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Manger nous mène à l’extinction, ce qu’on a retenu du docu choc de Kate Winslet

Manger nous mène à l’extinction, ce qu’on a retenu du docu choc de Kate Winslet

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On va pas tourner autour du pot : soit on arrête la viande, soit on signe l’arrêt de mort de notre espèce. Bientôt.

Commander des sushis, boulotter un poulet, engloutir une escalope. Des gestes en apparence anodins, mais au coût désastreux pour notre écosystème. Voilà le propos de Manger nous mène à l’extinction, présenté par Leonardo DiCaprio comme “le film que les générations futures souhaiteraient que tout le monde regarde aujourd’hui”. Rien que ça.

Coproduit par sa partenaire historique, l’actrice multi-oscarisée Kate Winslet, cette investigation menée pendant quatre ans aux quatre coins du globe est un cri d’alarme sur l’impact environnemental du secteur agroalimentaire. Une industrie ravageuse que le docu n’hésite pas à présenter comme “l’ennemi n° 1”, la “cause première” de notre crise écologique. Celle qui pourrait bien nous conduire, tous, à l’extinction.

Un bouleversement irréversible ?

Le monde va mal. Très mal. On a beau le savoir via les rapports du GIEC, entre mille autres sources, ça fait toujours son petit effet de se l’entendre dire. À l’appui d’interventions de scientifiques de tous bords, chargés de think tank et représentants de populations autochtones, le documentaire tourné par les frères Brockway dresse un constat sans appel, ainsi résumé par l’un des intervenants : “notre régime alimentaire nous conduit à l’abysse”. Comprenez, à la disparition pure et simple de l’humanité.

Ces cinquante dernières années, quatre fois plus de catastrophes climatiques ont été enregistrées qu’au cours des cent années précédentes. Et la tendance va s’accélérer. Au point que, selon les experts, d’ici dix ou vingt ans seulement, le monde sera “complètement différent de ce qu’on connaît aujourd’hui”. Avec, à l’horizon, plusieurs cataclysmes à l’ampleur et la fréquence jamais vue.

Le visage de la Terre ravagé

Que ce soit du côté des prairies mongoles, de la forêt amazonienne (le fameux “poumon du monde”) ou des montagnes taïwanaises, le bilan est le même. L’agroalimentaire a mutilé notre planète. À titre d’exemple, pour produire du bœuf, on cultive aujourd’hui l’équivalent de la surface des États-Unis, du Canada, du Venezuela et de l’Équateur en cumulé.

Et pour faire place nette aux enclos d’élevage, ainsi qu’aux champs de maïs et de soja dédiés à leur alimentation, il a évidemment fallu envahir l’espace naturel. Des forêts décimées, rasées, brûlées par millions d’hectares. Et plusieurs dizaines de populations autochtones chassées de leur foyer, souvent par la force des armes.

Conséquences en cascade : extinction de masse, pollution des océans, épidémies…

L’élevage intensif réduit les habitats naturels, et participe à l’“anéantissement biologique” qui a désormais cours, sous la forme de la sixième extinction de masse. Selon un rapport de WWF publié en 2018, l’humanité aurait causé la disparition de 60 % de la population animale depuis 1970. Un chiffre vertigineux.

Et si certains pensaient que les océans étaient épargnés par le drame, il n’en est rien. Les étendues marines sont littéralement saturées de plastique sous forme de particules qui sont mangées par les planctons. Lesquels sont eux-mêmes dévorés par des poissons qui, quant à eux, finissent… dans nos assiettes.

La source de ce plastique ? Notamment le tristement célèbre “7e continent”. Cette marée de déchets située dans le Pacifique Nord qui représente près d’1,6 million de kilomètres carrés. Soit trois fois la taille de la France. Au total, cinq milliards de tonnes de plastique dérivent sur les flots. Parmi eux, on trouve la plupart du temps des résidus de la pêche de masse. Filets, boîtes de stockage…

Dans le documentaire, un autre funeste résultat de l’élevage est souligné de manière quasi prophétique par le physicien Michael Greger, qui s’exprimait face aux frères Brockway en 2018. Il s’agit de la favorisation d’épidémies. Selon l’expert, la consommation de viande accentuerait les risques de propagations de virus. Après tout, la grippe H1N1 viendrait de l’élevage de porcs. On suspecte Ebola et le Sida de provenir de la consommation d’animaux sauvages. La rougeole vient des vaches, la grippe aviaire du poulet. Et la crise du covid dont nous ne sommes toujours pas sortis aurait démarré dans le marché à bestiaux de Wuhan, en Chine.

L’unique solution : révolutionner notre alimentation

Si le documentaire donne beaucoup de raison de désespérer, il esquisse également des portes de sortie. Sur le sujet, les experts sont clairs. Opter pour le bio ne changera rien, dans la mesure où il n’existe “pas de différence significative entre bio et non bio concernant les émissions de gaz à effet de serre”. Grosso modo, même élevées façon green, les vaches continueront à émettre du méthane, l’un des gaz nocifs pour le climat.

Une seule solution, donc : basculer vers le tout végétal. À l’heure où la crise climatique provoque, déjà, des sécheresses qui menacent des pans entiers du système agricole mondial en Espagne, où les sources d’eau potable se tarissent en Afrique et où le nombre de réfugiés climatiques grimpe en flèche, du sud vers le nord, l’heure n’est plus aux mesures en demi-teinte.

Individuellement, le seul geste vraiment décisif à adopter pour défendre l’environnement consiste à arrêter la viande. Lorsqu’on sait qu’un burger représente 2 500 litres d’eau utilisées, il est simple de réaliser l’ampleur de l’enjeu. Et côté production, alors ? Eh bien plusieurs initiatives existent déjà çà et là.

À l’image des agricultures hydroponiques qui se passent d’eau, ou des produits alimentaires de substitution (nugget végétal, steak de soja…). Des pistes prometteuses qui doivent être soutenues par l’investissement public à l’échelle internationale, afin de peser dans la balance de l’agroalimentaire industriel. Et peut-être renverser la vapeur vers un régime plus vert, plus durable ? L’espoir est permis, mais le temps presse.