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Sicario : l’enfer des cartels mexicains comme vous ne l’aviez jamais vu

Sicario : l’enfer des cartels mexicains comme vous ne l’aviez jamais vu

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Glaçant.

C’était l’une des claques ciné de la décennie passée. Porté par un vent de violence barbare – fauve, presque – Sicario nous entraînait, en 2015, du côté de la bataille sans merci livrée depuis des années par l’autorité américaine contre les cartels mexicains. Un sujet qui demeure d’une actualité criante, et dont le scénariste du film, Taylor Sheridan, a voulu dépeindre l’horreur. En s’appuyant, notamment, sur une enquête de terrain menée par lui-même. Résultat à l’écran ? Une plongée amère et sans concessions au cœur du narcotrafic mexicano-américain.

“Il n’existait aucun film sur la manière dont la vie a changé dans le nord du Mexique.

Évoquer l’angoisse des civils, décrire la violence des rues, dénoncer – peut-être – les méthodes parfois extrêmes employées par les forces spéciales US pour juguler l’extension du trafic. Au moment de la production de Sicario, ces sujets avaient déjà été plusieurs fois évoqués au cinéma. Comme avec l’excellent Traffic de Soderbergh, paru en 2000.

Alors, pour distinguer son projet des autres, lorsque Taylor Sheridan commence à rédiger le scénario de ce qui allait devenir le 7e long métrage de Villeneuve, l’ex-comédien engage un ambitieux travail de documentation. Et pas seulement du côté des archives. Le natif du Texas – qui a plusieurs fois expliqué s’être senti concerné par la peste du trafic – est allé sur le terrain, vers le désert de Chihuahua. Là où s’échouent dans la détresse et les pleurs de nombreuses victimes du business de la drogue, comme l’a expliqué le scénariste, dans des propos rapportés par Le Quotidien.

Au début, ça a été le silence total. La seule façon d’obtenir des informations, c’est de gagner la confiance des gens qui sont le plus touchés par ce trafic : les migrants qui, poussés par le besoin, franchissent la frontière et peuplent le no man’s land qui s’étend entre le sud de l’Arizona, le Nouveau-Mexique et le nord du Mexique. Ce sont eux, mes sources.

Taylor Sheridan toque aux portes, empile les refus, puis décroche, enfin, des entretiens. Et découvre vite que “le Mexique, ce pays où l’on pouvait se rendre tranquillement en voiture, n’existe plus”. N’en demeure qu’un “endroit sans foi ni loi” dont il restait selon lui à brosser, sur grand écran, les sordides coulisses.

“Il n’existait aucun film sur la manière dont la vie a changé dans le nord du Mexique, sur la façon dont la drogue et la corruption gouvernent tout, désormais, et sur l’évolution des cartels qui sont devenus des groupes militarisés.”

Une mise en scène crue, et âpre

Pour illustrer le fléau du narcotrafic, Taylor Sheridan a confectionné un récit haletant, qui nous entraîne aux côtés de Kate (Emily Blunt), une agente du FBI du genre idéaliste, envoyée dans la région de Phoenix (Arizona) transformée en zone de non-droit.

Sur place, elle intègre une équipe de forces spéciales bien, bien, moins candide qu’elle, pilotée par l’étonnamment désinvolte Matt Graver (Josh Brolin), toujours flanqué du muy misterioso Alejandro Gillick (Benicio del Toro). Leur objectif ? Mettre des bâtons dans les roues d’un baron des cartels de Juarez – “capitale mondiale du meurtre”. Plutôt coton comme mission, on se doute.

Et si ce n’était que ça. Rapidement, Kate découvre avec stupéfaction, horreur et indignation (successivement), que ses coéquipiers barbouzes emploient des procédés dont la brutalité rappelle âprement ceux employés par les criminels qu’ils combattent. Bon. Pas besoin d’entrer dans le détail, mais disons juste qu’entre la brochette de corps pendus à des ponts par les narcos, et le déluge de balles déclenché côté FBI sans état de légitime défense, c’est plutôt brut de décoffrage.

L’idée étant de livrer un thriller captivant plutôt que verser dans l’approche documentaire, bien sûr – et renouer, dans la foulée, avec les procédés qui avaient déjà fait le succès de Prisoners ou Enemy. Mais cette mise en scène crue permet, aussi, de coller au plus près des ravages du narcotrafic.

En 2018, le nombre d’assassinats en lien avec le deal au Mexique avait atteint un nouveau record, en grimpant jusqu’à 11 000, selon l’ONG Semáforo Delictivo. Depuis le lancement, en 2006, d’une large opération de lutte contre le trafic, les associations font état d’un véritable bain de sang : 200 000 morts. Sans compter les 30 000 disparus. Un carnage qui touche “narco” et civils, parfois sans distinction. Et dont Sicario s’est donné pour mission de raconter l’enfer.