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80 ans plus tard, la photo de ces trois fillettes fuyant l’Allemagne nazie trouve enfin des réponses

80 ans plus tard, la photo de ces trois fillettes fuyant l’Allemagne nazie trouve enfin des réponses

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© Stephenson/Topical Press Agency/Hulton Archive/Getty Images

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Par Lise Lanot

Publié le

Elles fuyaient l’Allemagne nazie sans leurs parents et rejoignaient le Royaume-Uni ensemble mais ne s’étaient plus jamais revues.

Ce n’est qu’à la retraite qu’Hanna Cohn a découvert cette photo d’elle datée du 5 juillet 1939, prête à embarquer pour un train fuyant l’Allemagne nazie en direction du Royaume-Uni. Face à l’image, Hanna Cohn ne pouvait que se demander qui étaient les deux petites filles aux boucles blondes dont elle n’avait aucun souvenir et à qui elle présentait sa poupée. Les trois enfants venaient de quitter leurs parents dans le cadre du Kindertransport, une opération britannique visant à accueillir, et à sauver, des milliers d’enfants juif·ve·s entre 1939 et 1940.

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Hanna est morte avant d’avoir eu une réponse. Mais ses deux filles, Helen et Debbie, ont résolu le mystère et même rencontré l’une des deux protagonistes de l’image, Inge, aujourd’hui âgée de 89 ans. Inge et sa grande sœur Ruth, présente sur la photo et décédée en 2018, ne connaissaient pas non plus l’existence de cette photo. Depuis longtemps pourtant, l’image, achetée par Getty, est exposée et imprimée dans des livres pour montrer les horreurs nazies et expliquer le fonctionnement du Kindertransport.

Trois réfugiées juives de l’Allemagne nazie attendent de retrouver des proches ou des éducateur·rice·s à la station Liverpool Street de Londres à leur arrivée d’un train spécial dans le cadre du programme Kindertransport, le 5 juillet 1939. De gauche à droite, on voit les sœurs Ruth et Inge Adamecz de Breslau (aujourd’hui connu sous le nom de Wrocław, en Pologne), et Hanna Cohn (devenue Hanna Singer) de Halle-sur-Saale. (© Stephenson/Topical Press Agency/Hulton Archive/Getty Images)

Les deux sœurs ont fini par la découvrir par hasard, avec 50 ans de “retard”, en se reconnaissant dans le livre Never Again de Martin Gilbert, qui présentait l’image légendée “Trois petites filles”. “J’ai écrit [à l’auteur] pour lui dire qu’on était bien en vie”, rapportait Inge à la BBC en début d’année. C’est justement un reportage de la chaîne britannique auquel participait Inge qui a permis aux filles d’Hanna de relier les points de l’histoire de leur mère et de rencontrer ce visage qui leur était connu mais demeurait anonyme.

Ruth et Hanna sont décédées mais la sœur de la première et les filles de la seconde peuvent désormais se charger de raconter leur histoire : “Maintenant qu’elles ont des prénoms, les gens peuvent s’imaginer un peu plus ce que ça signifiait que d’être une jeune enfant envoyée seule, et malheureusement, cela arrive encore”, souligne Helen, en référence aux millions d’enfants exilé·e·s, qui subissent les horreurs de la guerre aujourd’hui.

Désormais, la légende Getty de l’image indique les noms des “petites filles” : “Elles étaient des personnes, avec des noms et des vies qui importaient. Elles méritaient d’être nommées et je pense que notre mère aurait grandement apprécié cela”, ajoute sa fille, apaisée.