5 essentiels que le docu’ Leonardo, l’homme qui a sauvé la science, nous a appris sur De Vinci

5 essentiels que le docu’ Leonardo, l’homme qui a sauvé la science, nous a appris sur De Vinci

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Par Antonin Gratien

Publié le

Notamment qu’il a bidonné le premier CV de l’histoire. Bravo au "génie toscan".

Il est l’auteur du plus célèbre portrait du monde. Un expert en anatomie, urbanisme et géologie à une époque où ces disciplines ne portaient même pas ces noms. C’est l’homme des curiosités insatiables, d’une Renaissance imprégnée d’humanisme. C’est Léonard de Vinci bien sûr, aka le “génie universel”, comme le nomment certains. Avec un brin d’exagération ?

Pas à pas, Leonardo, l’homme qui a sauvé la science démystifie le parcours de celui dont on prétend, sans avoir tout à fait tort ni tout à fait raison, qu’il aurait été l’inventeur du parachute, de l’hélicoptère, du sous-marin et de tant d’autres merveilles. Voilà les 5 points clés à retenir du docu dispo chez Prime Video, pour y voir plus clair sur le parcours de celui à qui l’on n’attribue “que” 16 toiles, mais 6 000 pages de notes et dessins scientifiques visionnaires.

1. Il était un gueux

Nan, on abuse clairement. Mais Léonard est né à Vinci en 1452 d’un amour illégitime entre un notaire et une paysanne. Ayant grandi dans la campagne toscane, et donc loin des lieux de savoir, Léonard souffrira longtemps de l’image du “garçon de campagne”. Celui qui n’a jamais reçu l’éducation lettrée dont bénéficient nombre des gens de la cour qu’il côtoie, une fois adulte. Le complexe est tel qu’à 35 ans il comble le vide en apprenant lui-même le latin. Soit la langue par excellence des universitaires, à l’époque où la Renaissance redécouvre avec fascination l’Antiquité.

2. C’était le cancre de l’atelier

Cette fois, on n’exagère qu’un peu. Vers 1464, et seulement âgé d’une douzaine d’années, Léonard entre en apprentissage à Florence. Il intègre l’atelier d’Andrea del Verrocchio. Un lieu bouillonnant d’activité où le jeune homme se forme à l’ingénierie, la peinture, la confection d’accessoires de théâtre, la sculpture… Bref, très vite Leonardo devient “touche-à-tout”. Pour le rester à jamais.

À l’atelier, son talent n’est guère remis en question. Mais son attitude, si. On le dit distrait, irresponsable – pire, on raconte qu’il laisserait des commandes inachevées, une fois celles-ci payées. Selon Charles Nicholl, biographe de Leonardo, ces irrégularités étaient telles que le grand mécène des arts florentin – et donc de l’atelier d’Andrea del Verrocchio –, Laurent de Médicis en avait eu vent : “Il existe des preuves qui attestent que Laurent considérait Léonard comme peu fiable.” Aïe.

3. Léonardo ment sur le “premier CV de l’histoire”

Après une dizaine d’années passées auprès de Verrocchio, notre turbulent claque la porte pour fonder en 1476 son propre atelier. Seulement voilà, les commandes ne pleuvent pas. Léonard a besoin d’un mécène. On l’aura compris, ce n’est certainement pas M. de Médicis qui lui tendra la main. Alors quoi, tout laisser tomber ? Certainement pas. Plutôt miser sur le culot.

Depuis une Florence qui semble ne plus vouloir de lui, Leonardo se laisse dire que le duc de Milan, Ludovico Sforza, souhaite réunir rien de moins qu’une nouvelle Athènes à sa cour. En gros : il embauche. Et surtout, surtout, des ingénieurs militaires – n’oublions pas que depuis deux siècles, différents royaumes italiens se livrent régulièrement bataille. Léonard prend son papier, sa plume et… ment.

Dans ce que plusieurs intervenants du documentaire appellent “le premier CV de l’histoire”, le futur peintre de La Joconde se présente abusivement comme un expert militaire capable de donner forme à des machines de guerre plus terribles les unes que les autres, dessins à l’appui – œuvres qui seraient d’ailleurs très largement inspirées de celles d’un (vrai) ingénieur militaire : Roberto Valturio, dont un livre illustré venait d’être publié. Aucune morale dans cette histoire, puisque le subterfuge fonctionne. Léonard est accepté à la cour de Milan. Hum hum.

4. Lélé a plagié

Ou plutôt… abondamment puisé dans l’œuvre de ses contemporains, comme avec le cas cité plus haut. Bien souvent Léonard est présenté comme “l’inventeur” des dizaines d’objets fantastiques représentés dans ses carnets. Mais la comparaison entre les dessins conservés dans les Codex de Léonard et les croquis d’autres ingénieurs de son temps dévoile d’étonnantes similitudes. Concernant le parachute par exemple, des études ont montré qu’au dessin de Léonard préexistait celui d’un certain Taccola, quasi-identique.

Plagiat ? Pas tout à fait. Dans la majorité des cas où les experts ont relevé des similitudes, Léonard a perfectionné l’idée originelle, souvent en lui rajoutant une dimension scientifique. Concernant le parachute il spécifie par exemple le matériau à employer, les dimensions à privilégier, etc.

Fait notable : même le célèbre Homme de Vitruve trouve un étrange écho dans le croquis d’un des amis de Léonard, l’architecte Giacomo Andrea, qui, selon le journaliste Toby Lester, “semble précéder le sien”. De là à conclure à une copie ? Le spécialiste mise plutôt sur “le produit d’une collaboration étroite”. On aime mieux ça.

5. Léonard était au carrefour des savoirs

Formé dès l’atelier à la multidisciplinarité, Léonard se familiarise avec de nouvelles disciplines à Milan. Il étudie à fond les textes redécouverts suite à la chute de Constantinople en 1453. Défaite byzantine qui avait poussé les savants à migrer vers l’Italie notamment avec, sous leurs bras, des écrits d’Orient qui étaient pour ainsi dire restés inaccessibles à l’Occident depuis près d’un millénaire.

De Vinci élabore des théories sur la Lune, disserte sur la philosophie, multiplie les esquisses anatomiques dont la précision ne sera dépassée qu’avec l’arrivée de la photographie. Toujours avec comme principe premier l’usage de l’expérimentation (le fameux “empirisme” aristotélicien).

Plus qu’un “génie absolu” peut-être, à la lumière du docu, Léonard apparaît comme l’homme par excellence d’une ère d’ébullition et de circulation des savoirs. Un être qui, sans cesse, a voulu étancher sa soif de connaissance. Non sans occasionnel élan “opportuniste”, comme le suggère un des spécialistes du docu – mais toujours avec modestie, s’il vous plaît. En témoigne cette phrase, tiré de ses Carnets : “L’ingéniosité humaine ne produira jamais invention plus belle, plus simple et plus directe que la nature car dans la nature rien ne manque et rien n’est superflu.” Boum.