Ils se comptent sur les doigts de la main, ces professionnels de la WWE qui ont fait carrière à Hollywood : Dave Bautista, Dwayne « The Rock » Johnson… et John Cena, le dernier en date à rejoindre ce club très select. Sans doute parce qu’au-delà de la performance sportive, le catch n’est pas vraiment l’endroit pour la subtilité. Tout au contraire, ses athlètes doivent être grotesques, exubérants, c’est la commedia dell’arte sous stéroïdes. Alors forcément, lorsque l’un d’eux fait un pas de côté pour incarner un personnage qui nécessite davantage d’intériorité et de dosage, ça interpelle.
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Des talents qui nous pètent au visage
John Cena n’avait pas franchement brillé auparavant sur petit ou grand écran, jusqu’à ce que James Gunn lui confie le rôle de Peacemaker dans son film de 2021 The Suicide Squad. Le réalisateur avait initialement un autre roi du catch en tête : Dave Bautista, déjà très identifié Marvel pour sa participation aux Gardiens de la Galaxie. John Cena y incarne ce connard patriotique avec brio, mais c’est seulement avec la série sur HBO Max, un an plus tard, que son personnage va éclore et que ses talents d’acteur vont nous péter au visage.
C’est aussi ça, la magie d’une série : grâce au temps long, à la structure en épisodes, elle donne la place aux personnages d’exister, de faire des erreurs, de se racheter, de changer. La mission qui doit être remplie à la fin d’un film n’est pas un but en soi pour une série, c’est un prétexte pour faire grandir ses protagonistes. Dans le cas de Peacemaker, c’est un régal de découvrir Christopher Smith et ses blessures, de voir son attachement pour Adebayo grandir, et son attirance pour Harcourt se transformer en amour.
Il est aussi un symbole de ce que le patriotisme américain le plus vertueux cache de plus pourri. Il est cette idée du chevalier pur et sans peur qui a fait son temps. Peacemaker, super-héros vulgaire, sexuellement actif et au sens moral radical, participe à cette réécriture du mythe qui égratigne les représentations classiques. Et, comme pour Homelander dans The Boys, certains ne comprennent pas cette critique au vitriol des valeurs bien américaines que sont le nationalisme, le port d’armes, le virilisme exacerbé… Résultat : les mascus sont en PLS et pleurent leurs héros déchus.
Un merveilleux idiot
Peacemaker reste un parangon de virilité, qui est bisexuel, a des failles à n’en plus finir, des daddy issues carabinées, des insécurités sentimentales, du vague à l’âme parfois, des crises de colère, et surtout… c’est un merveilleux idiot. Et on dit ça avec toute l’affection du monde. On n’imagine personne d’autre dans la peau et sous le casque de ce grand bêta.
John Cena est né pour jouer ce rôle parce que, précisément, il n’est pas ce merveilleux idiot. Fun facts : le boug parle couramment le mandarin et sait jouer du piano. Il apparaissait évident qu’il serait parfaitement en mesure d’être un action hero flamboyant. On ne pensait pas, en revanche, qu’il serait capable d’une palette de jeu aussi variée. James Gunn a publié sur son compte Instagram un extrait d’une scène de la saison 2 particulièrement intense et intime entre Peacemaker et Harcourt. Les subtilités dont fait preuve John Cena dans sa performance en seulement quelques minutes forcent le respect.
Mais son plus grand talent, c’est celui de la comédie. Et c’est un art bien trop sous-estimé. Il n’est pas juste drôle, il sait merveilleusement retranscrire les variations dans l’état émotionnel de son personnage, et y injecter, en fonction, la gravité, le grotesque, la candeur, le pathétique… Il n’a pas « juste » les qualités d’un bon acteur, il a aussi l’autodérision nécessaire pour jouer un héros un peu con et cabossé, sans jamais le trahir. Peacemaker, qui continue de surprendre avec ses différents degrés de lecture en saison 2, est décidément l’écrin parfait pour l’éclosion de John Cena dans le cercle très fermé des catcheurs professionnels qui sont en fait d’excellents acteurs (de comédie !).









