Pfffffmpf : 10 films tout doux (ou presque) sur le monde du jazz

Pfffffmpf : 10 films tout doux (ou presque) sur le monde du jazz

Image :

(© Ad Vitam / United Internation Pictures / United Artists / Disney)

photo de profil

Par Arthur Cios

Publié , modifié

Alors que le film culte Autour de minuit ressort en salle, retour sur dix pépites du genre.

S’il y a bien un genre musical qui a inspiré des artistes de tout type, c’est le jazz. Que ce soit des danseurs, des peintres, des poètes, des auteurs, on a vu partout des créateurs être tenté d’aller piocher dans la liberté des principes de cet art à part, où l’impro est reine.

À voir aussi sur Konbini

Néanmoins, c’est bien dans le cinéma que l’esprit du jazz a pu être le mieux représenté. Alors que le culte Autour de minuit ressort en salle, on se penche sur dix films qui racontent le mieux cette musique, ses artistes, et tout ce qu’elle incarne.

All That Jazz, de Bob Fosse (1979)

Bon, là, le jazz est carrément dans le titre. Ce film électrique, hypnotique et extrême explore le monde du spectacle entre danse, comédie musicale et modern jazz. Avec un Roy Scheider vraiment incroyable qui méritait toutes les récompenses, ce voyage semi-autobiographique de Bob Fosse est une accumulation de tableaux forts sur la vie, la mort, l’excitation, les drogues et l’art. Tout est jazz dans ce film, jusqu’à la réalisation et la mise en scène impossible à décrire. Après Cabaret ou Lenny, Bob Fosse réalise ici son film testament. À revoir sans fin.

Autour de minuit, de Bertrand Tavernier (1986)

Basé sur le livre de Francis Paudras qui, dans les années 1950, était proche de Bud Powell quand il est resté quelque temps à Paris, ce film raconte l’amitié entre un grand amateur de jazz (François Cluzet) vivant seul avec sa fille et un grand saxophoniste (incarné par l’immense Dexter Gordon), ainsi que de la lutte des deux pour que l’artiste puisse continuer son œuvre malgré la tristesse, l’alcool et les problèmes d’argent. Réalisé par le grand Tavernier qui aimait tant le jazz, cela transparaissant d’ailleurs tant dans sa mise en scène que son amour du détail, on retrouve au casting un certain Martin Scorsese et Herbie Hancock – qui, en plus de jouer le pianiste de la bande, a aussi fait toute la musique.

Un immense film, bouleversant, et une véritable déclaration d’amour à cette musique, à ces musiciens, et à l’époque à laquelle tous étaient des rois sublimes.

Bird, de Clint Eastwood (1988)

Clint Eastwood a réalisé plusieurs films avec la musique au centre, comme Honkytonk Man ou plus récemment Jersey Boys. Avec Bird et Forest Whitaker dans le rôle de Charlie Parker, il réalise sûrement son plus grand film sur le jazz. Cette biographie plutôt académique explore la trajectoire de génie mais aussi pleine d’excès de l’un des inventeurs du bebop. Mort à 34 ans à la suite de la somme de ses addictions, Charlie Parker, alias Bird, reste un des saxophonistes les plus emblématiques du jazz. Et Clint lui rend un superbe hommage avec ce film.

Cotton Club, de Francis Ford Coppola (1984)

Quand Coppola est revenu traiter le milieu de la pègre près de dix ans après sa saga Le Parrain, le public était déçu. Mais avec Cotton Club, le réalisateur ne voulait pas uniquement parler de mafia, mais aussi de musique, de vie nocturne, de classe et de racisme. Avec un climat d’entre-deux-guerres, Coppola crée vraiment le pont entre Le Parrain et son superbe Coup de cœur, sa comédie musicale grandiloquente. Il y a de superbes fulgurances dans les parcours des personnages et dans la réalisation qui sont reliées à la musique, une des vraies passions de Coppola. Superbes prestations de Richard Gere et Gregory Hines en musiciens et danseurs passionnés ainsi que de Diane Lane et Lonette McKee. Nicolas Cage est flippant. Encore un film sous-estimé, notamment dans la filmographie de Francis.

Mo’ Better Blues, de Spike Lee (1990)

Ce n’est sans doute pas le meilleur film de Spike Lee, certes, mais c’est bien un des meilleurs longs sur le jazz, avec l’un des rôles les plus mémorables de Denzel Washington en trompettiste, faisant face à Wesley Snipes, saxophoniste arrogant de la bande. C’est l’histoire d’un musicien aimant tellement jouer qu’il en oublie le reste. L’un des rares films à ne pas jouer sur le côté fauché défaitiste des artistes de jazz. La musique du Branford Marsalis Quartet y joue pour beaucoup, de même que les jeux de caméra et sa lumière marquée.

New York, New York, de Martin Scorsese (1977)

Une histoire d’amour autour du jazz (on ne parle pas de La La Land), autour de deux personnes qui, à la fin de la Seconde Guerre mondiale, se retrouvent autour du jazz. Lui est saxophoniste, mais elle ne le sait pas. Elle est chanteuse, mais lui ne le sait pas. Chacun va essayer de faire carrière et de se battre autant pour les auditions que pour leur couple. De la frustration, de la jalousie, de la folie, beaucoup d’amour et beaucoup de jazz. Pas le Scorsese le plus connu, mais son plus jazzy, et de loin – et s’il vous faut un argument supplémentaire pour vous laisser charmer, sachez qu’il pourrait s’agir d’une des plus grandes influences du prochain Joker avec Lady Gaga.

Soul, de Pete Docter (2020)

Outre la représentation d’une forme de l’au-delà où des âmes errent, ce Pixar est peut-être le film qui a le mieux retranscrit le jazz et l’amour de ses notes. Derrière le destin de ce prof de musique qui n’arrive pas à avoir de carrière solo se cache une description superbe des mécaniques d’improvisation, de la relation quasi télépathique entre les musiciens d’un groupe, l’expérience quasi hors-corps. Onirique, certes, mais s’il y a bien une musique où ça s’y prête, c’est le jazz.

The Fabulous Baker Boys, de Steve Kloves (1989)

Des années avant Damien Chazelle, Steve Kloves explorait le quotidien d’un pianiste abonné aux clubs de jazz. Mais plutôt qu’un, c’est même carrément deux pianistes sur lesquels le film se concentre, deux frères joués par deux vrais frères dans la vie : Jeff et Beau Bridges. Déjà, la relation entre les deux est vraiment incroyablement jouée et mise en scène, avec une vision assez pessimiste de la vie d’artiste oscillant de petits bars en clubs rincés. Pour se relancer, les deux frères décident de prendre une chanteuse dans leur tournée, la grandiose Michelle Pfeiffer. Et ce trio est vraiment parfait pour raconter des petites histoires en creux, des génies ratés, de l’amour incandescent, des destins tragiques. Un grand film très sous-estimé sous son aspect comédie légère. Mention spéciale à Dave Grusin et sa bande-son parfaite, comme très souvent.

The Glenn Miller Story, d’Anthony Mann (1953)

Dans la veine des feel-good movies de James Stewart, cette biographie de Glenn Miller est réalisée par un ami de « Jimmy », Anthony Mann. Cette épopée sur la star du big band jazz/swing prend son temps pour raconter une histoire d’entre-guerre qui mélange amour, passion et engagement. Disparu à 40 ans sûrement en plein milieu de la Manche pendant la guerre, la vie de Glenn Miller offre un autre regard sur la musique d’avant-guerre, des titres qu’on écoute encore maintenant, de véritables standards. Et James Stewart est parfait, comme d’habitude. Très agréable.

Whiplash, de Damien Chazelle (2014)

On sait que les plus puristes reprochent au film d’être trop sévère avec le monde des musiciens pro. Il n’empêche qu’avant ce premier long de Chazelle, on n’avait jamais vu la dureté des études pour devenir jazzman professionnel, la compétitivité, la dureté des professeurs, les pressions, les craquages. Le cinéaste aurait eu envie de raconter cette histoire à cause de la frustration de ne pas réussir à financer son La La Land (qu’il fera quelque temps plus tard). Il en résulte un des plus grands films modernes sur le jazz, accompagné d’une grande BO et de certaines scènes déjà culte.

Bonus : Jazz on a Summer’s Day, de Bert Stern (1958)

C’est un bonus car c’est un film mi-documentaire, mi-concert. La captation, de 1958, est réalisée par Bert Stern du Newport Jazz Festival, un des festivals les plus connus où pléthore de disques live ont été enregistrés. On y croise Louis Armstrong, Chuck Berry, Anita O’Day, Thelonious Monk, et plus encore.

Article écrit par Aurélien Chapuis et Arthur Cios.