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C’te truc de ouf : retour sur la success story (politique) des Lascars

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C’te truc de ouf : retour sur la success story (politique) des Lascars

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Par Antonin Gratien

Publié le

Une production qui se jouait des clichés du "quartier", à l'heure où la vie de banlieue était largement diabolisée dans l'espace médiatique.

Derrière la vanne, un message social à faire entendre : la vie de cité n’est pas celle qu’on vous montre à la télé. Diffusés pour la première fois en 1998, Les Lascars et leurs punchlines – du “faut qu’on branche” à “fais tourner le oinj cousine” – débarquent au terme d’une décennie hexagonale marquée par la médiatisation d’émeutes ayant embrasé la “banlieue”, suite à des violences policières.

Au creux de ce contexte particulier, et pour l’une des premières fois dans le paysage audio-visuel français, une série présentait sous un jour humoristique – bienveillant, même – la “culture urbaine”. À mille lieues du stéréotype brutalo-trash servi aux JT, donc. Un parti pris audacieux, qui a fait du show un phénomène Internet viral, adapté au cinéma puis en série live action. Plutôt classe comme destinée pour des “lascars”, nan ? Focus.

La banlieue, un “vivier à délinquance” : vraiment ?

Parmi les nombreuses “violences urbaines” aillant émaillé les années 90, impossible de ne pas citer la guerre de bande de 1990 à Chanteloup-les-Vignes, où Matthieu Kassovitz, inspiré par les évènements, viendra tourner La Haine cinq ans plus tard. Et puis il y a ces émeutes qui éclatent à Rouen, Bron ou encore Toulon. Suite aux décès de jeunes de quartiers, du fait de violences policières.

À une époque où nos politiques n’hésitent pas à publiquement qualifier les jeunes de cité de “voyous”, et où certains maires rasent des centaines d’habitations au motif qu’elles seraient des “viviers à délinquance”, l’imaginaire façonné autour de la banlieue, “violences urbaines” après “violences urbaines”, est celle d’un territoire abandonné aux fureurs d’une jeunesse brutale et supposée sans avenir, lorsqu’elle n’est pas soupçonnée d’islamisme, sur les plateaux télé.

À la façon d’un contre-pied au biais médiatique, un petit groupe de rappeurs, graffistes et scénaristes décide de partager sa propre vision du “quartier” en balançant Les Lascars. Un curieux projet de mini-sketchs d’une minute à la patte graphique ultra-reconnaissable qui est accueilli par Canal +, à partir de l’été 1998. C’est le début d’une grande aventure comique – et politique.

Verser dans le cliché, pour mieux dénoncer

Les Lascars, c’est un peu comme une fenêtre ouverte sur le train-train de ceux qu’on a tôt faits de surnommer les “galériens”. Entre embrouilles et fous rires, nous voilà à partager le quotidien de ces personnages haut en couleur, à qui Vincent Cassel ou Omar Sy ont l’habitude de prêter leur voix. Il y a les après-midi à zoner sans but, les métros blindés 24h/24h. Puis la drague foireuse, les vannes acides entre potes – la vie, quoi. Mais par-delà l’effet comique, ces saynètes sont aussi l’occasion de déployer un commentaire social.

Ici une arrestation (très) musclée d’un fraudeur de transport sert de prétexte pour évoquer la paranoïa ambiante autour du terrorisme islamiste, là un date érotique permet de dénoncer le fantasme de “l’authentique tournante de banlieue”. Bref, la série remixe les codes et réinterpète les stéréotypes pour offrir au public un miroir de ses propres a priori. Et ça cartonne.

Balancées sur Youtube, les compilations du show captivent les jeunes générations, et cumulent aujourd’hui  jusqu’à 3,7 millions de vues. Le succès est tel que la formule est d’abord déclinée en format BD avec La Vraie Vie des vrais gars (2008) et Pas de vacances pour les vrais gars (2009). Puis c’est le grand saut du cinéma, du côté de Lascars. Toujours le même ton, toujours le même univers graphique saisissant, pour ce film présenté hors-compétition au Festival de Cannes 2009. Et de nouveau, l’ambiance franche déconne du long-métrage contraste avec l’imaginaire d’alors autour de la “vie de quartier”. Une vision sombre, largement nourrie par les images de l’embrasement des banlieues de 2005.

Œuvre générationnelle, Les Lascars a également fait l’objet d’une adaptation en live action, chez Canal +, encore, en 2012. Avec à l’affiche des deux saisons du show, notamment, Issa Doumbia ainsi que Pablo Pauly et Nassim Si Ahmed, les gars d’En Passant Pécho. Et depuis, rien – jusqu’à ce que tombe l’heureuse nouvelle : début 2023, le studio Millimages annonce qu’une troisième saison d’animation est dans les tuyaux, ainsi qu’un nouveau film : Lascars 2, wesh la famille! .

On devrait y retrouver José et Tony “Merguez”, en vadrouille au cœur de la cité phocéenne pour “retrouver la trace de la mère de Tony, qui garderait avec elle un vieil héritage de plusieurs millions d’euros”. Ouais, ça promet. Aucune date de sortie officielle n’a encore été révélée, alors on vous laisse avec ce premier teaser de nos deux lascars, à nouveau en route pour la gloire. Histoire de s’arracher au cliché du gars de cité sans foi ni loi qui, encore et toujours, leur colle aux bask’. 

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