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Beyoncé, Drake, Hamza… des origines de la house à son retour en force en 2022

Publié le

par Inès Richardson

Une renaissance controversée et davantage mainstream, mais qui fait du bien.

Beyoncé, Drake, Hamza… des origines de la house à son retour en force en 2022

C’est officiel, l’été 2022 célèbre le retour de la house des années 90 dans le hip-hop. Avec la sortie de l’album surprise de Drake, Honestly, Nevermind (critiqué par certains de ces fans), le rappeur a pris le risque de montrer ses nouvelles influences. Entre house de Chicago, musique de Baltimore, vibe de Detroit et la jersey, le projet a de quoi surprendre.

Pourtant, Champagne Papi n’est pas le seul à avoir fait récemment revivre les sonorités rythmées du siècle dernier. Pour le jour de la Fête de la Musique, la reine Beyoncé, silencieuse depuis 2016, enfonce le clou avec “Break My Soul”, premier extrait de son nouvel album, Renaissance. En hommage à la dance music qui faisait trembler les clubs de l’époque, Queen B reprend “Show Me Love” de Robin S, histoire de nous donner une bonne leçon.

Avec ce nouveau titre, Beyoncé nous rappelle l’importance d’un mouvement encore largement sous-estimé, en dépit de son succès. De sa naissance sur les cendres du disco à son apogée dans les clubs gays de Chicago, la house s’est vue essentiellement portée par des communautés noire et latina, afin de faire régner tant la richesse musicale que les libertés.

Aujourd’hui, si certains rappeurs français comme SCH et Hamza semblent aussi vouloir faire renaître ces sonorités avec le morceau “Fade Up”, de nombreuses critiques planent encore autour de ce choix. De plus, de nombreux débats voient le jour autour de la gentrification de la musique techno, house et rave. Longtemps méconnu dans le monde, ce mouvement influence encore aujourd’hui les artistes hip-hop grâce à ses rythmes et son histoire. À l’occasion de sa renaissance, retour sur son évolution des années 1980 à Chicago, à son atterrissage dans les tubes mainstream actuels.

La naissance de la house

La naissance de la house remonte à la fin des années 1970 à New York. L’ère disco s’essouffle petit à petit et certains cherchent un moyen de continuer retourner les dancefloors. Deux jeunes DJ, Larry Levan et Frankie Knuckles, font leur apparition au Paradise Garage, un club majoritairement fréquenté par un public gay, noir et latino.

En utilisant de nouvelles méthodes pour faire tourner les disques, Levan et Knuckles inventent le sampling. À partir des tubes funk et disco classiques, les DJ se mettent à créer des tracks originaux qui font trembler le dancefloor. Dans une période où les barrières sociales et raciales tendent à s’estomper, les deux New-Yorkais sont appelés à Chicago, pour résider au Warehouse, un nouveau club qui vient tout juste d’ouvrir ses portes.

Influencés par le travail du groupe allemand Kraftwerk et grâce à leurs connaissances des nouvelles techniques de studio, Larry Levan et Frankie Knuckles s’imposent comme des expérimentateurs. À la croisée du disco, du voguing, de la new wave et de la boîte à rythme, les deux DJ ont fait voir le jour à la house, tirant son nom du nouveau superclub de Chicago.

Entre l’apparition des boîtes à rythmes et des synthétiseurs, la scène DJ de Chicago fait exposer son influence à travers le monde. À partir des années 1980, le genre se développe rapidement à travers les États-Unis et au-delà des frontières. De la techno de Détroit à la new wave de Manchester en passant par le début de la French Touch, de nombreux styles issus de la house émergent dans les clubs.

À l’époque de la gouvernance Regan et au moment où le sida fait rage, le genre musical bouleverse les codes tout en instaurant un climat de libération.

L’explosion du hip-house

Dès 1988, la musique dance et le hip-hop commencent à entretenir une relation étroite. La house se renouvelle et s’implante dans divers genres émergents de l’époque, tels que le rap, et fait exploser les sonorités. Aussi originaire de Chicago, Tyree Cooper spécialise ses productions house. Fast Eddie, Doug Lazy et d’autres acteurs de cette nouvelle scène font leur apparition et portent le sous-genre à l’échelle nationale.

Entre les synthétiseurs, la rythmique et les scratchs criards, le flow de rappeurs tels que Kool Rock Steadyse font chauffer les soirées de Chicago. Dans toutes les villes des États-Unis et notamment à New York, le mouvement se déploie mêmes dans les soirées les plus chics de Manhattan. Au début des années 1990, hip-hop et house renouvellent la danse, jouent un rôle dans les rues et prônent les disparités dans la société.

Du trio Jungle Brothers à Queen Latifah avec son tube “Come Into My House” en passant par l’explosion du titre “Pump Up The Jam” du groupe Technotronic, le genre explose les records d’écoute et devient une influence à travers le monde. Au cœur de la culture noire et queer, house et hip-hop rendent le dancefloor politique, libre et authentique.

Malgré son succès et à la différence de la house qui saura évoluer à travers le temps, le hip-house ne restera qu’éphémère. Mis dans l’ombre par le retentissement du hip-hop avec la NWA ou encore Public Enemy, le “sous-genre” se fait largement critiquer par le public en raison de son côté trop commercial. Pourtant, certains artistes comme J Dilla et A Tribe Called Quest n’abandonnent pas l’idée et poursuivent ce mix d’influences.

“Make Techno Black Again”

Aujourd’hui, si Drake, Kanye West ou encore Beyoncé puisent leurs influences dans cette mixture, de nombreux artistes ont tenté de faire perdurer les progressions du genre à travers des projets à grand succès. Malgré les controverses, de plus en plus de stars tentent de rappeler (de manière implicite) que la house et le hip-hop sont nés en parallèle des soulèvements politiques.

Entre la libération des corps par la danse et l’explosion de la culture queer, noire et latino dans les clubs mythiques, la musique house a toujours tenté de préserver ses racines. Plus qu’un simple retour, la house au sein de la scène hip-hop s’élève plutôt comme une réappropriation du genre et de ses visées politiques.

En 2014, le DJ de Chicago Derrick Carter écrivait sur sa page Facebook : “Quelque chose qui a commencé comme de la musique de club gay black/latino est maintenant vendu, mélangé et conditionné comme n’ayant que très peu à voir avec l’un ou l’autre”.

L’année dernière, le documentaire Black to Techno se penchait sur la naissance de la techno dans le centre-ville de Detroit et comment les DJs blancs du Canada et d’Europe ont blanchi le genre. En effet, le théoricien DeForrest Brown Jr a lancé l’année dernière un appel pour faire entendre cette parole avec le slogan Make Techno Black Again”.

Si l’histoire est longue est complexe, la gentrification du genre musical fait naître des mouvements tels que l’expérience sociale Rave Reparation, ayant comme objectif de rendre plus facile et plus sûr, pour la communauté gay et noire, l’accès aux soirées techno et house de Los Angeles, dans des lieux souterrains secrets de la ville.

À travers cette évolution, beaucoup ont oublié ce que représentait la naissance de tels mouvements musicaux pour les communautés marginalisées. En plus de son influence purement rythmique, la house est devenue un genre aux multiples branches, modifiées et remodifiées à travers le monde. Si, aujourd’hui, elle refait surface et elle continue d’influencer, les artistes actuels hip-hop continuent de préserver son histoire à travers leurs tubes.

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