ingénieur du son avec lequel j’ai collaboré, possède un son bien à lui, très spécifique. Et puis, je crois aussi que j’ai essayé de me sortir de l’ADN traditionnel du reggae, en me dirigeant vers quelque chose de plus pop, et peut-être moins nostalgique aussi − car le reggae porte en lui quelque chose de clairement nostalgique. Il n’y a rien de mal à cela, la plupart de mes influences s’inscrivent dans cette ligne directrice ; mais tu ne peux pas reproduire les choses à l’infini. Je n’avais pas envie d’un énième album qui sonne comme un album de reggae old school. J’avais envie d’un reggae plus moderne, en quelque sorte.
Comment te sens-tu au sein de cette nouvelle scène du reggae ? As-tu l’impression d’y avoir trouvé tes marques ?
Il y a énormément d’artistes qui proposent du super reggae aujourd’hui, très moderne, notamment en Jamaïque, avec des artistes comme Protoje, Jah9 ou Chronixx (dont j’ai écouté l’album en boucle l’année dernière). En Angleterre aussi, on voit éclore une nouvelle génération d’artistes de reggae très talentueux : Gentleman Dub Club, General Roots − avec qui j’ai joué plusieurs fois −, ou encore The Skints, qui fusionne le reggae et le punk… donc je me sens plutôt très bien au milieu de tout ça !
Qu’en est-il des artistes femmes de reggae ? Sont-elles suffisamment représentées à tes yeux ?
Écoute, en ce qui me concerne, je ne me suis jamais vraiment senti l’âme d’une activiste dont le devoir est de se battre pour sa musique. Je me suis toujours sentie très à l’aise en tant que femme évoluant dans l’industrie musicale, encouragée par une tonne de femmes artistes comme Jah9, Marla Brown, Marcia Richards des Skints, Sara Lugo… Il y a vraiment beaucoup de femmes qui brandissent fièrement le drapeau du reggae. Et même si l’industrie musicale (comme toutes les industries en général) reste encore largement dominée par les hommes, j’ai le sentiment que c’est en train de changer, que les femmes sont en train de réellement s’affirmer pour leurs droits et leur représentativité. Donc j’ose espérer que le nombre de femmes dans le reggae ne fera qu’augmenter !

Le nouvel album d’Hollie Cook, Vessel of Love, est disponible depuis le 24 janvier 2018 sur Spotify ou iTunes. Elle sera en concert le 21 février prochain au Pan Piper, à Paris.

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