« Maman est partie » : c’est par ces simples mots sur ses réseaux sociaux, avec une photo de lui enfant auprès de sa mère, que son fils Thomas Dutronc a officialisé la nouvelle tard mardi soir. « Comment te dire adieu », son standard de 1968, revient mercredi dans les titres de la presse et dans les hommages sur les réseaux sociaux.
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Résumer Françoise Hardy, décédée à l’âge de 80 ans, à une idole des sixties ou à son couple-showbiz avec Jacques Dutronc ne suffit pas : voix délicate, mélancolie et allure androgyne en ont fait une icône pop, statut qu’elle réfutait.
Le succès de « Tous les garçons et les filles » (1962), alors qu’elle n’a que 18 ans, aurait pu l’enfermer dans la case « vedette yéyé ». Mais sa modernité – silhouette élancée et moue timide sous cheveux longs et frange – en fait immédiatement une égérie, immortalisée à l’international par le photographe-star William Klein pour le magazine Vogue. « For Françoise Hardy/At the Seine’s edge/A giant shadow/Of Notre-Dame », lit-on sur la pochette d’Another Side of Bob Dylan de Bob Dylan, qui l’associe dès 1964 à la Seine et Notre-Dame.
Filet de voix évanescent, caractère réservé, élégance parisienne : c’est la signature Françoise Hardy, qui inspirera les créateurs en tout genre, de la musique à la mode. À son corps défendant : « Quand j’entends prononcer le mot d’icône à mon propos, je trouve cela ridicule », dira-t-elle au quotidien Libération.
« J’aimais Suicide, le Velvet Underground, mais j’aimais vraiment Françoise Hardy et c’était un truc de fou pour l’époque, presque une provocation de dire ça », explique en 2019 Étienne Daho à l’AFP, revenant sur ses années 1980.
Dire que l’intéressée a toujours eu du mal à s’assumer devant un micro. « Chanter est quelque chose qui ne m’est pas naturel », livre-t-elle dans le documentaire d’Arte La discrète, titre idéal pour cette chanteuse fuyant le star-system. Pourtant, dans le classement des 200 meilleurs chanteurs de tous les temps du magazine américain Rolling Stone en 2023, elle est l’unique représentante de la France.
« Quand Mick Jagger a dit que je représentais son idéal féminin, oh ! là, là… »
Mais son héritage va au-delà du champ musical. Leyla Neri, directrice de la mode à l’école The New School Parsons Paris, expose ainsi à l’AFP en 2016 l’influence des « Françoise Hardy, Jane Birkin » sur les podiums, avec des mannequins qui « ont commencé à sourire beaucoup moins, à être plus androgynes, à marcher plus droit ».
Logique pour celle qui portait si bien André Courrèges ou Paco Rabanne. Mais incongru aux yeux de celle qui ne s’aimait pas. La faute à une grand-mère lui répétant qu’elle était « affreuse », « que jamais » elle ne plairait « à personne » (Libération). Les éloges ne manquaient pas pourtant. « Quand Mick Jagger a dit que je représentais son idéal féminin, oh ! là, là… Cette phrase-là me sortait de mon image de jeune fille naïve au physique ingrat », commente-t-elle sur France Inter.
Les sixties en font donc une étoile. D’où venait-elle ? Élevée avec sa sœur à Paris par une mère seule, issue d’un milieu populaire, cette solitaire a forcé son destin, entre la première guitare demandée à 16 ans et un passage au Petit Conservatoire de la chanson de Mireille. Elle poussera la porte de Vogue fin 1961 en se disant, peu confiante, qu’elle a plus de chances d’y être signée car elle ne trouve pas la maison de disques très regardante sur certains habillages sonores…
« Jacques a été, est toujours, l’homme de ma vie et notre lien me semble indestructible »
Les succès s’enchaîneront, écrits par elle ou d’autres comme Serge Gainsbourg (« Comment te dire adieu »). Avec toujours ce peu d’appétit pour la lumière. « Moi personnellement je me passerais très bien de faire de la scène » (France Culture).
Côté vie privée, on retient sa relation avec le photographe Jean-Marie Périer puis Jacques Dutronc, qui deviendra son mari et avec qui elle aura un fils, Thomas, lui-même chanteur. Mais l’histoire avec l’homme de sa vie aura un goût amer. « Dès notre rencontre, Jacques a mis des distances entre nous. » C’est le thème de « Message personnel » (1973), tube écrit par Michel Berger. Avec Dutronc, ils vivront chacun à leur étage de leur immeuble parisien avant leur séparation. Mais une réelle complicité les unit, même si le chanteur a refait sa vie en Corse. « Jacques a été, est toujours, l’homme de ma vie et notre lien me semble indestructible », confesse-t-elle à l’AFP en 2021.
Le cancer apparaît en 2004, prenant différentes formes qui lui font vivre un cauchemar. Françoise Hardy avoue à Paris Match en 2023 qu’elle veut « partir bientôt et de façon rapide, sans de trop grosses épreuves, comme l’impossibilité de respirer ». « Laisser quelqu’un d’incurable avoir des souffrances insupportables jusqu’à ce que mort s’ensuive est inhumain », disait-elle à l’AFP en 2021.












