À Lourdes, les œuvres d’un prêtre accusé d’agressions sexuelles font débat

À Lourdes, les œuvres d’un prêtre accusé d’agressions sexuelles font débat

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© Reuben Farrugia via Unsplash

Tandis que l’évêque de Tarbes et Lourdes souhaiterait enlever les œuvres en question de son église, il souligne que cette option "rencontre une véritable opposition chez certains".

Des femmes accusant d’agressions sexuelles un prêtre slovène et mosaïste ont salué mercredi 3 juillet la décision du diocèse de Tarbes et Lourdes de ne plus mettre en lumière ses œuvres ornant le sanctuaire de Notre-Dame de Lourdes, tout en exigeant davantage.

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L’évêque de Tarbes et Lourdes, Mgr Jean-Marc Micas, a annoncé mardi 2 juillet au soir dans un communiqué que les mosaïques du célèbre sanctuaire de Notre-Dame de Lourdes (sud-ouest de la France) réalisées par le père Marko Rupnik ne seraient “plus mises en valeur”, en attendant de parvenir à une solution définitive. Ces mosaïques faisaient jusqu’à présent l’objet de “jeux de lumière lors de la procession mariale qui rassemble les pèlerins chaque soir”, a précisé l’évêque.

Dans un courrier transmis à l’AFP, l’avocate italienne des cinq accusatrices salue “un premier pas que nous accueillons positivement”. “Mais il est nécessaire qu’à ce pas viennent s’en ajouter d’autres, à court terme”, ajoute Laura Sgro. “De jour”, les mosaïques “seront visibles et continueront d’alimenter la consternation des fidèles et le sentiment de douleur des victimes”, argumente Me Sgro.

Ces victimes présumées – une Italienne, une Française, une Slovène et deux femmes souhaitant rester anonymes – se disent prêtes à rencontrer Mgr Micas “pour avancer ensemble sur un chemin de discernement qui puisse véritablement conduire à la réparation et à la consolation”.

Dans son communiqué, l’évêque précise toutefois que son “avis personnel est qu’il serait préférable de déposer ces mosaïques”, afin de garantir que le sanctuaire de Lourdes puisse accueillir “tout le monde, et tout particulièrement ceux qui souffrent ; parmi eux les personnes victimes d’abus et d’agressions sexuelles, enfants et adultes”, mais, souligne-t-il, “cette option ne rassemble pas largement. Elle rencontre même une véritable opposition chez certains”.

Dans un entretien publié mercredi par le quotidien catholique La Croix, il précise que “pour les enlever, il n’y a, en réalité, pas besoin de les détruire“. “Les mosaïques ne sont pas collées sur la basilique Notre-Dame du Rosaire […] Nous pourrons donc les décrocher et, si on le souhaite, les exposer ailleurs”, plaide-t-il.

Mgr Micas raconte aussi avoir rencontré cette année une victime de violences sexuelles dans l’Église avec le recteur du sanctuaire : “Nous avons été tous deux bouleversés par son témoignage, extrêmement digne […] Elle voulait simplement nous faire part de ce que produisait sur elle la présence des mosaïques de Marko Rupnik sur la façade de la basilique.”

“Cet entretien nous a convaincus qu’il fallait prendre la question au sérieux”, ajoute-t-il. Dans une lettre adressée la semaine dernière aux diocèses exposant des mosaïques de Marko Rupnik – plus de 200 œuvres visibles à Lourdes, Fatima (Portugal), Damas, Washington et jusqu’au Vatican –, les plaignantes exigeaient leur retrait pur et simple.

Marko Rupnik, théologien et mosaïste aujourd’hui âgé de 69 ans, est accusé d’avoir exercé des violences psychologiques et sexuelles sur au moins une vingtaine de femmes pendant près de 30 ans, notamment au sein de la communauté qu’il dirigeait à Ljubljana, aujourd’hui dissoute.

Le Vatican avait invoqué la prescription des faits pour clore le dossier en 2022 sans enquête canonique, le père Rupnik voyant seulement des restrictions imposées par la Compagnie de Jésus à son ministère. En 2023, le pape avait néanmoins levé cette prescription pour permettre une procédure, et l’Ordre des Jésuites, dont est issu le pape François, a exclu Marko Rupnik en juin 2023.